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Le néo-libéralisme de Bush en accusation

14 janvier 2004, 20:00

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LE SOMMET des Amériques s?est terminé mardi 13 janvier par un accord pour lancer aux dates prévues, c?est-à-dire en janvier 2005 la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), qui englobera 800 millions d?habitants. Plusieurs dirigeants d?Amérique latine ont fait savoir mardi à George Bush que les politiques économiques ?perverses? imposées par Washington avaient nui à leurs pays, accablés par l?endettement et la pauvreté.

George W. Bush souhaitait profiter du Sommet des Amériques organisé à Monterrey, troisième ville du Mexique, pour regagner la confiance des chefs d?Etat de la région qu?il a négligés pendant deux ans, Washington ayant concentré ses efforts sur la campagne internationale de lutte contre le terrorisme.

Au lieu de cela, il a essuyé une salve de critiques visant tout particulièrement le libéralisme à tout crin, qui selon les dirigeants sud-américains n?a pas allégé le fardeau de la pauvreté et a même plongé certains pays, comme l?Argentine, dans une crise profonde.

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, un ancien dirigeant syndical, a estimé que le capitalisme sauvage préconisé par les Etats-Unis au cours des dix dernières années en Amérique latine n?avait pas été porteur de croissance, et qu?il a maintenu au contraire des millions de personnes dans la misère. ?Après les années 1980 ? les années ?perdues? ? les années 1990 ont été celles du désespoir?, a-t-il déclaré, appelant de ses v?ux la mise en ?uvre de nouvelles politiques de lutte contre la pauvreté. ?Il s?agissait d?un modèle pervers qui, malheureusement, distinguait l?économique du social, favorisait la stabilité au détriment de la croissance et dissociait la responsabilité et la justice?, a poursuivi Lula. ?La stabilité économique a tourné le dos à la justice sociale.?

Plusieurs autres dirigeants sud-américains ont eux aussi estimé que la région devait se tourner vers une autre politique, et rendre le capitalisme plus humain. Le nouveau président argentin, Nestor Kirchner, dont le pays a fait défaut sur sa dette il y a deux ans, a estimé que les erreurs du passé étaient en train d?être répétées.

Il a en outre affirmé que ses efforts en vue de la relance de l?économie de son pays ne recevaient pas suffisamment de soutien de la communauté internationale. ?Nous subissons les pressions, mais également l?incompréhension et les délais des organisations internationales qui ne semblent pas comprendre la nature de nos besoins?, a-t-il dit. ?Il est inacceptable qu?elles insistent sur une recette (économique) qui a échoué.?

George W. Bush a tenté de convaincre les chefs d?Etat et de gouvernement présents au sommet d?adopter des réformes libérales et de faire avancer le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), qui est loin de faire l?unanimité. ?Sur le long terme, le commerce est la voie la plus sure vers une prospérité durable?, a-t-il déclaré, appelant les autres dirigeants présents à ?montrer au monde que les sociétés et les marchés libres peuvent réellement profiter à nos citoyens?.

Plusieurs poids lourds de l?Amérique latine ont glissé à gauche ces dernières années, et la politique libérale préconisée par Washington n?y trouve plus un terrain aussi favorable. Le Brésil et l?Argentine, qui ne sont pas hostiles au libre-échange, sont toutefois très critiques de la politique commerciale américaine, estimant que les subventions accordées par les Etats-Unis à leur agriculteurs empêchent des producteurs plus compétitifs d?accéder au marché américain. Néanmoins, dans la déclaration finale du sommet, les pays participant à cette réunion se sont engagés à faire avancer le projet de ZLEA.

La pauvreté et le néo-libéralisme

?Les véritables facteurs de déstabilisation dans la région sont la pauvreté et le néo-libéralisme?, a déclaré le président vénézuélien, Hugo Chavez, dans un discours prononcé lors du sommet. ?Reconnaissons que nous nous sommes engagés sur une mauvaise voie.? Même le président chilien, Ricardo Lagos, un modéré de gauche dont le pays peut se vanter d?avoir l?une des économies les plus prospères et ouvertes de l?Amérique latine, a tenu à souligner les défaillances du modèle libre-échangiste, déplorant notamment le fossé séparant les riches des pauvres dans toute la région. ?Ce n?est peut-être pas le continent le plus pauvre, mais c?est peut-être l?un des plus injustes?, a-t-il déclaré.

La ?clause de transparence? concernant la corruption, clause voulue par le président George W. Bush n?a pas été inclue dans le communiqué. Les chefs d?Etat et de gouvernement des 34 pays de la région se sont engagés seulement à ne ?pas accueillir les fonctionnaires corrompus et à aider à leur extradition?. Le président Bush, lui, voulait exclure les pays considérés comme corrompus des sommets de l?Organisation des Etats Américains (OEA). Prenant les devants, il a annoncé dès lundi que les Etats-Unis interdiraient l?entrée sur leur territoire de fonctionnaires corrompus.

Les chefs d?Etat et de gouvernement sont aussi convenus de ?lutter contre la pauvreté, de promouvoir le développement social, de parvenir à une croissance économique avec équité et de renforcer la gouvernance de nos démocraties", selon le communiqué appelé "Déclaration du Nuevo Leon?, du nom de l?Etat où se trouve Monterrey.

Les dirigeants déclarent également leur détermination à ?affronter les nouvelles menaces contre la sécurité, notamment le terrorisme, la délinquance organisée et le trafic illicite d?armes?. Mardi, la Maison Blanche a fait d?autres annonces concernant les appels d?offres pour des contrats de reconstruction en Irak en soulignant qu?ils seront ouverts dans une deuxième phase au Canada, pays qui s?était opposés à la guerre.

Le président américain a profité aussi du sommet de Monterrey pour demander à ses collègues de ?travailler à une transition rapide et pacifique à Cuba?, pays exclu des sommets des Amériques, et au renforcement de la démocratie au Venezuela, et en Haïti, dont le président, Jean Bertrand Arisitde, a annoncé des élections législatives d?ici à six mois, et en Bolivie. Concernant le Venezuela, M. Bush a apporté son appui à ceux qui ?luttent pour la démocratie?, dans une allusion à l?opposition au président Hugo Chavez, qui a répliqué en louant le régime de Fidel Castro.

© Le Monde News Service

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