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La fatalité OGM

26 mars 2004, 20:00

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L?on se prend toujours à sourire des revendications des Verts, ces marginaux aux causes perdues d?avance. Dans le débat sur les ogm cependant, il faut leur reconnaître le mérite d?avoir titillé un consommateur peu ému que l?on farfouille dans son assiette. Même si toute résistance sur la question était vaine, elle a été utile parce qu?elle a attiré un tant soit peu l?attention du public qui juge sans doute trop complexe la question et incité les décideurs à un choix plus éclairé. L?opposition, la vraie, qui s?est contentéed?ironiser bêtement sur ?l?insolidarité? du partenaire du gouvernement, devrait rougir de lui avoir laissé ce rôle.

La position de Michel était certes maladroite. On peut être éthiquement contre la manipulation génétique des aliments en raison de l?ignorance de ses retombées. Mais lorsqu?elle existe, on ne peut pas réclamer qu?on la nie. Que ce soit pour l?énergie nucléaire ou pour l?in vitro, l?être humain est condamné à apprendre à vivre avec les pouvoirs qu?il s?est octroyés. Il lui faut trouver des moyens de contrôler ce pouvoir. C?est précisément ce que doit faire la loi : autoriser ? parce que ce serait plus dangereux d?ignorer ? et imposer à son utilisation un cadre défini sous le contrôle suprême de l?Etat.

Nous ne pouvons d?autant pas nier la manipulation génétique que la logique économique est arrivée à avoir préséance sur tout autre principe et que notre survie économique dépend d?un produit aussi vulnérable que la canne. Si nous ne voulons pas être dépassés et dégringoler, il nous faut suivre les règles du jeu que développent les puissants. Dans ce monde où tous les concurrents partiront demain sur la même ligne de départ, imaginons seulement qu?un des nôtres nous devance et commercialise la canne transgénique. Ses coûts de production sont réduits, puisqu?il lui est épargné les insecticides coûteux, sa terre reste plus saine, épargnée aussi des pesticides, et le produit est plus résistant aux intempéries, ce qui garantit une récolte égale. En un rien de temps, l?aventure du sucre du fournisseur irrégulier et cher que nous serons restés, pourrait prendre la tangente.

On ne peut d?autant pas faire semblant d?ignorer la manipulation génétique que nous vivons presque exclusivement de produits alimentaires importés et que les pays dont nous importons ont eux admis le principe. Nous pouvons être plus royalistes que le roi et refuser de consommer ce que nos producteurs même consomment. Il y en a bien certains qui le font là-bas, c?est leur choix. Et c?est par respect pour leur liberté que leurs autorités ont introduit la transparence de l?information, l?étiquetage. Nous ne faisons qu?adopter la même attitude.

Au nom de l?économie, il ne s?agit pas pour autant de vendre notre âme au diable. Il faut croire que les économistes qui décident de nos ventes ont mis dans la balance bénéfices et risques. Les scientifiques de même. Les uns ne sont pas assez fous pour rechercher un produit qui ne se vendra pas ; ils sont probablement convaincus que si les Américains, les Indiens, les Chinois consomment OGM depuis dix ans sans avoir développé de maladies nouvelles, les Européens, notre marché, hostile aux OGM, finiront bien par cesser de faire la fine bouche. Les autres, les chercheurs, commencent à être plus optimistes : l?essentiel des structures de contrôle des risques existe, disent-ils. Et face à la pression publique, elles seront forcément doublées. Il est malheureux tout de même que les uns et les autres aient laissé parler les profanes.

Que la loi soit votée ne doit pas faire relâcher la pression. Il faut se méfier de ces lois résolument progressistes que l?on vote pour se mettre au diapason des normes mondiales, pour rassurer les investisseurs ou aider telle industrie, mais qui restent de la poudre aux yeux. A l?instar de celle contre le piratage. Deux ans après, il n?y a pas eu de nettoyage, au point où ce sont les Américains mêmes de Polo Ralph Lauren qui ont dû venir mettre de l?ordre.

Ce National Biosafety Committee, entre autres instances de protection des consommateurs, doit vite fonctionner. La surveillance doit opérer dès lors que l?on autorise la manipulation et les produits manipulés. Bien que ce comité n?en soit pas un d?éthique, la question de la finalité de la manipulation doit être sans cesse posée. Sera-t-il nécessaire de modifier la pomme de terre, par exemple ? A partir du moment où l?on rentre dans la logique économique, les risques de dérive sont décuplés.

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