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Le budget de l?audace
Le grand argentier qui s?était fait très discret sur les dossiers économiques depuis son installation au ministère des Finances sort de sa réserve. A trois mois de la présentation de son premier budget, Pravind Jugnauth énumère les priorités pour les deux dernières années de ce présent gouvernement. L?actuel titulaire n?a guère l?intention de se démarquer de son prédécesseur; son action s?inscrivant dans la continuité des politiques énoncées lors des trois derniers budgets.
Les priorités et les préoccupations sont les mêmes. La croissance économique (prévue à 6,6 % pour 2004) n?est toujours pas suffisante pour créer de l?emploi. Les investissements privés manquent toujours pour galvaniser l?activité économique et maintenir la croissance sur une trajectoire ascendante. Le déficit budgétaire reste un sujet qui menace la stabilité économique.
Toujours est-il que Pravind Jugnauth dispose d?une bien plus large marge de man?uvre que son prédécesseur dans la gestion des finances de l?Etat. Les plus gros chantiers publics budgétivores sont derrière nous ou sont en phase terminale. Le ministre des Finances est satisfait que durant l?année fiscale 2003-2004, le déficit a été ramené à 5,5 % du produit intérieur brut (PIB), malgré les investissements massifs de l?Etat.
Or, la situation aurait été nettement meilleure si les autres modes de financement tels les PPP (?Public Private Partnership?) avaient été explorés. Evoquée à maintes reprises, la formule PPP n?a jamais vu le jour. Le retard apporté à la mise en place de cette politique fait que l?Etat a dû puiser de ses caisses pour financer certains projets autrement susceptibles d?intéresser les investisseurs privés.
Une question se pose maintenant : le grand argentier dispose-t-il d?une marge d?action adéquate pour concevoir des stimulants fiscaux destinés à relancer la croissance sur des bases plus durables ? En procédant à la hausse de la taxe à valeur (TVA) ajoutée en 2001 et en 2002, le gouvernement avait freiné la consommation à un moment où l?économie affichait déjà la morosité. Pravind Jugnauth pourra-t-il renverser la vapeur lors du prochain budget ?
Le Budget 2003-2004 avait introduit un élément de ?tax buoyancy? dans le système. Le ministre des Finances peut donc capitaliser sur ces nouvelles donnes pour apporter un nouveau dynamisme au cadre des incitations fiscales et en même temps alléger la pression de la TVA sur le consommateur.
Si le pays réalise une bonne récolte sucrière, le taux de croissance pour l?année en cours pourra atteindre 7 %, soit un niveau susceptible de permettre à l?économie de se prendre en charge. Suivant une notion d?élasticité, une consommation réanimée par une baisse de la TVA peut faire rentrer plus de revenus dans les caisses du gouvernement.
Mais Pravind Jugnauth devra aussi réussir la modernisation du système de dépenses et de la collecte des recettes de la taxe. Un ?Medium Term Expenditure Framework? (MTEF) sera mis en place pour une meilleure planification du budget de développement par les différents ministères. Parallèlement, le fisc se consolide avec la création prochaine de la Mauritius Revenue Authority dont l?objectif est de chapeauter toutes les agences fiscales.
Les conditions sont réunies pour un budget beaucoup plus ?souple? que les exercices précédents. Mais bien plus que de la souplesse, c?est l?audace budgétaire qui devrait être de mise pour réussir cette transformation économique tant souhaitée.
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