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Les conservateurs iraniens assurés de la victoire

21 février 2004, 20:00

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La campagne pour les législatives iraniennes a touché à sa fin mercredi 18 février après avoir conforté les pronostics d?une victoire conservatrice favorisée par une abstention qui pourrait atteindre un niveau inégalé.

Les conservateurs iraniens se sont arrangés pour remporter les législatives, dont le premier tour a eu lieu vendredi 20 février. En rejetant environ 2 300 candidatures issues du camp des réformateurs, le Conseil des gardiens de la Constitution, aux mains des religieux conservateurs, s?assure la victoire alors que la campagne s?est achèvée jeudi matin, soit 24 heures avant l?ouverture des bureaux de vote.

La primauté de la religion sur la politique maintenue

5 625 candidats briguent les suffrages de 46,351 millions d?électeurs des deux sexes âgés de plus de 15 ans, pour l?un des 290 sièges du Majlis (Parlement), aujourd?hui encore à majorité réformatrice. Dans l?opinion, la revanche des conservateurs ne fait guère de doute. Le Conseil des gardiens de la Constitution accuse les réformateurs de manquements à l?islam et à la Constitution. Parmi les candidats en lice, 888 se sont désistés, selon le ministère de l?Intérieur, chargé d?organiser le scrutin. Selon ce ministère, 12 députés sortants figurent parmi eux, dont des personnalités comme Fatemeh Rakei ou Ali Akbar Mohtachamipour.

Le principal parti réformateur, le Front de la participation, et la principale organisation étudiante, le Bureau de la consolidation de l?unité, à la pointe de la revendication démocratique, ont décidé de boycotter le scrutin.

Des personnalités réformatrices ont prédit que la participation serait inférieure à 50 % dans le pays (67,35 % en 2000) et à 20 % dans les grandes villes. Ces dernières s?étaient signalées aux municipales de 2003 par une abstention massive, qui avait atteint près de 90 % à Téhéran. Ajoutées au désenchantement général, ces disqualifications ne devraient pas contribuer à mobiliser l?électorat réformateur ou modéré. Les conservateurs savent pouvoir compter sur des électeurs fidèles. Les réformateurs se sont résignés à la défaite, malgré un ultime mais spectaculaire soubresaut. Les députés qui ont démissionné pour protester contre la disqualification des leurs ont, fait sans précédent, ouvertement demandé quel rôle exact le Guide suprême, l?intouchable ayatollah Ali Khamenei, avait joué dans cette crise politique, l?une des plus graves qu?ait connues la République islamique. Leur lettre, que seuls deux journaux réformateurs ont publiée, a fait passer le seul frisson dans une campagne inerte jusqu?à la dernière minute.

Le quotidien madrilène El Pais a imprimé des déclarations du chef du principal parti réformateur qui auraient pu animer un débat jusque-là atone. Selon ce journal, Mohammad Reza Khatami, frère du président, a répondu par l?affirmative à une envoyée spéciale qui lui demandait si le moment était venu de séculariser le système iranien. « Je n?ai jamais dit cela », a-t-il cependant fait dire par son entourage à Téhéran. De telles remises en cause de la primauté du religieux sur le politique peuvent coûter cher en Iran, et Mohammad Reza Khatami n?est pas coutumier de tels propos.

Devant l?apathie généralisée, les officiels de droite et les médias, également contrôlés par les conservateurs, ont multiplié les appels à voter. « Si l?opinion internationale voit que la participation est faible, elle va dire que l?attitude du système envers le peuple n?est pas appropriée, et elle y verra le moyen de menacer la Révolution islamique », a ainsi déclaré l?ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani, cité par l?agence officielle IRNA. Mais, a-t-il ajouté, « quand il s?agit de défendre le système, les gens oublient provisoirement leurs griefs » .

La seule liste réformatrice, la Coalition pour l?Iran, qui s?est constituée en quelques jours après que le Guide eut ordonné que la consultation ait lieu à la date prévue, n?a pas assez de noms pour postuler à tous les mandats. La date du deuxième tour doit être fixée un mois après l?annonce définitive des résultats du premier.

2003 Le Monde ? Avec AFP Distribué par The New York Times Syndicate

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