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L?audace réussie de ?Notre librairie?

18 janvier 2004, 20:00

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SEXUALITÉ ET ECRITURE. Tel est le titre du n°151 de juillet-septembre 2003, de Notre Librairie, Revue des littératures du Sud, (Afrique, Caraïbes, Océan Indien), dirigée par le professeur Jean-Louis Joubert, spécialiste des littératures de l?Océan Indien. Ont collaboré à ce numéro de 144 pages, Kangri Alem, Natacha Appanah-Mouriquand, Tanella Boni, Odile Cazenave, Jacques Chevrier, Samba Diop, Frédéric Giguet, Abdelmajid Kaouak, Nathalie Laval-Bourgade, Sami Tchak, Marie-Amélie Zarban, entre autres.

La revue réussit là la plus audacieuse des gageures des 150 thèmes dont elle aura traités depuis son existence, selon les mots mêmes de son directeur éditorial, le Professeur Jean-Louis Joubert : ?Il y a quelques années, le choix du thème du présent numéro de Notre Libraire, (?) aurait pu sembler le comble de l?audace. Tant était puissant le stéréotype selon lequel les écrivains du Sud ne sauraient se départir d?une pudeur immémoriale, à l?opposé des dévergondages érotiques de la modernité occidentale, et en réaction contre le cliché colonial qui dotait les Africains d?une virilité pharamineuse.?

Parler ici d?audace et de gageure, pourtant, pourrait surprendre quand on sait que des auteurs du Sud déploient depuis bien plus qu?une décennie, sans inhibitions, des faits romancés, comme des fantasmes, les leurs, comme ceux de leurs personnages, le plus souvent sans le masque de la métaphore. Erotiques, frisant parfois ?l?obscène et le vulgaire?, selon les mots d?Odile Cazenave traitant des romans de Calixte Beyala; avides d?une délectation parfumée de la sexualité interdite, pour parler d?inceste chez Amin Zaoui? ou encore une situation ?perverse?, que le délire normalise.

Mais aujourd?hui encore, se trouvent couplées, l?audace de certaines images aux paroles en sédition, sinon en éruption, paroles dégainées de maints auteurs, au service d?une esthétique de l?orgasme de la parole verte, pourrait-on dire, une charge explosive, qui pourrait désorienter le non-initié.

Situations violentes

Mais l?équilibre est rétabli par ces écrivains. Dans leurs écrits, l?érotique se fait ?évocation poétique des corps?, le viol et la violence se déclinent dans l?incertitude et la suggestion, jusqu?à l?esthétique de l?orgasme de la parole poétique, cette fois, comme chez Ananda Devi. Toutes ces situations sont deux visages d?une même pièce. L?un aussi authentique que l?autre. Le lecteur a le choix, selon ses dispositions?

La thèse proposée s?avère essentielle. Et magnifiquement servie par les collaborateurs accrédités : ces livres existent et il faut en parler. Si quelque pudibonderie subsistait du côté du lecteur, il faut savoir que si violence il y a, orgies ou pas, elles sont en réaction à des situations initiales aussi violentes, meurtrières mêmes, qui auront provoqué des traumatismes tenaces. Ils ont pour nom esclavage, tabous du fanatisme religieux de tout bord? Ces réactions, aussi outrées qu?elles pourraient l?être, ces souffles au diapason, apportent à la littérature une écriture inventive aux trouvailles d?originalité, un renouveau toujours souhaitable.

Outre les analyses pointues des chercheurs, Notre librairie s?agrémente d?extraits d??uvres récentes ? parues à la sortie de la revue en inédits. Des Notes de lecture d?autres textes, récents et moins récents, sont rédigées par des universitaires ? ou autres collaborateurs de la revue, non moins expérimentés et perspicaces ? tels Tirthankar Chanda, Jacques Chevrier, Jean-Louis Joubert, lui-même, pour n?en citer que quelques-uns.

La rubrique bibliographique Vient de paraître, rassemble les titres des ouvrages reçus en service de presse, dont certains bénéficient d?un résumé de leur contenu. Ils recouvrent un vaste éventail de genres : roman, biographie, poésie, théâtre, conte, nouvelle, jeunesse. La rubrique Brèves parle d?elle-même. Une interview d?un des auteurs traités s?ajoute au contenu. Un index de titres disponibles de Notre Librairie, ainsi qu?une iconographie riche et variée, ajoutent à l?intérêt de l?ensemble.

L?iconographie est majoritairement en quadrichromie, tout en comptant du Noir et Blanc de qualité. Voilà qui prend définitivement ses distances de la sobriété un peu morne d?antan. L?ensemble fait appel à la peinture, à la sculpture, au théâtre, à la danse, et à la photographie. Intercalées et reliées aux textes, ces images font de la revue un objet complet, attestant d?une contemporanéité certaine. Elle porte en couverture une sculpture africaine, figurant un couple face-à-face, Les Naufragés du Temps,(années 50), statue Kongo, probablement funéraire, de la région du Mayombe, de la République démocratique du Congo.

  • Disponible à la bibliothèque du Centre Charles Baudelaire

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