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En dix ans, le téléphone mobile a conquis la planète

9 janvier 2004, 20:00

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Cet appareil, qui n?existait quasiment pas il y a dix ans, est devenu à la fois un outil professionnel indispensable et un objet personnel qui envahit le quotidien. Ainsi, l?Italien consulte son portable plus de trente fois par jour, l?Américain y parle en moyenne 20 minutes quotidiennement, l?Anglais envoie ou reçoit près de deux minimessages journaliers, les Japonais s?envoient déjà des photos par téléphone et les Coréens sont de fervents joueurs de jeux vidéo sur mobiles.

Le portable cumule les fonctions ? mini-ordinateur, appareil photo, console de jeux et bientôt télévision. Il s?affiche aussi comme un objet tout à la fois valorisant et empreint de valeur affective, que l?on songe aux téléphones-bijoux en platine, aux boîtiers design de mille couleurs, à la variété infinie des fonds d?écran et aux sonneries téléchargeables.

Le mobile est aussi au c?ur d?une tendance sociétale et économique puissante : les dépenses de communication personnelles ont, selon l?institut d?études Idate, décuplé depuis 1995 et elles devraient quintupler tous les dix ans.

<B>ACCIDENTS DE PARCOURS</B>

C?est certainement la technologie qui a connu l?expansion la plus fulgurante de l?histoire (20 % de taux de pénétration mondial en une décennie), loin devant l?électricité, le téléphone fixe, la télévision et l?ordinateur. Si, en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, où plus des deux tiers des habitants possèdent un mobile, la croissance ralentit, elle est exponentielle en Chine, en Inde ou en Russie, où le nombre de nouveaux clients a plus que doublé en 2003.

Cette explosion a fait prospérer une industrie mondiale qui pèse, selon l?Idate, près de 550 milliards de dollars ? 468 milliards de dollars pour les opérateurs et 80,4 milliards pour les équipementiers. Cette industrie représente aujourd?hui, après une décennie d?existence, plus du tiers du chiffre d?affaires généré par la téléphonie fixe, industrie pourtant centenaire, et continue d?afficher une croissance à deux chiffres.

Pourtant, derrière les statistiques, se cachent des disparités et accidents de parcours. Du côté des opérateurs, seul le Britannique Vodafone est d?envergure mondiale, avec ses 125 millions d?abonnés dans 26 pays.

Les acteurs dominants sont essentiellement locaux et souvent détenus par de grands opérateurs de téléphone fixe, autrefois monopoles d?Etat. Dans un contexte d?ouverture à la concurrence et d?euphorie spéculative autour des nouvelles technologies, nombre d?opérateurs, notamment européens, se sont lancés, en 1999 et 2000, dans une boulimie d?acquisitions qui a déséquilibré leur bilan (France Télécom était, en 2002, avec ses 68 milliards d?euros empruntés, l?entreprise la plus endettée au monde), les obligeant à de sévères rationalisations financières. Mais le marché des services de téléphonie mobile n?a jamais cessé de progresser (+ 45 % de 2000 à 2003).

Chez les équipementiers, la concurrence est plus mondialisée... et l?activité plus chaotique. Après les folles années de croissance de 1999 et 2000, leur chiffre d?affaires a chuté de près de 25 % ces trois dernières années.

Si le marché des téléphones grand public et largement dominé par le finlandais Nokia a bien résisté, celui des infrastructures de réseaux, très disputé entre le Suédois Ericsson, les Américains Motorola et Lucent, le Canadien Nortel et le Français Alcatel, s?est réduit presque de moitié alors que les clients opérateurs coupaient dans leurs investissements.

Ces groupes ont dû multiplier les licenciements et délocaliser leur production pour renouer avec les profits. Néanmoins, leurs ventes restent déprimées.

