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La loi sur les OGM est votée
La manipulation génétique est un puissant outil pour transformer notre univers. Alors que nous apprenons encore à maîtriser cette technologie, ne serait-il pas mieux d?attendre d?en avoir cerné toutes les implications ? La question est ancienne, mais le gouvernement a choisi le pragmatisme en adoptant hier le Genetically Modified Organisms (GMO) Bill.
L?opposition a réclamé un décompte des voix. Trente-neuf députés ont voté pour, cinq contre et les deux députés verts se sont abstenus. Une bonne quinzaine de parlementaires ont participé aux débats. Le Parlement a été ajourné vers 22 h 30 à vendredi après-midi. Il sera question d?adopter un budget supplémentaire d?environ Rs 1,3 milliard.
Le gouvernement estime que le GMO Bill permettra d?exploiter le potentiel de la biotechnologie tout en se protégeant contre les dangers. Le parti allié, Les Verts, ne partage pas cet avis. Sylvio Michel, son leader et ministre de la Pêche, estime que ?les provisions pour véritablement protéger le consommateur ne sont guère suffisantes?.
Tout comme son camarade de parti, Jean-Claude Armance, Sylvio Michel avance que ce gouvernement n?est pas mandaté pour prendre le parti des OGM. Selon lui, le régime cède au lobby de l?industrie sucrière qui a déjà, dit-il un passé très chargé?
Pour sa peine, Sylvio Michel s?est fait rabrouer par le Premier ministre, Paul Bérenger. ?La position des Verts est illogique ! Ceux qui sont contre les OGM par souci pour l?environnement et la santé humaine devraient au contraire soutenir cette législation car elle préconise la protection sur les deux fronts.?
L?opposition, de son côté, réitère son appel à la prudence. Elle suggère de sensibiliser d?abord le consommateur aux dangers. Tout comme Les Verts, le camp travailliste estime que le pays ne dispose pas de ressources scientifiques et humaines adéquates pour exercer les précautions préconisées dans le GMO Bill. ?Constituons d?abord la capacité de bien gérer les OGM sur notre territoire?, exhorte Madun Dulloo.
Contrôle des permis
Ces préoccupations trouvent un certain écho dans un amendement proposé par le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha. Ainsi, le public aura son mot à dire sur l?octroi de permis d?exploitation. Chaque décision sera publiée dans les journaux de sorte que le consommateur puisse réagir.
Le GMO Bill crée un cadre régulateur pour protéger le consommateur contre l?invasion des produits modifiés. Les députés et ministres de la majorité insistent sur ce point. Maurice importe pratiquement tout ce que ses citoyens consomment et il faut prévoir que les aliments génétiquement modifiés seront de plus en plus présents dans les supermarchés.
En réalité, nous en consommons déjà depuis longtemps. Les OGM sont partout : dans la levure qui fait monter la pâte à pain, dans les ferments pour la bière et le vin ou les bactéries qui coagulent le lait et le transforment en yaourt. Ils sont encore dans les fruits et légumes produits à l?échelle industrielle qui nous arrivent sous forme de jus, purée ou chips; dans les viandes d?animaux nourris aux hormones; dans l?insuline et dans bien d?autres vaccins?
Pourquoi se protéger ? La manipulation génétique de la nourriture aurait un impact direct sur sa santé. La ligue mondiale anti-OGM aligne une liste interminable de dangers potentiels. Cette technologie exposerait à une recrudescence des allergies et des cancers ou encore à des maladies nouvelles.
La manipulation génétique est considérée comme une science encore trop jeune pour fournir des évidences empiriques. Mais les défis confrontant la médecine moderne soulèvent de sérieuses questions. Les catastrophes comme celle de la ?vache folle? ne rassurent guère.
Le GMO Bill mise sur l?information comme moyen de protéger le consommateur. Il préconise des normes pour l?étiquetage. Le consommateur pourra alors faire son choix?
Outre la santé humaine, la manipulation génétique des plantes et des animaux représenterait aussi un danger pour la biodiversité. Le but de cette science est de programmer ces produits afin de les rendre plus efficients. Ils résisteraient aux maladies et conditions climatiques et auraient un meilleur rendement.
La manipulation génétique devient donc un outil exceptionnel pour gagner la bataille de la compétitivité dans le contexte du libéralisme. Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce Interna- tional, Jayen Cuttaree, n?a pas manqué de le faire ressortir.
Mais Sylvio Michel fait remarquer que cette technologie peut aussi déséquilibrer la nature. Elle peut déclencher une spirale qui verrait l?émergence de super-prédateurs, entraînerait une surconsommation de produits chimiques? Ces dangers sont réels, estime le ministre de la Pêche. Ce n?est pas pour rien, dit-il, que la communauté internationale a adopté la Déclaration de Cartagène appelant à la protection de la biodiversité dans le cadre de l?application de la biotechnologie.
Aucun pays européen ne les bannit
Jayen Cuttaree fait alors ressortir que malgré tout, aucun pays ne prend le risque de bannir complètement les produits modifiés. Même l?Union européenne, considérée comme le bloc anti-OGM par excellence, ne pratique pas d?interdit total, relève le ministre.
La stratégie européenne est conforme au principe de précaution prôné par la Déclaration de Cartagène. Et c?est la même que propose d?adopter Maurice, explique Jayen Cuttaree. Pravind Jugnauth, le vice-Premier ministre et ministre des Finances et aussi le parrain de l?OGM Bill, tient le même discours. Avec cette loi, Maurice pourra utiliser la biotechnologie pour améliorer l?efficience de son agriculture, mais avant tout, dit-il, protéger les consommateurs, l?environnement et la biodiversité.
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