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Réforme électorale : « Il faut éviter les dérapages partisans »
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Réforme électorale : « Il faut éviter les dérapages partisans »
> On vous connaît en tant qu?économiste. Mais votre nouvelle passion, c?est la réforme électorale qui fait l?objet de votre thèse de doctorat?
Je suis économiste de formation et de profession. Mais j?ai développé un vif intérêt pour les systèmes électoraux dans des sociétés plurielles depuis cinq ans. Je fais actuellement des recherches et des Cross-country Comparisons pour comprendre comment réconcilier les intérêts des différentes composantes d?une société plurielle. C?est sur la base du document que j?avais présenté devant la commission Sachs qu?on m?a conseillé de faire une thèse de doctorat. J?ai d?abord hésité, faute de temps. Puis je me suis laissé tenter. J?ai commencé à rédiger cette thèse intitulée Electoral systems in plural and diverse societies : a case study of Mauritius.
> Pourquoi n?arrive-t-on pas à s?entendre sur la formule de la réforme ?
Les règles électorales ne sont pas neutres dans leur conversion de votes en sièges. Il y a autant de systèmes électoraux que there are shapes, sizes and flavours of ice-cream. Le choix n?est pas facile. Parfois les partis qui sont au pouvoir tentent de tirer un avantage du système ou de pénaliser leurs adversaires. Cela fausse le débat en privilégiant la politique partisane, au détriment de l?intérêt national. Souvent, les acteurs politiques ne maîtrisent pas les tenants et aboutissants de ce sujet très complexe. Enfin les réformes électorales ne se font pas dans un vide politique. Le contexte est très important. Certains cherchent un avantage politique à court terme et d?autres adoptent une stratégie pour maximiser le nombre de sièges au Parlement. Quelques-uns pensent qu?ils seront au gouvernement pour toujours. Souvent ils se trompent largement et se font avoir comme en France en 1986, au Mexique, en Turquie pour ne citer que quelques pays.
> Comment, alors, réussir une réforme électorale ?
Il y a une règle fondamentale pour réussir une réforme. Il faut impérativement éviter les dérapages partisans. Les Néo-Zélandais l?ont réussi et le Lesotho vient de changer son système en évoluant d?un First Past the Post (FPTP) vers un système mixte. Ces pays ont réussi parce qu?ils l?ont fait dans le dialogue, le consensus, la légitimité en évitant d?être prisonnier du tribal politics?
> Chez nous il y a unanimité pour réformer l?actuel système et éviter la sous-représentation au Parlement, surtout celles de femmes.
Tout le monde est d?accord sur l?injustice et l?iniquité du système actuel. Une formation rafle 100 % des sièges avec 55 % des voix et une autre ne remporte aucun siège avec 45 % des suffrages. C?est le fameux 60 ? 0. C?est d?abord une grave injustice envers ces milliers de personnes qui ne sont pas représentées au Parlement, ensuite une injustice envers les partis qui sont pénalisés. Cela peut provoquer des instabilités et des révoltes comme au Lesotho, au Mexique et en Nouvelle-Zélande avant les réformes. Les problèmes de sous-représentation deviennent plus dangereux dans un pays pluriel où des groupes spécifiques sont associés à certains partis. C?est toujours plus facile de reconnaître les injustices du système actuel que de tomber d?accord sur une nouvelle formule. Il y a consensus sur les désavantages du FPTP mais il y a divergence sur le système à adopter. La même chose s?applique pour la sous-représentation des femmes. D?accord sur le problème mais aucun consensus sur comment le résoudre.
> Entre la formule A du MMM et la B du MSM, le public est perdu. Comment résumer simplement les deux ?
L?un est un système de compensation et l?autre un système parallèle. Les deux sont d?accord sur l?injustice du système actuel. Ils proposent 30 nouveaux députés élus à la proportionnelle, ils prévoient un seuil de 10 % de vote au niveau national pour être éligible à ces 30 sièges. Ils maintiennent les 62 députés FPTP et les huit Best Losers.
> Quelles sont les différences entre les deux formules ?