Et maintenant ? Pour Yves Gassot, directeur général de l?Idate, «2004 va être une double année de transition : sur le plan stratégique, la sortie de crise des acteurs du secteur devrait sonner le retour des acquisitions ; sur le plan technologique, le déploiement de la téléphonie de troisième génération (3G) pourrait redistribuer les cartes de la concurrence». De fait, nombre d?opérateurs, dégageant une opulente trésorerie, cherchent un relais de croissance via des emplettes, en Europe (où Vodafone convoite SFR) et aux Etats-Unis (où le numéro deux, Cingular Wireless, codétenu par SBC et BellSouth, chercherait à fusionner avec le numéro trois ATT Wireless ou avec T-Mobile).

Les équipementiers, dans une logique plus défensive de consolidation de parts de marché, recherchent aussi des rapprochements, alors que, malgré la contraction du marché, de nouveaux rivaux sont montés en puissance, les Coréens Samsung et LG dans les téléphones et les Chinois Huawei et ZTE dans les infrastructures.

Mais c?est surtout le développement de la troisième génération qui va redynamiser le marché. En donnant l?accès à l?Internet à haut débit aux portables, les opérateurs espèrent doper les revenus par abonné, en ajoutant les recettes du trafic de données (messagerie, échange de photos et de vidéos, téléchargement de jeux, consultation de sites Web, etc.) à celles de la voix. Les équipementiers vont avoir à déployer de nouveaux réseaux. Et les fabricants ?uvrent à un renouvellement du parc vers des terminaux multimédias avec fonctions logicielles, appareil photo...

Cependant, la 3G attire aussi de nouveaux entrants, comme l?opérateur hongkongais Hutchison Whampoa, débarquant au Royaume-Uni, en Italie et en Scandinavie, ou Microsoft, qui veut étendre sa suprématie des systèmes d?exploitation pour PC aux téléphones. Autant de bouleversements, des pratiques des consommateurs comme des positions des industriels, qui se concrétiseront vraiment à partir de 2007.

Le Monde 2003 distribué par The N. Y. Times Syndicate

par Gaëlle MACKE

<B>Les protagonistes mondiaux</B>

<B>Opérateurs : </B>

Le numéro un mondial est le Britannique Vodafone (45,6 milliards de dollars de chiffre d?affaires en 2002), devant les Japonais NTT DoCoMo (38,3 milliards) et KDDI (22,2 milliards), l?Américain Verizon Wireless (19,3 milliards) et l?Allemand T-Mobile (18,6 milliards).

<B>Equipementiers :</B>

Le Finlandais Nokia occupe le premier rang mondial (28,3 milliards de dollars de chiffre d?affaires en 2002), devant l?Américain Cisco (19,2 milliards), l?Allemand Siemens (18,5 milliards), l?Américain Motorola (17,5 milliards) et le Français Alcatel (15,6 milliards).

<B>350 000 SMS en une heure pour le Nouvel An</B>

Plus de 350 000 SMS ont été envoyés par les Mauriciens, peu avant minuit et ce jusqu?à environ une heure du matin, dans la nuit du 31 décembre 2003 au 1 janvier 2004. Les deux opérateurs de téléphonie mobile ont rassemblé une partie de leur effectif pour s?assurer du bon fonctionnement du réseau et de ce service. Rien que le 31 décembre, Kresh Goomany, directeur de Cellplus, déclare que 1,2 million de SMS a été envoyé par ses utilisateurs. Pour les deux opérateurs, le passage du 31 décembre au 1er janvier est un jour pas comme les autres. « Entre un peu avant minuit et une heure du matin, soit de 2003 à 2004, c?est le moment où il y a le plus gros trafic de l?année », explique Jean-Marc Monplé d?Emtel. Tout comme chez son concurrent, Cellplus avait, ce jour-là, une équipe prête à agir au moindre problème sur le réseau. Tous les ans, une équipe assure la permanence. Même si tout est fait pour empêcher les encombrements. Les deux opérateurs en ont été victimes comme partout dans le monde. Le nombre de SMS envoyés a encore augmenté cette année. Il n?y a pas eu, selon les opérateurs, de SMS perdus.

Audrey KELLY

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