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Les industriels européens mobilisés contre Kyoto

23 mars 2004, 20:00

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<B>PARTOUT</B>, sur le Vieux Continent, le monde industriel se mobilise pour que l?Europe remette en question, au moins partiellement, les engagements qu?elle a pris à la suite du sommet de Kyoto, en décembre 1997. Le texte, qu?elle a ratifié en mai 2002, l?engage à réduire d?ici à 2012 de 8 % (par rapport aux niveaux de 1990) ses émissions de gaz jugés trop polluants pour l?atmosphère, dont le CO2. Avant le 31 mars, chaque Etat membre doit avoir transmis son ?plan d?allocation des quotas d?émission de gaz à effet de serre?, première étape d?une directive européenne conçue pour aider l?Union élargie à tenir ses engagements. Les négociations entre les gouvernements et les industriels sont entrées dans la dernière ligne droite.

L?inquiétude principale du monde des affaires est liée aux éventuelles conséquences économiques d?un cavalier seul européen, tandis que les Etats-Unis et la Russie traînent toujours les pieds pour se conformer à l?accord international signé voilà sept ans. L?Europe devrait ?étudier les conséquences négatives d?une approche européenne unilatérale?, écrit Philippe de Buck. Pour les sidérurgistes, papetiers et autres producteurs d?énergie ? qui appartiennent aux six secteurs d?activités concernés dans un premier temps par l?accord ? la compétitivité économique de l?Union ne devrait pas, dans ces conditions, être sacrifiée sur l?autel de la lutte contre le réchauffement climatique. Le débat est d?autant plus vif que la commissaire à l?énergie et aux transports, Loyola de Palacio, a aussi mis les pieds dans le plat : tout en affichant son respect pour le protocole de Kyoto, elle souhaite ?réfléchir à un plan alternatif?, dans l?hypothèse où les Etats-Unis, voire la Russie, camperaient sur leurs positions.

Environ 12 000 usines, dans les 25 pays de l?Union élargie, sont concernées par l?accord. Si le Royaume-Uni a pris de l?avance, plusieurs pays, dont l?Espagne, la Grèce et le Portugal, devraient avoir du mal à présenter leur plan dans les délais. Même la France a hésité sur les modalités de son plan, bien qu?elle n?ait qu?à stabiliser ses rejets par rapport à 1990 : elle devrait, elle aussi, accuser un léger retard. En Allemagne, où les émissions devront être réduites de 21 %, le plan donne lieu à une opposition féroce entre le ministre de l?environnement, l?écologiste Jürgen Trittin, et celui de l?économie, le social-démocrate Wolfgang Clement, plus proche de l?industrie lourde : les deux hommes ne sont pas d?accord sur les quotas à accorder aux industries les plus polluantes. A l?instar de ThyssenKrupp, les entreprises craignent d?être désavantagées par rapport à leurs rivales d?autres Etats où les efforts demandés seront plus modestes.

Les autorités européennes font pour l?instant preuve de détermination. La Commission vient de rappeler qu?elle poursuivrait les Etats tentés de rendre leur copie avec trop de retard. Peu après l?appel de l?Unice, le président de la Commission, Romano Prodi, a invité les Européens à respecter leurs promesses : ?Nous ne pouvons et n?allons pas reculer dans la lutte contre les changements climatiques provoqués par l?activité humaine?, a-t-il affirmé, rappelant que 121 pays ont déjà ratifié l?accord de Kyoto.

Alors que le sujet devrait être évoqué lors du conseil européen de cette semaine à Bruxelles, les Etats membres n?osent pas s?écarter de ce qu?ils ont décidé. Les trois pays les plus concernés, Allemagne, France et Royaume-Uni, où sont situés les deux tiers des 12 000 sites, se font discrets même si, par ailleurs, ils ne ratent pas une occasion d?affirmer leur volonté de défendre la compétitivité européenne. Seuls l?Italie et le gouvernement Aznar, en Espagne, se sont prononcés pour une refonte de la démarche européenne. ?Au moment où une partie de la planète fait l?autruche, il faut résister à la tentation de changer notre fusil d?épaule?, observe en privé un autre haut fonctionnaire.

<B>Philippe Ricard

© Le Monde News Service</B>

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