Publicité
Des héros de bande dessinée qui survivent à leurs pères
Par
Partager cet article
Des héros de bande dessinée qui survivent à leurs pères
De leur vivant, certains auteurs de bande déssinée décident de ne pas avoir de postérité, naturelle ou intellectuelle, et de laisser leurs héros de papier à la garde affective de leurs lecteurs, ou de leurs descendants. C?est le cas d?Albert Uderzo, cocréateur d?Astérix avec René Goscinny. Depuis la mort de ce dernier, il a repris les aventures du petit Gaulois, en précisant que celui-ci mourrait avec lui.
Sans ?testament? de ce type, il revient aux ayants droit de décider de la poursuite d?une ?uvre, ou de traduire les v?ux de l?auteur disparu. C?est le cas d?Hergé, dont la veuve, Fanny Rodwell, déclarait, lors de la publication de L?Alph-Art, qu?il ?ne pouvait y avoir de Tintin sans Hergé. Lui même l?avait dit de son vivant. Jamais je n?ai envisagé d?ignorer cette volonté?.
Il existe d?autres figures de style. Des enfants de l?auteur peuvent ainsi reprendre le flambeau : c?est le cas de Peyo (Johan et Pirlouit, Les Schtroumpfs, etc.), dont les séries survivent grâce à son fils, Thierry Culliford. D?autres auteurs choisissent leurs héritiers, avec la bénédiction de leur éditeur. Ce fut le cas de Franquin (Spirou, Gaston Lagaffe), c?est aujourd?hui celui de Jean Roba, le ?père? de Boule et Bill.
Franquin avait lui-même ?hérité? Spirou de Rob-Vel et Jijé, premiers ?géniteurs? du jeune groom du Moustic-Hôtel. Jean-Claude Fournier lui succéda, en 1968. Etudiant en arts plastiques à Paris, l?auteur breton (de Bizu et des Crannibales dans l?hebdomadaire Spirou) ?apprenait le métier en montant tous les deux mois à Bruxelles, chez Franquin?. Par ?pure gentillesse, Franquin m?a laissé le Marsupilami pour ma première histoire de Spirou et Fantasio, Le Faiseur d?or, se souvient Jean-Claude Fournier. Il n?était absolument pas prof, mais ?grand frère?. Il reprenait un crobard ou deux, et c?était génial : Franquin aurait donné vie à une petite cuillère !?, Jean-Claude Fournier perpétuera Spirou à travers neuf albums qui atteindront des scores de vente équivalant à ceux de Franquin.
En 1979, les éditions Dupuis décident de confier le héros à un tandem, Philippe Tome et Janry. ?C?est Charles Dupuis qui nous a choisis. Nous étions assistants de dessinateurs de Spirou?, se remémore Janry, élogieux vis-à-vis de Franquin et Jean-Claude Fournier, pourtant ?écarté? contre son gré, qui les ont aidés à ?installer? leur propre Spirou.
Clonage
Après quelques albums, en dépit de ventes plutôt bonnes, le duo se sent ?toutefois à l?étroit? et imagine alors la jeunesse du héros : ce sera Le Petit Spirou, dont le 11e volume,Tu ne seras jamais grand !, s?est vendu à 215 000 exemplaires, une des meilleures ventes de 2003.
D?autres héros de BD, comme Blueberry, de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud (Moebius), ont également vu naître leurs clones avec ?La Jeunesse de Blueberry? et ?Marshall Blueberry?. Divers auteurs exercent leur talent pour ce western décalé, dont l?illustre William Vance.
Pour Jean Roba, le père de Boule et Bill, 73 ans, il n?est pas question de créer des héritiers par clonage du garçonnet et de son cocker, nés en 1959. Jean Roba a choisi ?son? héritier, le Grenoblois Laurent Verron, qui signe la série Odilon Verjus, et le 29e album de Boule et Bill (Quel cirque ! ) ?Ils sont en de bonnes mains?, a indiqué le créateur de la série, tandis que son ex-assistant aux éditions Dupuis se félicite ?des conseils et des retouches donnés par Jean, qui l?aident à progresser?. Jacques Martin, l?auteur d?Alix et de Lefranc mais aussi de séries documentaires et savantes consacrées à l?antiquité (Pompéi, Athènes, etc.), a aussi préparé sa succession en s?attirant la collaboration de Rafaël Moralès, Christophe Simon...
