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Sombre état des lieux de l?après-guerre

11 mars 2004, 20:00

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<B>PRES D?UN</B> an après avoir déclenché l?opération militaire qui a mis fin au régime de Saddam Hussein, les Etats-Unis sont loin d?en avoir fini avec l?Irak. Pourtant, l?affrontement qui a commencé entre George Bush et son adversaire, John Kerry, en vue de l?élection présidentielle de novembre porte beaucoup sur la décision de faire la guerre et pas du tout sur la situation actuelle, ni sur l?avenir.

M. Kerry dit qu?il n?y voit pas clair et qu?à défaut de se rendre lui-même en Irak, parce que cela pourrait être considéré comme un geste électoral déplacé, il envisage de demander à des parlementaires, démocrates et républicains, d?aller se faire une idée sur place et de formuler des recommandations.

C?est ce qu?a fait un groupe d?experts, réunis par le Council on Foreign Relations (CFR), organisme de réflexion et de proposition indépendant. Il a rendu publiques, mardi 9 mars, des conclusions alarmantes. Présidée par James Schlesinger, un ancien secrétaire à la défense, républicain, et Thomas Pickering, un diplomate de carrière qui a servi sous des présidents des deux partis, cette équipe de diplomates, de militaires, de juristes et d?économistes avait dénoncé, en mars 2003, juste avant la guerre, l?impréparation de la période qui suivrait le renversement de Saddam Hussein.

Aujourd?hui, ils estiment que le gouvernement Bush ?peut faire état de progrès significatifs? et que l?adoption de la Loi fondamentale provisoire ?est un succès majeur?. Mais ils insistent davantage sur les ?obstacles formidables qui menacent une transition pacifique et démocratique?.

La composition du groupe et son caractère bipartisan se traduisent par un style excessivement prudent, mais le constat qui ressort du rapport de ces experts est accablant. Ils observent que la coalition dirigée par les Etats-Unis ?a été incapable d?assurer un environnement sûr dans des régions critiques?, ce qui a des conséquences lourdes sur l?activité économique, sur le développement d?une véritable société civile et sur la vie quotidienne des Irakiens.

<B>?Bâtir un consensus?</B>

Ils relèvent que le gouvernement Bush ?n?a eu qu?un succès limité? dans ses tentatives pour obtenir l?aide d?autres pays. Ils soulignent que la souveraineté doit, certes, être transférée aux Irakiens le 30 juin, mais qu?il ?n?y a pas de consensus sur la façon dont une autorité irakienne transitoire sera mise en place?. Au sujet de la sécurité, le groupe Schlesinger-Pickering fait valoir que ?le problème principal est politique et non pas militaire?, et qu?il ne peut être résolu que par un processus visant à ?bâtir un consensus?.

La situation est d?autant plus grave que l?Irak est engagé dans une quintuple transition, comme l?a expliqué l?un des membres du groupe, James Dobbins, lors de la présentation du rapport. Les forces américaines procèdent à une relève d?une ampleur sans précédent. Cent trente mille hommes et femmes quittent l?Irak, où ils vont être remplacés par des unités dont l?effectif total est de 110 000. L?engagement d?autres forces, et particulièrement de l?OTAN, est sur le point de se concrétiser.

L?Irak va passer du statut de pays occupé à la souveraineté. Le rôle des Etats-Unis va diminuer, et celui des Nations unies devenir plus central. Ce changement de statut va aussi entraîner le passage des affaires irakiennes de l?autorité du Pentagone à celle du département d?Etat.

<B>?Sans précédent?</B>

Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, et Colin Powell, secrétaire d?Etat, ont opposé leur optimisme au sombre tableau du groupe du CFR. ?La protection des libertés individuelles, dans la nouvelle déclaration des droits, est sans précédent dans l?histoire de l?Irak?, a déclaré M. Rumsfeld. ?C?est historique?, a confirmé M. Powell, insistant sur l?idée que la suite appartient aux Irakiens. ?Nous allons les aider et les assister?, a-t-il assuré. C?est, précisément, le principal sujet d?inquiétude de M. Schlesinger et de M. Pickering. Ils craignent que le soutien de l?opinion américaine à la reconstruction de l?Irak ?ne soit plus large que profond?, comme le dit leur rapport, et que la tentation ne soit de se désengager. ?Ce serait une faillite?, a prévenu M. Schlesinger, qui sait de quoi il parle puisqu?il a dirigé le Pentagone à la fin de la guerre du Vietnam, de 1973 à 1975.

Les diplomates du département d?Etat se préparent à assumer la responsabilité de la présence américaine en Irak, dans moins de quatre mois, quand l?Autorité provisoire de la coalition (CPA) aura disparu et que son chef, Paul Bremer, sera parti. L?ambassade des Etats-Unis à Bagdad sera la plus importante de la planète, avec 4 000 employés, dont 2 200 Américains. Elle occupera, comme la CPA, un ancien palais de Saddam Hussein dans la ?zone verte?. C?est le seul endroit sûr de la capitale irakienne.

Patrick Jarreau

© Le Monde News Service

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