Il y en a plusieurs, dont trois sont très importantes. La première concerne la façon d?allouer ces 30 sièges. Le modèle A propose une formule de compensation qui tient compte de la sous-représentation des partis dans les élections pour les 20 circonscriptions, tandis que l?autre suggère un système parallèle qui ignore les résultats des circonscriptions. C?est une différence énorme en termes d?écart entre voix et sièges. Ensuite le modèle A propose que les députés élus à la proportionnelle le soient à partir d?une Party List établie d?avance et par ordre hiérarchique, tandis que le modèle B recommande une formule de 30 Best Losers parmi les candidats battus. La troisième différence concerne la double candidature. L?un propose que seul le leader soit sur les deux listes tandis que le second offre cette chance à tous les candidats des circonscriptions.
> Une dose de proportionnelle viendrait surtout mettre à nu la force ou la faiblesse de chaque parti, d?où la crainte du MSM principalement.
J?ai décidé de ne pas adopter une position partisane sur ce sujet. Je partage avec humilité les fruits de mes recherches. Cependant, je suis surpris par un certain nombre de contradictions des acteurs politiques qui vont à l?encontre de la théorie de l?étude électorale et des preuves empiriques. Je vous cite deux exemples. En règle générale, le troisième parti dans un pays se bat avec détermination pour un système de compensation et contre une formule parallèle. Aussi il préfère une Party List à un Best Loser System qui d?ailleurs existe nulle part. C?est ainsi dans tous les pays !
> Posons la question autrement. Et si le système avait été réformé avant les législatives de 1995, quelle aurait été la représentation du PTr-MMM face au MSM-RMM ?
Vous me forcez à illustrer le point que je viens de mentionner. Selon le modèle de compensation ? la formule A ? le MSM-RMM aurait obtenu 21 sur 30 sièges à la proportionnelle contre neuf pour le PTr-MMM. Ceci parce que le MSM-RMM a été très pénalisé dans les élections FPTP avec aucun député pour 20 % des votes au niveau national. Par contre, avec le modèle parallèle ? la formule B ? le MSM-RMM aurait eu sept députés contre 23 au PTr-MMM, car cette formule ne tient pas compte de l?injustice subie par le MSM-RMM dans les joutes des circonscriptions. Le MSM-RMM aurait été doublement pénalisé par la formule B. Il subirait un préjudice au niveau des circonscriptions car il n?a aucun député pour 20 % des voix tandis que d?autres partis ont eu six députés avec 2 % des voix ! Le PTr-MMM remporte 100 % des sièges avec 65 % des voix. Et le même PTr-MMM aurait raflé 23 des 30 députés PR, laissant seulement sept au MSM-RMM.
> Sir Seewoosagur Ramgoolam en 1982, Paul Bérenger en 1987 et Sir Anerood Jugnauth en 1995, tous bottés hors du Parlement. Quel gâchis?
J?espère que l?intérêt du pays va prévaloir sur ce que les spécialistes appellent tribal politics. On est tous d?accord sur la nécessité de réformer le système. Il ne faut pas jeter le bébé avec l?eau du bain. On est d?accord sur l?essentiel. Il faut discuter afin de dissiper des malentendus, dialoguer sans arrière-pensée partisane et trouver un consensus avec l?aide d?experts étrangers.
> Le jeu des alliances changera-t-il avec une réforme électorale ?
Pas nécessairement. Certains vont prendre des risques, d?autres seront plus prudents.
Il y a des risques pour un parti d?aller seul s?il n?est pas sûr de gagner 42 à 45 % des votes. Grand sera celui qui pourra lire et interpréter ce « thickening veil of ex ante uncertainty about ex post electoral outcomes ».
> Reprenez votre manteau de politicien. Quelle serait la position du PTr ?
Honnêtement, je ne sais pas. La tentation d?un short term gain for a long term pain est toujours possible en politique, surtout après notre victoire à la partielle du n° 7. Les données risquent de changer. J?ai parlé très longuement au leader Navin Ramgoolam sur ce sujet. J?espère que tous les leaders politiques adopteront une stratégie dans l?intérêt national. Comme cela s?est passé dans certains pays lorsqu?il y a une impasse.
Propos recueillis par Nad SIVARAMEN
« Je suis surpris par les contradictions des acteurs politiques qui vont à l?encontre de la théorie de l?étude électorale et des preuves empiriques. »
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