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Ashok Kalloa dévoile ses bronzes
QUE vous soyez amateurs ou professionnels de l?art sculptural, si vous pénétrez la salle d?exposition qu?ornent les figures, les unes plus impressionnantes que les autres, du sculpteur Ashok Kalloa, vous ne pourrez vous empêcher d?éprouver une étrange sensation de perplexité et d?admiration. En effet, il y a dans ces étranges et inquiétants objets d?art et ces diverses installations, qui oscillent entre figures abstraites et formes concrètes, un sens impénétrable mais captivant. Et là où la compréhension échappe, c?est le mystère qui participe à l?attrait de ces modèles exquis.
En parcourant ces objets d?art, on l?aura compris : la puissance d?observation, la vision pénétrante, l?espoir et le désespoir qui habitent l?artiste, entrent en contact avec la nature et les réalités humaines, pour donner à la matière un relief qui la fait vivre et la rend éloquente ? pas étonnant que les Egyptiens d?autrefois donnaient aux sculpteurs le nom de Sankh, signifiant littéralement ?celui qui fait vivre?. Mais, si la sculpture de Kalloa rend translucide de sens l?opacité du bronze et du fer forgé, c?est pour mieux graviter autour de nos réalités quotidiennes, là où la manipulation, le viol, la frustration, la trahison, le silence et l?exclusion sont au rendez-vous. Chaque ?uvre se fait consonance d?une époque troublée où le vécu se fond dans l?expression artistique, où l?histoire prise dans le vif devient geste de l?Art.
Mais, fort heureusement, les créations de l?artiste, même si elles ne donnent pas la représentation de la diversité humaine, ne sont pas qu?une descente aux enfers du malheur humain qui s?appliqueraient qu?à dévoiler le côté sombre de notre existence. Devant le chant de toutes ses figures, on y retrouve aussi une remarquable fraîcheur qui se dégage d?une vie simple comme on peut la ressentir devant l?installation de la Bienvenue ou devant la sculpture Mère protectrice. De même, on ne peut s?empêcher de vivre cette sensation de légèreté euphorique coulée ici dans le bronze d?un Ballet-romance sur verre. Enfin, derrière chaque objet, on devine les gestes du sculpteur qui sont empreints de magie. L?exécution de chacune de ses ?uvres renferme et dévoile à la fois une signification profonde qui dépasse le simple renvoie à une réalité donnée. Ainsi fixe-t-il dans le bronze (Trahison), non pas tout simplement le symbole, mais la signification pleine et profonde de la trahison et du châtiment qui s?ensuit.
Recherche d?osmose
De toute évidence, l?artiste défie le temps. Il prolonge le discours sculptural au-delà de la matière retravaillée. Ses objets d?art deviennent sacrés. Ils ne se contentent pas de donner un sens à nos réalités quotidiennes en se faisant le symbole même de notre existence sous toutes ses formes. Exécutés avec dextérité et finesse, ils savent aussi révéler une certaine harmonie de la nature en alliant le bronze, le fer, l?acier, le bois, la pierre et le verre, pour sculpter les empreintes mêmes de l?homme sur terre. Ses installations mêmes sont à la recherche d?une affiliation osmotique entre divers éléments de la nature. Mouson est ainsi le chef-d??uvre, allant dans une incroyable connivence bronze, verre et bois, qui saura transmettre au spectateur ce profond sentiment qui a su animer un créateur à la recherche d?un art universel.
Nul doute, sculpter pour Kalloa n?est pas qu?un jeu de matière et d?espace. C?est la recherche d?un renouvellement de l?art. C?est l?expression d?une volonté de sonder l?insondable, de rendre visible, grâce à la matière retravaillée, l?invisible. C?est en ce sens que l?on doit voir dans Viol, qui marie des miroirs avec des matières comme le bronze, des tissus et des cordes, créant une installation délicate, la matérialisation d?une réalité psychologique de la femme violée. L?artiste ne se contente pas de s?abriter derrière des sujets connus et qui ont déjà du succès ailleurs. Il s?engage plutôt à exploiter l?inconnu, comme ces Rêves de vacher, ou encore cette Liberté d?expression qui est aussi l?expression concrète d?un libre alliage de cuir, fer et acier, où l?évasion du rêve s?efforce de dégager du fer brut les gestes de la délivrance, auréolés d?une mystérieuse sympathie.
Enfin, et à bien y voir, la sculpture de Bagooaduth (Ashok) Kalloa est un vécu, tantôt fondu en bronze tantôt forgé en fer, pour en faire une pensée révolutionnaire et une poésie de communion avec la matière, qui, du haut de leur gloire et du profond de leurs entrailles décrivent le son d?une voix qui cherche à donner à l?homme et la nature une renaissance?
PORTRAIT
Ashok Kalloa enchaîne les récompenses
Né en 1963, à Piton, Bagooaduth (Ashok) Kalloa est infirmier. Après ses études secondaires à Sir Rampersad Neerunjun State Secondary School, à Ebène, Rose-Hill, il poursuit des études de ?nursing? (Bsc Hons) à l?université de Maurice. Attiré par le dessin dès son plus jeune âge, il développe une passion pour l?art, allant de la peinture à la sculpture en passant par la photographie et l?artisanat.
Se faisant à la fois son propre maître et élève, c?est en peinture qu?il décroche son premier certificat de mérite à l?âge de seize ans au Mahatma Gandhi Institue, à Moka. Depuis, il enchaîne les récompenses, certificats, prix, médailles d?argent et mentions spéciales. Huit prix en peinture, dont trois fois un premier prix; trente-deux prix en photographie, dont dix fois un premier prix; cinq prix en artisanat, dont quatre fois un premier prix; et trois prix en sculpture (trois fois premier prix). Ses réussites lui ont permis de décrocher une bourse pour une formation au moulage en bronze à la Faculty of Fine Arts de l?université de Baroda, en Inde, en 1997. Aujourd?hui, la municipalité de Port-Louis est fière de posséder, dans son bassin, un des chefs-d??uvre de Kalloa, une sculpture aquatique que le public peut toujours admirer.
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