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Les différents profils
<B>- LES CONSCIENCIEUX</B>
C?est celui qui fait de la ponctualité un devoir, au risque d?arriver plus tôt au bureau, qui respecte sa demi-heure de pause déjeuner et qui peut déborder au-delà de 16 heures lorsqu?il y a un client devant lui ou un dossier pas terminé. Celui-là fait de son mieux pour être productif. Il est prêt à se décarcasser quand vous avez besoin d?un renseignement ou d?un service. Il vous reçoit gentiment et ne vous donne pas l?impression que vous le dérangez. Il connaît son travail, il est au courant de tous les rouages et ne vous fait pas perdre votre temps. Il respecte les horaires de ses rendez-vous, prévient quand il y a un problème. Il est organisé.
Il s?excuse quand il se trompe, assume ses responsabilités dans toutes les circonstances. Ce qui l?attire dans la fonction publique, c?est la volonté de servir son pays.
<B>- LES FOURMIS</B>
Des fonctionnaires fatigués avec des yeux qui piquent, au dos qui craque, il y en a. Ils subissent des pressions, emmènent des dossiers chez eux, mènent une vie de dingue et veulent en principe aller toujours plus haut. Et puis il y a ceux qui sont pressés de terminer leur travail (de 8 h 45 à 16 heures en principe) parce que d?autres responsabilités les attendent. Mine de rien, ils sont polyvalents, les fonctionnaires. Ils louent des voitures, commercialisent des sachets de pattes de pigeon, sont agents d?assurance, vendent des articles que leurs conjoints ont achetés à Singapour, sont taxis marrons, donnent des leçons particulières ou des cours de conduite, etc. Même si la loi leur interdit d?avoir un deuxième boulot, beaucoup d?entre eux ont recours à cette pratique pour arrondir leurs fins de mois. « Si les fonctionnaires étaient mieux payés, ils n?en seraient pas là. Je ne vois aucun mal à ce qu?un laboureur de l?état tonde le gazon dans son entourage l?après-midi pour joindre les deux bouts », affirme Radakrishna Sadien.
<B>- LES MUETS</B>
Ceux-là ont peur de leur ombre et ne veulent pas se mouiller.
Vous leur demandez des renseignements d?ordre général, ils ne peuvent pas vous répondre, il faut passer par leur supérieur ou envoyer une lettre officielle. Vous les appelez, isl ne sont jamais là et ne reçoivent jamais vos nombreux messages. C'est vrai qu?un fonctionnaire n?a pas le droit de divulguer des informations à la presse comme au public, que tout est secret d?état, mais il devrait y avoir une limite. Qu?est-ce qui empêche un fonctionnaire d?expliquer à un contribuable pourquoi sa démarche n?aboutit toujours pas au bout de plusieurs mois, de vous dire dans quel bureau se trouve votre dossier ? Qu?est-ce qui empêche un médecin de l'hôpital de dire de quoi souffre un patient ? Prenez le cas de cette femme qui souffre d?une grosseur derrière l?oreille et qui va à l?hôpital pour se faire soigner.
Le médecin l?examine, lui fait une prescription. Elle a beau lui demander ce que c?est que cette grosseur, il lui répond : « Li pou passé, monne donne ou médecine ». Si vous demandez à l?infirmière qui vous fait une injection, ce que c?est exactement, elle vous répond que c?est elle qui vous soigne, donc bouche cousue.
<B>- LES ZOMBIES</B>
Ceux-là ont été formés pour travailler mécaniquement. Lorsque vous appelez pour un renseignement, vous êtes d?abord refroidi par leur voix ensommeillée. Puis à peine avez-vous prononcé le nom de la personne que vous cherchez que vous êtes interrompue et dirigée vers une autre section, souvent la mauvaise. Vous pouvez errer des heures dans un bureau à la recherche de quelqu?un, ils ne vous remarquent pas, ne vous aident pas. Leur prétexte : pas de temps pour les manières. Pourquoi se donner du mal, puisque de toutes les manières, qu?ils travaillent bien ou mal, ils toucheront le même salaire à la fin du mois et auront la même carrière.
<B>- LES RUSÉS</B>
Certains fonctionnaires s?arrangent toujours pour avoir les missions à l?étranger, se faire prendre en photo avec les ministres. Ils usent d?ingéniosité pour se faire remarquer et bénéficier ainsi d?avantages. Ce sont des acteurs nés, des caméléons qui caressent, flattent, embrassent leurs supérieurs, mais qui les méprisent derrière leur dos. Ils conservent ainsi l?image du travailleur modèle.
<B>- LES GLANDEURS</B>
Les glandeurs font systématiquement leur marché pendant les heures de travail et passent leur temps à raconter leur week-end. On les entend dire au téléphone : « Vini, vini enne zour, ou conné cotte mo resté, amène bonne femme ek zenfants ». Ils rentrent plus tard après le déjeuner sous prétexte que l?ascenseur est pris d?assaut, mais s?arrangent toujours pour être déjà au rez-de-chaussée quand sonne l?heure de la sortie.
<B>- LES RIPOUX</B>
En principe, c?est un secret mais on peut vous le dire à voix basse si vous promettez de ne pas le répéter. Dans certains services, on glisserait systématiquement des enveloppes pour obtenir des certificats ou des documents d?état civil. « Quand ou éna ene vié l?auto, difficile pou faire tout réparation pou gagne fitness, ou donne zot ene ti kasse ek ou dans correct », avoue un propriétaire de voiture. On dit aussi que certaines personnes savent d?avance quel chiffre proposer pour remporter un appel d?offre. Radakrishna Sadien ne dément pas le fait qu?il y a des corrompus dans la fonction publique. « Il y a un gros travail à faire contre la corruption. Il faut dénoncer les abus. Mais se dire aussi qu?il y a le corrupteur et le corrompu et que les deux doivent assumer leurs responsabilités. » Il regrette que le gouvernement préconise la déclaration des avoirs de tous les fonctionnaires. « On devrait surtout voir du côté de ceux qui sont dans des secteurs à risque. »
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