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«Le tourisme a eu son ?wake-up call?»

26 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?industrie du tourisme vient de célébrer l?excellence de sa prestation. Serait-elle coupable de suffisance ?

Au contraire. Il n?est jamais de trop de s?arrêter et de dire aux collaborateurs : «Merci les gars ! Vous avez fait du bon travail». Nous, les administrateurs, ne sommes pas en contact direct et permanent avec le client. Il suffit de peu à ceux qui le sont de tout gâcher. Il est essentiel de reconnaître l?apport de chacun. Le National Excellence Award est une incitation à faire mieux, à se surpasser.

Se surpasser? N?est-ce pas plutôt d?une ré-invention que l?industrie a besoin ?

Nous avons un produit de qualité qui a une bonne résistance (résilience). Cependant, la compétition entre les destinations et entre les hôtels se fait plus sévère. La dépréciation du dollar n?arrange pas les choses. Les destinations euro comme Maurice tiennent difficilement la comparaison. Le voyageur, lui, consomme plus intelligemment? Le wake-up call a sonné pour le tourisme mauricien. Il est grand temps de réagir.

A quoi s?expose-t-on si l?on reste timoré ?

Continuer à augmenter le nombre de chambres sans se donner les moyens d?accroître significativement les arrivées touristiques engendrera une guerre fratricide. Les hôtels se battront entre eux pour conserver leur part de marché. Les prix baisseront, la qualité sera sacrifiée et, à terme, certains établissements devront fermer.

Faut-il cesser de bâtir de nouveaux hôtels ?

Nous sommes en faveur du développement. L?arrivée de grandes enseignes comme Ritz Carlton, Four Season, Banyan Tree ne peut qu?accroître le prestige de Maurice. Et puis, un peu de compétition réveillera tout le monde.

Votre appréciation des efforts consentis pour vendre la destination ?

Le budget de Rs 121 millions (soit 3,5 millions d?euros) est nettement insuffisant pour maintenir la visibilité de Maurice sur les marchés porteurs. A elle seule, ma compagnie dépense davantage en marketing. On peut voir sur CNN ou sur d?autres chaînes internationales de la publicité pour les Maldives, la Grèce? mais jamais sur Maurice. Les temps ont changé. Auparavant, il suffisait de prendre son téléphone et de confirmer une réservation. A présent, il faut se lever de bonne heure pour trouver le client. Maurice doit se montrer plus agressive.

En dépit de moyens dérisoires, Maurice a su conserver sa part de marché?

Les hôteliers ont beaucoup investi dans le marketing et ils continuent à le faire. Cet effort conjugué a permis au pays de se maintenir à flot, de suivre les courants. Aujourd?hui, le vent a tourné. Je le répète : le wake-up call a sonné «and the name of the game is money». Nous ne pourrons engranger indéfiniment des profits sur le travail abattu autrefois.

Etes-vous favorable à la diversification des marchés ?

Les Anglais ont une belle expression : «you fish where the big fish are». Il serait plus intelligent de se concentrer sur les marchés porteurs, dont la France, la Grande-Bretagne, l?Italie et l?Allemagne. Ne gaspillons pas notre temps. Il ne faut pas sacrifier le présent pour le lointain futur.

Les marchés traditionnels ne sont-ils pas essoufflés ?

La conjoncture influe sur la psyché du voyageur européen. Insécurité, marasme économique? C?est vrai, ces marchés porteurs ne démarrent pas assez vite. Ceux qui avaient l?habitude de venir ne viennent plus. Ils ont trouvé moins cher ailleurs. Mais il ne faut pas être pessimiste pour autant. On est au creux de la vague. L?Europe va se ressaisir.

A quoi cela sert-il de chercher de nouveaux clients quand il n?y a pas assez de vols pour les amener chez nous ?

Une politique d?accès aérien dynamique est vitale pour Maurice. Il faut amener davantage de touristes. Certes le nombre d?arrivées est en progression, mais cela n?est pas suffisant pour remplir tous les hôtels, dont les nouveaux. Je sais que les responsables gouvernementaux se penchent sur le dossier de l?accès aérien. Je suis confiant qu?ils trouveront vite une solution efficace.

Depuis le temps qu?elles y pensent? Assouplir l?accès aérien signifie, pour certains, accepter les vols charters. Faut-il se braquer de la sorte ?

