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Mon souci est de protéger l?industrie locale de la concurrence étrangère

16 décembre 2003, 20:00

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Vous êtes le président de la Travel Agents and Tour Operators Authority, (TATOA) récemment créée par l?Etat. Quelles sont les fonctions de cet organisme ?</B>

La TATOA a pour but d?organiser et de professionnaliser les services des voyagistes et des organisateurs d?excursions. En tant que régulateur, il délivre les permis, veille au respect des conditions qui y sont attachées et sanctionne en cas d?infraction.

<B>Pourquoi avoir créé la TATOA ?</B>

Les prestataires opéraient jusque là presque en marge du système. Aucun ministère n?en était responsable à part entière. Le ministère du Tourisme vient de les prendre sous son aile. L?objectif était de mettre de l?ordre dans un secteur fertile pour des arnaqueurs de tout acabit. Des agences de voyages vendent des tours à l?étranger qui ne tiennent pas leurs promesses. Des touristes sont accostés par des démarcheurs agressifs qui se soucient peu de déranger le vacancier. Des organisateurs d?excursions promettent monts et merveilles sans pouvoir, souvent, tenir leurs engagements.

Ces réfractaires sont minoritaires dans la profession. Mais ils suffisent pour souiller l?image du secteur. Notre démarche vise à protéger le voyageur ou le vacancier, qu?il soit d?ici ou d?ailleurs.

<B>Quelles sont les mesures que vous avez prises ?</B>

Nous avons sommé les opérateurs de se faire inscrire auprès de la TATOA. Nous avons reçu environ 200 demandes à ce jour. D?ici à la mi-janvier 2004, nous commencerons à délivrer les permis. Alors, le prestataire devra se plier à nos conditions. Il devra fournir une caution de Rs 200 000 à Rs 500 000 à la Trésorerie. Il devra disposer d?un bureau aux dimensions recommandées et devra restreindre ses activités de marketing à ces périmètres. Il ne pourra employer qu?un seul démarcheur qui sera identifiable grâce à une carte délivrée par la TATOA.

<B>L?idée d?une caution a braqué certains prestataires contre la TATOA?</B>

C?est vrai. J?ai été surpris de constater que ceux-là mêmes qui avaient réclamé le grand ménage refusaient de collaborer avec notre organisme. J?ai été tout aussi surpris de voir que les associations de consommateurs ne nous ont pas soutenus. Cependant, nous avons tenu ferme. Cette caution est nécessaire pour prévenir les abus et pour indemniser les victimes. Nous ne demandons pas un dépôt en espèces. Une garantie bancaire ou une garantie d?une compagnie d?assurances suffit. Dans un esprit de compromis, nous avons même scindé le barème afin de tenir compte des différences dans la capacité de payer.

<B>Ne craignez-vous pas d?être accusé d?exclure les petits opérateurs de la scène ?</B>

Non. Vu la flexibilité par rapport à la nature de la caution, le petit opérateur peut très bien contracter une police d?assurance qu?il offrirait comme garantie. Il est important de discipliner les petits opérateurs car les doléances les concernent souvent. En ce qui concerne les démarcheurs, une première sélection a permis de ne retenir qu?environ 75 sur les 300 venus s?inscrire qui vivent de cette activité.

<B>L?industrie se plaint que les touristes ne dépensent pas assez. Les prestataires regroupés au sein de la TATOA sont d?importants pôles de dépenses. Comment proposez-vous d?utiliser cet outil pour améliorer les revenus de l?industrie ?</B>

Nous ne sommes pas mandatés pour définir la nature et la qualité de l?offre. Nous régulons simplement le fonctionnement de ce secteur. Cela dit, nous ne ratons aucune occasion de conseiller aux opérateurs de diversifier et d?améliorer leurs prestations.

<B>Il y a peu, un voyagiste étranger a demandé à s?implanter à Maurice. Quelle est votre réaction ?</B>

Je n?ai aucun problème à laisser venir des prestataires qui opéreraient en partenariat avec des Mauriciens. Je suis personnellement contre l?arrivée d?opérateurs étrangers qui feraient cavaliers seuls. Le marché est trop petit.

<B>Est-ce la seule raison ?</B>

J?ai aussi le souci de protéger l?industrie locale. L?Organisation mondiale du commerce l?admet. Je suis motivé par mon expérience dans le port. Je m?explique. Autrefois, des agences locales représentaient les transitaires internationaux. Aujourd?hui, la plupart d?entre eux ont ouvert leurs propres bureaux dans le port franc où ils ont très peu d?obligations envers l?Etat. Les agences locales en ont fait les frais. Cargo Express, par exemple, a fermé son entrepôt à Pailles et serait sur le point de fermer ses bureaux de Port-Louis.

<B>Vous avez longtemps été le président de l?Association des transitaires. Expliquez-nous pourquoi les commerçants se plaignent de retards dans le dédouanement de marchandises en cette période de fêtes.</B>

Les raisons sont multiples. D?abord, les entrepôts sont trop nombreux et trop éparpillés à travers le pays. En revanche, les douaniers qui ont la responsabilité de contrôle sur les marchandises sont peu nombreux. Ensuite, cette période de l?année étant la plus importante du point de vue commercial, certains d?entre eux en profitent pour faire des ?grèves de zèle?. Résultat, il est arrivé qu?un douanier mette une journée pour libérer seulement deux conteneurs des entrepôts IKS !

