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Carpe Diem du théâtre au présent
«J?ai une troupe à moi, le Carpe Diem, de la provocation comme vous le voulez?» A première vue, on croit à la bonne blague. La déclaration a de quoi surprendre. Normal, puisqu?elle est émise par Alessandro Chiara, jeune acteur fantasque, jouant l?excentrique Thomas Diafoirus dans le Malade Imaginaire avec Rowin Narraidoo. N?est-ce pas là une nouvelle réplique lancée uniquement pour attirer notre attention? Alessandro Chiara fait partie, avec Yannick Gérie et Stanley Harmon, du trio dirigeant la troupe Carpe Diem. A leur actif, trois spectacles: Evita (2000), Les Misérables (2001),
Li dans avek Zezi (2003). Coups de gueule, provocation, désir de profiter de la vie à son maximum. Voilà de quoi se nourrit la troupe Carpe Diem. Plus de Molière, de Shakespeare. Plus de clichés. Vivre l?instant présent, traduction de l?expression latine «carpe diem».
Dehors le soleil s?anime, à l?intérieur de la salle d?art du collège La Confiance, des étudiants flambent de passion. Carpe Diem tient sa réputation de «provocateur» après la pièce Li dans avek Zezi, jouée à la paroisse de Sainte Croix pour Noël 2003. Une pièce jouée en créole, reflétant la réalité pluri-ethnique mauricienne. Li dans avek Jésus intègre des numéros de séga et de danse de lions chinois. Stanley Harmon, 30 ans, prof de français au Collège
La Confiance, faisait déjà partie de cette aventure. Selon lui, Carpe Diem pourrait être qualifié de «Cassiya du théâtre», c?est une troupe qui atteint toutes les communautés.
Lui, quitte l?école à 16 ans. Alessandro Chiara, bientôt 18 ans, est un Italien établi à Maurice depuis l?âge de deux ans. Plus de bouquin, l?éducation reste certes importante, mais son c?ur ne bat que pour l?art. Plongé dans la marmite du théâtre à 13 ans, il découvre alors sa voie, son chemin, sa raison de vivre. Ses parents s?interposent, Alessandro résiste. Les problèmes familiaux ne l?arrêtent pas. «C?est mon art qui m?appelle», explique-t-il. Au sein du Carpe Diem, il est connu pour ses rôles d?excentrique, où oser devient presque une habitude.
Enthousiaste, il partage ses idées pour révolutionner le monde du théâtre à Maurice, qu?il juge trop statique. «Théâtre mauricien pé mort, pé écrouler ! Carpe Diem nous permet d?oser, d?aller par-delà les limites ! Maintenant, on ne voit que des pièces qui sont au curcus scolaire, des pièces qu?on joue pour gagner de l?argent ! Nous, c?est différent». Contradiction surprenante. Pourquoi avoir joué Thomas Diafoirus dans Le Malade Imaginaire, au programme secondaire ? Tout simplement pour gagner sa vie de comédien. Ce n?est pas pour autant qu?il met de côté ses convictions.
Autre figure dominante de la troupe : Yannick Gérie, 19 ans du Collège La Confiance. Depuis sept ans qu?il foule et enflamme les planches, rien ne l?arrête, c?est «Le» spécialiste de la troupe, un fou talentueux. En le voyant rouler sur ses mots, se confier, vider son âme, on voit ses rêves, ses envies. Yannick communique une émotion incroyable, une chaleur d?artiste qui montre qu?il croit en lui.
Formé à l?Atelier Pierre Poivre, Yannick croit surtout qu?il a réussi à se développer par lui-même. Connu pour ses talents d?interprétations féminines, Yannick vit avec ses pulsions, pleure quand il en a bien besoin et surtout, il écrit des textes parfois, compose certaines chansons, participe à la création du décor. Comme les autres, il vibre avec le public, fait des improvisations sur scène, il réécrit la pièce en pleine représentation. «C?est notre forme d?expression, une formation psychologique. Une intense complicité nous lient et cela crée un équilibre sain entre garçons et filles !» Mais, c?est surtout de la spontaneité. Dépeindre ses sentiments à partir des émotions qui s?installent soudainement dans l?esprit.
Musique, danse, textes, décor : Carpe Diem s?attaque à tous les aspects de l?art théâtral. Chacun y contribue. Marjorie Nanette, 25 ans, enseignante d?anglais et de sciences au Collège La Confiance, s?investit également dans cette troupe qui rassemble des «marginaux». «Tenez, un exemple ; mon élève qui a 14 ans, Christopher Sagor. Il a échoué au CPE et il est maintenant en pré-vocationnel. Pourtant, si vous le voyez sur scène ! Il s?incruste entièrement dans la troupe et il se développe comme un enfant normal!»
Carpe Diem, synonyme de passion et d?entraide. En juillet, ils présenteront au Théâtre de Port-Louis, une pièce, tenez-vous bien, rappelant La Passion du Christ, film controversé de Mel Gibson ! Mais vous pourriez aussi tomber sur eux, dans les rues de l?île, pour un théâtre en plein air. En quelques mots, pour Gaël Gouges, Andy Ramos, Richard Malot, Ludovic Li Sim Yam, la troupe est synonyme d?amitié, de liberté et de provocation. La jeunesse avec tous ses désirs, sa révolte, sa naïveté.
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