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Josette Krieff, au c?ur d?or
DES que s?ouvre le portail de sa paisible maison de Flic-en-Flac, Aglae et Sidonie accourent. Plus compagnes que gardiennes, elles s?agitent, sautillent de joie, de voir revenir la maîtresse de maison. Là, dans cette demeure en dur, qui rappelle la maison créole, contrastant, rose, contre le vert du gazon, Josette Krieff s?entoure des photographies de sa famille de France.
Etrangement, un dieu trône parmi une collection de petites tabatières anciennes. C?est Gunnesh, trouvé dans les décombres d?une ancienne maison. Mais, ?on ne jette pas un dieu à la poubelle?, dira Josette. Comme il est taillé dans la pierre, il aura mérité sa place aux côtés d?un petit Bouddha chevauchant une carpe en pierre bleue, une autre tabatière de corail rose, une de lapis-lazuli, encore une en malachite?
Leonardo da Vinci, en 208 pages, lui tient aussi compagnie, sous le regard de petites peintures et sculptures africaines. Sur un mur, l?harmonie subtile d?une peinture toute de finesse de Mariko, accroche la rétine. Et l?on se demande pourquoi cette artiste de grande classe ne connaît pas la notoriété qu?elle mérite. Ce regret résume la mesure de la sensibilité de Josette Krieff. Sa fibre humaine émeut. Et le cadre du XVIIIe qui habille la peinture nous oriente en douceur vers son métier.
De la Haute-Vienne dans le Limousin, elle quitte Limoges, sa ville natale, et monte à Paris. Josette Krieff, se rend aux cours du soir d?Histoire de l?Art dispensés au Louvre. Elle baigne dans l?univers de l?Art. Sa voie est toute tracée. Elle sera restauratrice-encadreur. Aussi se donne-t-elle les moyens d?un apprentissage obligé chez un doreur parisien; persévère pendant cinq ans, le temps de maîtriser les moindres étapes du métier.
D?une indépendance farouche, elle met sur pied son atelier de fabrication, et monte son propre magasin à l?avenue Poincaré, dans le XVIe arrondissement. Son exigence personnelle se fera vite apprécier. La reconnaissance viendra au fil des ans. Se précisera. Le label Ornemanistes fait recette. Et la clientèle se fait sélecte : ?On fabriquait des cadres, on en restaurait pour toutes les galeries de Paris.?
Matériaux nobles
A la galerie Pétrides du faubourg St. Honoré, celui-là même qui lança Utrillo, Vlaminck, Fujita?, elle a eu la joie de voir des toiles que le Louvre aimerait bien avoir dans ses collections. Celles que des artistes sans le sou, voués à l?alcool, ou à l?absinthe, troquaient contre une bouteille pleine, pour 3F10 d?alors ! ?On restaurait des cadres pour le Louvre aussi, poursuit Josette : On a refait l?or des boiseries de la chambre du roi au Château de Versailles.? Doit-on s?étonner d?apprendre qu?elle a restauré une partie du mobilier du Château du Réduit, dont deux grandes consoles, une petite, les fauteuils du XIXe du petit salon bleu?
Elle a aujourd?hui 25 ans de métier. Et vit dans l?île. Josette Krieff avait dû, six ans de cela, délocaliser son atelier. ?C?était pour deux raisons. D?abord, je voulais habiter une île au soleil, avec sa qualité de la vie. Puis, le coût de revient y serait nettement moindre?, explique l?encadreur. Elle exporte ses cadres chez des marchands, qui les diffusent à Paris. La restauratrice a dû fermer son magasin parisien, vu les complications de gestion parallèle des deux lieux à dix mille kilomètres l?un de l?autre.
Dans son atelier Golden Art Ltée, à l?avenue Mgr. Leen, à Quatre-Bornes, l?odeur de vernis vous enveloppe dès l?entrée. Vous suffoque même. Se mêle à celle de la colle de peau, du Bol d?Arménie, cette sorte de terre rouge indispensable au métier. Ils sont sept à s?affairer aux copies de cadres anciens, de la Renaissance au XIXe siècle, à la restauration de bois doré du XVIIIe, et les plâtres du XIXe. Celui-ci est au surmoulage. Cet autre redore quelque dorure, selon les procédés anciens. Josette, elle, pose une par une les feuilles d?or. C?est un métier aux matériaux nobles, que celui de dorer à l?or ou à la feuille de cuivre ou encore à l?argent. La patine leur conférera une apparence d?époque. A s?y méprendre ! Serait-ce ces matériaux qui auront fait de Josette un c?ur d?or, ou est-ce le c?ur qui aura dicté le métier ?
L?artiste Kelly Wayne est là. Elle travaille sur les cadres mêmes qui habilleront ses peintures lors du vernissage du lendemain. Mais la surprise est ailleurs : le cadre Louis XV fait son bonheur. Et c?est bien elle qui les choisit, bien qu?ils enclavent ses tableaux. C?est là que le c?ur d?or de Josette Krieff se manifeste. Elle la laisse faire. ?J?aime les gens. J?essaie de les aider. Mais je n?aime pas les histoires, les disputes, les cris?, confie, calme et posée, Josette. Et c?est ainsi qu?elle prend en main l?exposition de Kelly Wayne.
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