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La magie... du mercure

1 février 2004, 20:00

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UN ÉLÉMENT étiqueté mercure, nom du messager des dieux, commande l?attention. On la lui accorde. D?autant plus que le mercure se dit aussi vif-argent. L?équivalent latin de ce pseudonyme a été abrégé par nos chimistes en un symbole : Hg. Dans la magie noire (c?est la traduction d?alchimie) le mercure était à la base de tous les métaux. La chimie, conservant un reliquat de la magie ancestrale, augmenta le prestige du mercure. Car c?est grâce à lui que Lavoisier put expliquer correctement ce que sont feu et flamme. Non ceux du désir ardent inspiré par Vénus mais ceux du corps brûlant du désir de s?unir à l?oxygène pour donner des oxydes.

La vivacité du mercure naît de son état liquide. Il se répand sur une surface en globules brillants et tentants. Ils se réunissent, se fragmentent et jouent à cache-cache avec les doigts qui essaient de les chaperonner vers un récipient. Si la surface est métallique, du cuivre par exemple, elle peut s?unir, s?amalgamer au vif-argent. Ainsi il y a des années des farceurs frottaient de quelques gouttes de mercure une pièce de 5 sous bien nettoyée. Blanchie alors presque en argent, elle rappelait une valeur supérieure. Mais ne dupait guère. Un amalgame au mercure se faufile aussi dans des cavités dentaires quand elles sont plombées mais ce procédé n?a plus la côte. Le fer toutefois est réfractaire à l?union mercurielle. On conservait donc parfois le métal liquide dans des pots de fer avant l?arrivée du plastique.

La chaleur fait se dilater le mercure. C?est pourquoi on l?emploie dans certains thermostats pour rétablir ou couper le contact selon le degré de chaleur. La même dilatation fait fonctionner des thermomètres. La colonne liquide de l?instrument du labo monte et descend avec la température. Mais dans celui de l?infirmière un étranglement approprié l?empêche de redescendre et la lecture peut donc se faire à loisir.

Le vif-argent est aussi lourd. Il a une densité élevée dit le chimiste, 13 fois celle de l?eau. On l?utilise donc dans des baromètres. Et il est encore présent dans des instruments mesurant la pression artérielle.

Mais maintenant, après des années de bons services, on éloigne ce métal de nos activités. Car il est dangereux pour le corps et des écolos, comme des gens plus savants, le disent polluant. Ainsi dans certains pays très à la page, on fait la chasse à des piles au mercure qui animent divers appareils. Et chez ces mêmes étrangers le métal liquide est maintenant interdit dans des thermomètres.

Au début du XXe siècle on essaya toutefois de l?embaucher pour juguler les microbes semant des embûches sur le chemin de mâles sacrifiant trop à Vénus. Le remède se révéla pire que le mal. Pendant la dernière guerre toutefois on distribuait aux soldats très portés sur la bagatelle des tubes d?un onguent préventif réputé d?être aussi au mercure. Nous n?avons pas pu retracer ce produit. On connaît toujours le mercurochrome, lui aussi un peu honni, mais il est des dévots qui le disent miracle in a bottle.

Quand il est vapeur plutôt que liquide, le mercure peut jouer un rôle brillant. Il est contenu en faible quantité dans le tube fluorescent. Sous l?impulsion du courant ses ions émettent des rayons ultraviolets invisibles. Mais les photons fantômes frappent les parois du tube revêtues d?un enduit. Du choc de ces éléments surgit alors une lumière plus brillante que celle qui jaillit du choc des idées. Cette lumière froide peut être cruelle, et son mariage avec le visage d?une vieille coquette peinturlurée en souligne la vétusté.

D?autres liaisons du mercure prennent parfois un tour littéraire. En évoquant le rouge et le noir par exemple. Le rouge naît d?une union avec le soufre. On l?appelle cinabre ce qui fait très élégant mais veut simplement dire rouge. Il aidait antan à colorer des pains de cire à cacheter. Leurs grands sceaux authentifiaient des actes lourds de secrets ; accordaient ou refusaient au citoyen sa liberté ; élevaient à un rang supérieur quelque plébéien ayant retenu l?attention du monarque. Le noir est lui aussi dit beau mais traduit en mot plus hermétique, calomel, qui veut dire beau noir. Ce produit est pourtant blanc et sert au laboratoire pour certaines mesures électriques. Il figurait aussi en médecine comme purgatif. Non sans danger puisqu?il pouvait être contaminé par un proche, poison très violent, dit corrosif sublimé avec lequel les laborantins ne prennent pas de libertés.

On flirte encore moins avec un explosif à base de mercure, le fulminate. La foudre que dit son nom se faisait sentir aux premiers temps des cartouches pour armes à feu qui en étaient remplies. Le fulminate céda éventuellement sa place à une foudre plus docile pour chasser le projectile, mais se réfugia dans le détonateur lié à la cartouche. Il est toujours d?actualité comme le savent sportifs et soldats.

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