Charter ou pas, là n?est pas la question. Ce qu?il faut, c?est plus de places sur les avions qui assurent les liaisons avec l?Europe. Il n?y a pas de quoi se braquer par rapport aux vols charters. De nombreux Français empruntent des charters jusqu?à la Réunion pour gagner Maurice.

Vous ne pensez pas que les vols charter nuiront à l?industrie ?

J?ai volé avec Virgin sur la route Londres-New York. Le niveau de service à bord était bon. Je ne connais pas Corsair. En même temps, je dis qu?il faut préserver l?image élitiste de Maurice.

Que dire des tour-opérateurs qui se plaignent que la destination est trop chère ?

Quand le marché se porte bien, il est facile de vendre les chambres et tout le monde est content. Moi je suis pour le maintien des prix. A condition bien sûr d?offrir un service de qualité correspondant. Vous n?achetez pas une Mercedes pour la moitié du prix parce que le marché se porte mal.

Il n?y a donc pas lieu de revoir le positionnement de Maurice comme destination haut de gamme ?

Il faut faire attention à ce qu?on dit. Maurice est considérée comme une destination sûre avec une prestation hôtelière, un service et un accueil de qualité. Cependant, je ne la qualifierais pas de haut de gamme. Sur les 9 647 chambres disponibles, seules 10 % d?entre elles sont des cinq-étoiles de luxe. Cela ne suffit pas pour mériter le label haut de gamme.

La qualité de l?accueil se détériore-t-elle ?

Non. L?île est connue à travers le monde pour sa beauté, sa prestation hôtelière de très bon niveau et surtout pour son accueil chaleureux. Toutefois, il faut veiller à ne pas gaspiller ce capital. Il faut l?améliorer en protégeant davantage le client, en particulier les personnalités connues. Nous faisons de gros efforts pour amener des clients prestigieux dans l?île. Il faut pouvoir assurer leur anonymat et respecter leur intimité.

Les autorités ont prétendu y mettre bon ordre.

Les résultats ne sont pas visibles. Nous avons eu des expériences fâcheuses où des clients ont préféré aller aux Maldives. Je ne dis pas qu?il faut couper les vivres aux marchands de plage et autres paparazzi. Mais il faut trouver un modus vivendi.

One&Only Resorts gère un hôtel aux Maldives et inaugurera un autre dans l?archipel l?an prochain. Pourquoi la destination a-t-elle le vent en poupe alors que Maurice piétine ?

C?est dû à un phénomène de mode. Les Maldives sont une destination huppée. De plus, elle est cotée en dollars, ce qui en fait une destination à 25 % moins chère au départ.

Maurice veut faire du tourisme sa première industrie créatrice d?emplois et de richesse. Vous y croyez ?

Eh bien, les emplois dans le tourisme ne cessent de croître ! Le personnel hôtelier local a très bonne réputation. Tant et si bien que des concurrents viennent de Dubayy, des Seychelles ou des Maldives pour recruter. Nous devrions craindre un manque de main-d??uvre qualifiée pour notre propre marché. Il serait bon de prévoir, d?ores et déjà, des centres d?apprentissage assurant des programmes de formation accélérée, laissant aux hôtels le soin de perfectionner le personnel.

Pourquoi One&Only Resorts ne construit-il plus d?hôtel à Maurice ? Est-ce par manque de confiance dans la destination ?

Nous venons d?investir Rs 234 millions pour la rénovation de l?hôtel La Pirogue et nous réfléchissons au relookage du Sugar Beach. Nous avons investi Rs 1,5 milliard dans le nouveau Touessrok et Rs 1,2 milliard pour refaire le St Géran. A Maurice, nous gérons cinq établissements, dont deux de grand luxe, et un golf.

Nos hôtels marchent très bien malgré la conjoncture peu favorable. Nous escomptons de meilleurs résultats pour ce premier trimestre comparé à la même période en 2003. Notre objectif était de créer un label très fort pour nos hôtels de luxe. Le One&Only a renforcé leur image et leur visibilité au niveau international. Notre stratégie est de diversifier nos sources de revenus en investissant ailleurs dans l?océan Indien. C?est simplement une question de meilleure répartition de risques.

«Il nous faut craindre un manque de main-d??uvre qualifiée. Il serait bon de prévoir des centres d?apprentissage assurant des programmes de formation accélérée en hôtellerie.»

«Seules 10 % des 9 647 chambres disponibles sont des cinq-étoiles de luxe. Cela ne suffit pas pour mériter le label haut de gamme.»

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