Publicité
L?esprit universitaire de ?La Francophonie Mauricienne?
Par
Partager cet article
L?esprit universitaire de ?La Francophonie Mauricienne?
DE l?université de Maurice nous vient un esprit francophone. Il a une valeur intellectuellement mauricienne. C?est ce que révèle la publication des Actes de la Journée de la Francophonie du 20 mars 2003, qui porte sur le thème de La Francophonie mauricienne, et qui a été lancée lors de la Journée Internationale de la Francophonie à l?auditorium Octave Wiehé (19 mars).
La francophonie comme thème fait partie de divers programmes d?études secondaires et universitaires. En organisant ce séminaire, l?université de Maurice s?est donnée pour objectif d?aider ces étudiants concernés ?à y voir un peu plus clair?, comme le rappelle Arnaud Carpooran, coordinateur du Groupe de Recherche en Francophonie, dans son discours académique sur les spécificités et les paradoxes sociolinguistiques. Ce faisant, l?Institut accomplit son devoir académique, mais aussi civique, car nous sommes à une époque où ?beaucoup d?institutions tertiaires sont amenées à redéfinir leurs objectifs pour assurer la formation du citoyen?. C?est ce que confirme le rapport d?étude en milieu universitaire de Veena Balgobin, doctorante chargée des cours en didactique des langues.
D?emblée, l?on peut constater que cet esprit universitaire francophone se double d?un appel au civisme, suivi d?un sentiment de responsabilité. Du civisme et de la responsabilité intellectuelle. Voilà réunis les ingrédients qui composent l?essence même de cet esprit qui règne à l?université de Maurice et qui fonde tout enseignement. (Car de l?université à la francophonie le pas n?est pas qu?institutionnel; il est aussi un partage langagier : ?l?espace francophone s?y conforme admirablement du fait même qu?il se fonde sur une langue partagée?, nous rappelle Shakuntala Boolell, citant John Libbey.)
Du coup, ?enseigner la littérature francophone aujourd?hui relève d?une responsabilité intellectuelle qui vise à encourager nos étudiants à réfléchir sur l?épineuse question des identités pour éviter d?en faire des ?identités meurtrières?, écrit Danielle Tranquille. Voilà l?effet direct du civisme et de la responsabilité sur l?éducation supérieure à Maurice. La Francophonie mauricienne, si elle existe, n?est donc ni inventée ni définie au hasard; elle est tout simplement situationnelle. ?Nous sommes dans une logique de trans-nationalisme et de trans-culture et la francophonie en est imprégnée !?, note-t-elle encore. Autrement dit, cet esprit qui plane sur le campus nous souffle l?idée d?une Francophonie qui aspire à la mondialisation.
Réseau de lecture
Mondialisation. Soit. Mais pas n?importe laquelle. Il s?agit ici de celle ?respectueuse du plurilinguisme et du pluriculturalisme?, comme l?explique Palma Veerapen, Doyen de la Faculté des sciences sociales et humaines, responsable également de la publication des Actes, dans son discours introductif sur ?Francophonie et mondialisation?. Autrement dit, il faut résister à ce type d?uniformisation qui tend à diluer l?identité de l?être individuel ou communautaire. Et seul le dialogue entre les cultures peut assurer une telle résistance et conserver la diversité. Cette Francophonie qui aspire à la mondialisation se veut donc à la fois plurielle et libérale, mais non uniformisation.
Cette conception de l?objectif fondamental de la Francophonie, Palma Veerapen la fonde sur cette citation de Michel Guillou, ancien recteur de l?Association des universités partiellement ou entièrement de la langue française (AUPELF) : ?La Francophonie défend la liberté culturelle, fait respecter le droit à la diversité et au pluralisme, affirme parallèlement à la liberté économique les valeurs universelles de solidarité et de partage. Elle a choisi le pluriel plutôt que le singulier, la diversité contre l?uniformité.? Sans doute est-ce bien de là qu?il tire aussi le sens de cet appel, que la Francophonie semble adresser à l?Institut, auquel il est fier de pouvoir répondre en sa qualité de Doyen ? ?Il est heureux que l?université de Maurice ait pu prendre place, à sa façon, dans cet espace de partage auquel semble nous inviter la Francophonie,? déclare-t-il.
La Francophonie allie ainsi les institutions avec les cultures et les langages dans une idée de partage. Voilà pourquoi l?enseignement de cette littérature francophone, dont il est question plus haut, ?aura donc, selon Danielle Tranquille, installé la langue française dans cette situation d?ouverture, de perméabilité, l?invitant et parfois même la forçant à une rencontre avec l?Autre?. Le terme ?forcer?, subjectif certes, ne doit pas être appliqué ici pour tenter de définir le lien que maintient la langue française avec les autres langues. Car aucune situation n?est imposée parce que l?espace francophone même, comme nous le fait remarquer Shakuntala Boolell, se fonde ?sur un choix ? celui de chacun des pays qui y adhèrent ? choix d?une communauté de peuples, d?une communauté de valeurs, d?une communauté d?intérêts?.
Ainsi, l?espace francophone n?est pas imposé parce qu?il y a une demande de la part des Mauriciens qui sont fondamentalement une nation plurilingue qui accueille chez elle ?ces missionnaires du livre (qui) ne cessent de jouer un rôle essentiel pour développer le goût de la langue de Voltaire,? selon Shakuntala Boolell qui trouve que ?l?île Maurice dispose d?un bon réseau de lecture française?. A cela se rajoutent ?les bourses d?études offertes chaque année par l?ambassade de France à des dizaines de Mauriciens, la diffusion quotidienne, par la télévision nationale mauricienne (la Mauritius Broadcasting Corporation) des émissions de TV5, chaîne de la francophonie,? comme le note Arnaud Carpooran.
L?espace langagier de la francophonie mauricienne n?a pas besoin de se frayer une voie pour nous atteindre; il est déjà bien enraciné chez nous, qui plus est, il gagne du terrain. ?En raison d?une plus grande exposition au français, notamment par le biais de l?école, des médias et de certaines institutions, les Mauriciens sont dans l?ensemble plus ?francophones? aujourd?hui qu?ils ne l?étaient il y a deux ou trois décennies?. Tant mieux, puisque la langue française, pour rejoindre Shakuntala Boolell, citant Tahar Ben Jelloun, ?est plus qu?un véhicule, elle est la langue de création?? Loin de suspecter la francophonie, l?université de Maurice affiche un esprit confiant que son avenir ne se fera pas sans. (voir aussi ?Billet : Un commerce de camembert !?)
Publicité
Publicité
Les plus récents