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La nostalgie du bateau à voile

1 mars 2004, 20:00

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A 71 ANS, Maurice Utchigadoo ne peut plus prendre la mer pour des parties de pêche. Il se contente pour gagner sa vie de fabriquer des casiers pour ses amis.

Assis à l?ombre d?un arbre devant sa modeste maison, à Poste-de-Flacq, il consacre la plupart de sa journée à son nouveau métier. Il manie avec une étonnante dextérité, à mains nues, le fil de fer, matière de base pour la fabrication des casiers. ?Je fais cela depuis des années. Je n?aime pas travailler avec des gants. Il me faut une semaine pour fabriquer un grand casier et seulement une journée pour un petit?.

Périlleuse pour les amateurs

Devenu cardiaque, le septuagénaire a dû abandonner la pêche il y a dix ans. Mais il a encore la nostalgie des sorties en bateau à voile. ?Aujourd?hui, les pêcheurs utilisent plutôt des hors-bord. Autrefois, on partait à la pêche dans des embarcations sans moteur, mais dotées de pagaies. Voguer sur l?eau à bord d?un bateau à voile est grisant?.

Mais attention, une partie de pêche en bateau à voile requiert une grande expérience de la mer et peut être périlleuse pour les amateurs. ?A la moindre faute, le bateau peut chavirer. Il faut être toujours en équilibre et savoir se positionner face à la brise?.

Maurice Utchigadoo a consacré toute sa vie à la mer. A 10 ans, il ne se trouve pas sur les bancs de l?école, mais dans le bateau de pêche de son père. Son destin est alors tout tracé : il achète un bateau dès qu?il atteint l?âge de 20 ans. ?J?ai tout fait dans ce domaine : la pêche à la ligne, à la senne et au casier?.

Père de dix enfants, quatre garçons et six filles, il est reconnaissant à la mer qui a nourri sa famille. Mais, parallèlement, il a dû faire d?autres petits métiers, laboureur et coupeur de cannes, par exemple.

Au bon vieux temps, Maurice Utchigadoo prenait la mer à 6 heures du matin pour revenir le soir. ?A cette époque, on ne prenait pas autant de mesures de sécurité. Quand on partait de chez soi, on courait toujours le risque de ne plus revenir. Nous n?avions pas les mêmes facilités?.

Aujourd?hui, Maurice Utchigadoo a un pincement au c?ur en pensant qu?il ne peut plus barrer un bateau à voile. Avec ses maigres revenus comme confectionneur de casiers, il arrive difficilement à joindre les deux bouts.

Maurice Utchigadoo se plaint de l?absence de facilités pour les personnes du troisième âge dans son village. ?Nous n?avons même pas un centre de loisirs. Nous ne savons que faire de notre temps libre?.

Maurice Utchigadoo est veuf et vit chez sa fille Denise, non loin du débarcadère. Ses enfants ont fondé chacun leur propre famille et lui ont donné aujourd?hui 48 petits-enfants.

De temps à autre, il délaisse ses casiers et va contempler l?horizon, pour se remémorer le bon vieux temps.

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