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Uttam, 17 ans, dont neuf dans le coma

26 mars 2004, 20:00

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Maurice n?étant pas équipée pour soigner et s?occuper des comateux, c?est vers l?Inde que se tournent les parents des victimes. Mais si certains comme le père de Shabana Patel, victime d?un grave accident à Flic-en-Flac l?an dernier, peuvent débourser gros pour ce genre de soins, d?autres n?ont malheureusement pas les moyens.

Là-bas, à 16e mile Forest-Side, on attend depuis des années que Dieu manifeste sa bonté. Tout le quartier attend un miracle. Neuf ans déjà qu?on attend au fin fond d?une ruelle. Dans la maison, il y a toujours quelqu?un qui ne dort pas la nuit. Des parents qui se relayent pour veiller, pour guetter le moindre mouvement, le moindre geste d?Uttam.

Des parents qui attendent depuis neuf ans que leur enfant, 17 ans dans quelques mois, quitte son long tunnel noir. Uttam, heurté par une voiture alors qu?il n?avait que huit ans en 1995, est désespérément enfermé dans un état comateux. Un fardeau que seul leur profond amour permet de supporter.

Un an après son accident, Uttam est admis dans un hôpital en Afrique du Sud. On le nourrit à travers un tube qui passe par le nez. Les médecins sud-africains, concluant que l?enfant ne pourra jamais manger, décident de lui inciser la gorge pour installer un tube supplémentaire. Mais Anita, la maman, refuse.

Un fol espoir pour la famille

De retour à Maurice, le tube sort accidentellement du nez d?Uttam. Ses parents lui ouvrent alors la bouche pour le nourrir à la cuillère. L?enfant parvient à avaler et la soupe descend dans son estomac au lieu des voies respiratoires. C?est un petit miracle !

Avec le temps, Uttam commence à ouvrir la bouche dès que la cuillère se rapproche de ses lèvres. Il mâche si on lui met des aliments sous la dent. Et depuis six mois, il sourit et il essaye de parler.

Pourtant ce progrès, qui donne un fol espoir à ses parents, amène aussi des inquiétudes. Uttam a, de plus en plus souvent, des crises. Il se raidit comme ceux qui souffrent d?épilepsie et son état se détériore. Pour son entourage qui craint le pire, c?est souvent la panique. «Quand ça arrive, que ce soit le jour ou la nuit, il faut le transporter par nos propres moyens à l?hôpital du Nord, confie le père, Raj Maghoo. C?est le seul hôpital qui à une salle où on peut le soigner et où sa mère peut rester auprès de lui. Mais à chaque fois qu?on y va, on se fait maltraiter. On doit se battre, supplier et souvent pleurer pour qu?on accepte de l?admettre. Il a déjà un dossier mais il faut, à chaque fois, tout recommencer à zéro alors que l?enfant est dans un état déplorable. Heureusement qu?on peut compter sur un médecin qui connaît bien le cas de mon fils. Il vient toujours quand on l?appelle en salle, à chaque fois qu?on lui téléphone».

Sergent de police, il a démissionné pour ouvrir une quincaillerie afin d?être aux côtés d?Uttam. Il dit ne rien comprendre au comportement du personnel de l?hôpital. «On ne leur donne aucun travail supplémentaire à part les injections. On fait la toilette d?Uttam, on lui change ses vêtements et sa position chaque heure, on veille sur lui nuit et jour.»

Uttam a gardé ses traits enfantins malgré un début de duvet. Mains et pieds recroquevillés, il est tantôt allongé sur le canapé, tantôt sur le lit. Ses yeux grands ouverts mais son regard vide. Lors d?une visite en Inde, des médecins ont assuré qu?il voit et qu?il entend.

«Je pense qu?Uttam peut s?en sortir avec un traitement poussé en Inde mais l?argent me fait défaut et le gouvernement a toujours refusé de payer son passage ou de nous aider financièrement, ajoute son père. J?ai toujours tout payé de ma poche et je me demande pourquoi on refuse de m?aider alors que ce n?est pas le cas pour d?autres. Pourquoi est-ce que le gouvernement ne met pas en place un service spécialisé pour les comateux ?» Pour éviter que les membres d?Uttam ne s?atrophient, ses parents payent Rs 500 la séance d?une heure à un physio spécialisé qui vient deux fois par semaine. Les Maghoo affirment avoir dépensé presque Rs 1 million pour des soins. Grâce aussi à la solidari des parents.

L?Etat pas concerné

L?Etat n?est, semble-t-il, pas préoccupé par la nécessité d?avoir un département spécialisé pour les comateux. Or, nous indique le Dr Ramesh Modhun, neurologue et neurochirurgien, il ne se passe pas un jour sans qu?on ne voit arriver des gens dans le coma à l?hôpital. Les raisons sont multiples : coup à la tête après accident ou chute, overdose ou crise d?asthme pendant laquelle le cerveau n?obtient pas d?oxygène pendant quelques minutes. «Il n?y a même pas de soins de base pour ces victimes. Bien souvent des blessés entrent dans le coma parce l?hôpital a trop tardé pour s?en occuper.» L?affirmation du neurochirurgien est confirmé par le père de Patel qui parle du laxisme et du je-m?en-foutisme du personnel hospitalier. «On a laissé ma fille pendant deux heures dans une varangue ouverte. Elle était blessée et même pas recouverte d?un drap.»

Le Dr Modhun signale aussi qu?il n?y a aucun centre spécialisé pour s?occuper des comateux et de leur réhabilitation. «Qu?adviendra-t-il de cet enfant dans le coma depuis neuf ans quand ses parents ne seront plus là ? Y a-t-il un centre pour le prendre en charge ?

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