Le cas de Blake et Mortimer, créés par Edgar P. Jacobs, est un peu à part. Hors les ayants droit et la Fondation Jacobs, l?héritage a partiellement échu à Dargaud-Editeur, qui a racheté le studio Jacobs. Dargaud a d?abord fait appel à Jean Van Hamme ? scénariste prolifique, notamment de Largo Winch ? et Ted Benoît, un maître de la ?ligne claire?, pour les deux premiers albums post-jacobsiens (L?Affaire Francis Blake et L?Etrange rendez-vous). Mais les lenteurs perfectionnistes de Ted Benoît ont contraint Dargaud à recourir à une ?seconde équipe?, Yves Sente et André Juillard. Le premier, directeur éditorial du Lombard, avait adressé un scénario par la poste... Et les deux auteurs se sont rencontrés lors d?une conférence de presse ! Leur union a donné La Machination Voronov et Les Sarcophages du 6e Continent, qui vient de paraître.
Puissamment aidées par le marketing, les ventes se sont établies à 600 000 exemplaires environ, pour les trois premiers ouvrages la mise en place du quatrième volume est de 550 000 albums. Yves Sente, depuis le scénario de Blake et Mortimer, a reçu de nombreuses propositions et poursuit désormais, à côté de sa tâche d?éditeur, une activité de scénariste. S?il se félicite du succès et des ventes des ?uvres conçues par les successeurs d?Edgar P. Jacobs, il souligne cependant avec sobriété : ?C?est la preuve que c?est la série, et non les auteurs, qui fait vendre.? Ou que les héritiers ont autant de talents que leurs ?pères?.
Le festival sort de sa bulle
Le rendez-vous annuel des amateurs de BD a pris fin hier à Angoulême. Cette trente et unième édition s?inscrivait dans la continuité des voies inaugurées en 2003, privilégiant une volonté d?ouverture et de permanence de la discipline sur la scène culturelle. ?Viendez à Angoulême ! Viendez au Groland !? L?invite, syntaxiquement grolandaise, était alléchante. La présence de la drolatique Présipauté de Groland (Canal+) au 31e Festival international de la bande dessinée d?Angoulême (FIBD), était l?un de ses événements vedettes. Le Groland étant cette année le pays ?invité officiel? du Festival, son président, Christophe Salengro, devait l?inaugurer avec le maire de la capitale charentaise, Philippe Motet, jeudi 22 janvier à midi (?)
Les facéties grolandaises devaient fermer un chapitre de la BD et en ouvrir un autre. Marqué par une volonté d?ouverture ainsi que par le souhait d?une plus grande permanence de la BD sur la scène culturelle et médiatique française en dehors des quatre jours d?Angoulême, le festival devrait, selon l?expression de son directeur, Jean-Marc Thévenet, se transformer en ?entrepreneur culturel?. Avec Benoît Peeters, co-créateur des Cités obscures, le président d?Angoulême 2003, l?auteur belge François Schuiten, avait déjà tracé de nouvelles voies en privilégiant le multimédia et en lançant la première édition des Rencontres internationales.
Sa maturité de trentenaire acquise, le festival, présidé par Régis Loisel (?La Quête de l?oiseau du temps? et ?Peter Pan?), tiendra-t-il le cap fixé ? Régis Loisel et Jean-Marc Thévenet ont souhaité sortir des ?remparts d?Angoulême? et se fixer ?un calendrier d?intervention beaucoup plus large?. Le ?la? a été donné avec l?exposition ?Blake et Mortimer à Paris !?, au Musée de l?homme, jusqu?au 30 avril. La BD devrait aussi être présente au Salon du livre de Paris, du 19 au 24 mars, et au Mondial de l?automobile, du 25 septembre au 10 octobre. D?autres manifestations, sous l?égide du FIBD, devraient compléter cette offre. Les expositions ont été conçues à l?aune de cette volonté d?ouverture et de durée. Celle consacrée à Régis Loisel, scénarisée par son fils Blaise, explore les nombreuses facettes de l??uvre du créateur de ?La Quête?. Une autre manifestation, ?Narcolepsy?, accueille l?univers-laboratoire du britannique David McKean, l?auteur de Cages. Les jeunes ne sont pas oubliés avec l?exposition consacrée à la ?Bande à Tchô?. Ni le cinéma et ses liens avec la BD, en attendant ?Blueberry? de Jan Kounen, ?Immortel (ad vitam)? d?Enki Bilal ou ?L?enquête corse?, de René Pétillon.
Publicité
Publicité
Les plus récents