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Un commerce de Camenbert !
Le discours de Dev Virahsawmy, malgré les applaudissements de nombreux élèves ? très certainement parce qu?entraînés par l?émotion patriotique qu?il véhiculait et qui montrait par la même occasion combien il est facile voire dangereux de semer des idéologies dans des jeunes esprits encore en formation ? était fort choquant ce 19 mars, lors du séminaire organisé par l?université de Maurice à l?occasion de la Journée internationale de la Francophonie. Choquant, non pas par son contenu, mais certainement parce que ce n?était ni le lieu, ni le moment pour certains aspects de ses propos. Il est regrettable que ce discours, loin d?être imprévisible quand on connaît la position de Dev Virahsawmy par rapport à la langue créole, ait pu échapper à l?attention des organisateurs.
Invité à prendre la parole ce jour-là, après la présentation de la version française de son ?Toofan?, traduction réalisée par Danielle Tranquille, l?ardent défenseur de la langue créole a saisi l?occasion, alors que cette journée était placée sous le signe de la réflexion pour la promotion de la francophonie, pour conseiller à ces jeunes esprits présents dans l?auditorium Octave Wiehé, encore trop juvéniles somme toute pour saisir le sens de certaines choses, telle la francophonie même dont ils commencent à peine à découvrir la dimension thématique en classe, ?de ne pas tout prendre dans la francophonie pour argent comptant? (transcrit ici littéralement). ?Dans toutes choses, a-t-il ajouté, il y a des épines.? Aussi a-t-il souhaité que la francophonie ne devienne pas ?un cheval de Troie qui nous fera croire que le créole est un français pauvre?, ni qu?elle devienne ?un commerce de camembert?. De toute évidence, la Journée internationale de la Francophonie célébrée à l?université de Maurice, aurait offert l?occasion à Dev Virahsawmy de faire de la francophonie un suspect pour mettre le créole sous bonne garde. Etait-il nécessaire d?aller jusque-là ?
En revanche, si le poète Edouard Maunick, présent également à cette journée de réflexion, qui est aussi celui qui aurait appris à ce dernier à tenir le crayon entre les doigts, avait pris la parole pour déclarer son amour pour le créole, ce n?était certainement pas pour suspecter la francophonie, contrairement à son ancien élève. Aussi, dans sa préface aux Actes de la Journée de la Francophonie du 20 mars 2003, en post-scriptum, lorsqu?il signifie ouvertement son refus catégorique d?être soumis à la langue française, ce n?est toujours pas avec l?intention de rejeter d?une main ce qu?il prend de l?autre. ?Je ne suis pas et je ne serais jamais un inféodé à la langue française, mais, en revanche, je suis et demeure un francophone acharné, fidèle jusqu?au péché qui, pour l?impénitent farouche que je suis, équivaut à une forme accomplie de la prière?, écrit-il. D?emblée, on comprend le titre de cette préface : ?Alléluia pour une journée miracle !?
Ce miracle, en effet, fut accordé bien auparavant au poète. Il en est aujourd?hui fort reconnaissant. C?est ce qui le pousse à noter que s?il écrit en avant-propos à la publication de ?La Francophonie mauricienne?, c?est ?pour profiter de l?occasion pour dire à mon pays et au monde que la Francophonie m?a sauvé du pire, que si je n?ai pas jusqu?ici crevé de douce et brûlante nostalgie de l?île natale, c?est que, l?exil faisant, j?ai rencontré et partagé avec une communauté, la francophonie, une part-miracle.? Lui, il a très bien compris que ?persister à tremper dans la fausse querelle français-kréol, kréol-français est négatif et réducteur??. Voilà pourquoi chez lui la ?passion est et restera le mot clé de l?avènement de la francophonie?.
Comment alors ne pas se rallier derrière ce grand homme, qu?est Edouard Maunick, pour déclarer avec lui que ?de près ou de loin, de toutes saisons et sous les latitudes complices, Nous sommes solidaires d?un mouvement qui réduit les solitudes et augmente les chances de compagnonnage et de partage : La Francophonie !?
Sans renier notre langue maternelle, si chère à nous et que nous aimerions tous voir un jour accéder à un statut plus digne, disons tout de même que la Francophonie n?a jamais été et ne sera jamais un commerce de camembert ou de vin de Bordeaux, aussi longtemps que les francophones continueront à puiser leurs raisons dans les richesses qu?offre cette langue partagée qu?est le français. Et si dans toutes choses il y a des épines, dans la francophonie il n?y en aura que pour ceux qui veulent en voir et que pour ceux qui veulent y voir, pour emprunter l?expression de Edouard Maunick, ?une aventure arrosée de lentes gorgées de vin tiède ou d?un verre d?alouda sans sucre et non glacé??
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