<B>Pourquoi des ?grèves de zèle? ? </B>

Il peut arriver que le douanier cherche à se faire des revenus additionnels sur les ?heures supplémentaires?. Il faut savoir qu?un entrepôt est sous doubles scellés et à chaque entrée ou sortie de marchandises, l?opérateur doit obtenir le feu vert de la douane. Cette autorisation n?est obtenue qu?après de très minutieuses vérifications.

<B>Comment contourner le problème ?</B>

La douane devra étendre certaines facilités aux opérateurs. Elle devra d?abord reconnaître que les prestataires ne sont pas tous malhonnêtes. Elle devrait se constituer un département d?intelligence qui la tiendrait au courant des m?urs commerciales de chaque opérateur. Ces informations lui permettraient de faire des sorties ciblées et surprises contre des suspects. Ces actions porteraient plus de fruits que si l?on vise les opérateurs indistinctement, parfois pour des marchandises qui ont très peu de valeur ajoutée.

<B>Vous demandez une souplesse sur la vérification des conteneurs ?</B>

Oui. Cela devrait être possible. Que la douane continue à faire ses vérifications, mais de manière plus ciblée. Et quand un opérateur est pris en faute, qu?elle applique la sanction optimale. Après tout, nous avons déposé d?importantes garanties. Rien que pour le permis de transitaire, nous payons une caution de Rs 1 million.

<B>Comment les choses se passaient auparavant ?</B>

Les opérateurs louaient les services de vérificateurs privés qui opéraient sous la supervision des douaniers. Les choses se passaient bien plus vite. Maintenant, la douane a décrété qu?elle se chargera personnellement du contrôle. Cette décision allège la responsabilité de l?opérateur en cas de perte, par exemple. Mais de l?autre côté, elle retarde sensiblement les opérations et fait fuir les clients. Voilà pourquoi certains opérateurs continuent à avoir recours au privé, à leurs frais bien sûr.

<B>Vous vous êtes personnellement intéressé à la réforme de Bert Cuningham à la douane. Qu?attendez-vous du contrôleur des douanes ?</B>

Honnêtement, je suis un peu déçu. Je ne sais pas s?il réussira grand-chose. Il ne travaille pas avec les opérateurs. Or, c?est nous qui sommes l?interface entre les douaniers et le consommateur. Personne ne connaît le fonctionnement du système mieux que nous. Il a peut-être l?impression que nous sommes tous des complices du système, dans lequel cas il a tort.

<B>Les agences maritimes veulent introduire un dépôt pour la location de conteneurs. Pourquoi ?</B>

Une fois de plus, nous sommes la victime d?un amalgame. Certains opérateurs retiennent des conteneurs plus longtemps qu?il ne faut et cela au préjudice des transporteurs. Ces derniers ont donc décidé de réclamer à tout le monde un dépôt de Rs 25 000 par conteneur loué. Cette mesure est injuste envers ceux qui ne donnent aucune raison de se plaindre. La mesure n?est pas encore effective. En tant que président du Ports Users Council, je m?y suis opposé. La zone franche l?a fait également.

<B>Les transporteurs, semble-t-il, font feu de tout bois. Une augmentation du connaissement est dans l?air ?</B>

En effet. L?Association des courtiers maritimes a déjà informé d?une majoration de 10 dollars US par connaissement. Ces frais passent de $ 25 à $ 35 à partir du 15 janvier prochain. Les courtiers justifient cette hausse par l?augmentation du coût de la vie.

<B>Récemment, le gouvernement a pris une option sur la pêche pour rentabiliser le port franc. Est-ce judicieux ?</B>

C?est une excellente décision à condition de faire les choses comme il se doit. Déjà, ils ont changé d?avis avant même de démarrer. Au départ, ils voulaient faire de Port-Louis un Fishing Hub. A présent ils parlent de Seafood Hub.

<B>Quelle différence dans la pratique ?</B>

Un centre de pêche met le port franc entre les mains des compagnies de pêche. C?est faire de Port-Louis un port de transbordement et de débarquement pour tous les bateaux pêchant dans la région. A commencer par ceux qui pêchent dans la zone économique exclusive de Maurice. Le Seafood Hub élargit l?activité pour inclure l?importation et la transformation de produits de mer avant de ré-exporter.

<B>N?est-il pas anormal que les bateaux étrangers pêchant dans les eaux mauriciennes aillent décharger leurs cales à Mayotte ?</B>

Je n?ai pas cessé de le dire ! Maurice doit faire du débarquement à Port-Louis une condition pour l?obtention d?un permis de pêche à espadon, par exemple. Ce n?est pas tout. Je pense que Maurice devrait trouver une formule pour obliger les compagnies de pêche étrangères pêchant dans ses eaux à contracter des partenariats avec des Mauriciens. C?est seulement à cette condition que la pêche pourrait se positionner comme un pilier économique. C?est ce que font tous les pays, de la Namibie au Sri Lanka.

<B>Etes vous d?accord avec ceux qui disent que cette politique ne vise, en réalité, qu?à remplir les entrepôts de certains opérateurs du port franc et rien de plus ?</B>

Je comprends ceux qui ont cette réflexion. La manière dont le port franc est présentement constitué ne peut mener qu?à ce type de réflexion. Les ressources y sont quasiment monopolisées par un groupe d?opérateurs.

?La douane devra d?abord reconnaître que les prestataires ne sont pas tous malhonnêtes. Elle devrait se constituer un département d?intelligence qui la tiendrait au courant des m?urs commerciales de chaque opérateur. Ces informations lui permettraient de faire des sorties ciblées et surprises contre des suspects.?

Propos recueillis par Shyama SOONDUR

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