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Crime : combattre le mal à la racine

15 décembre 2003, 20:00

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Me Alain Bauer, éminent criminologue, dans ses différentes interventions rapportées dans vos colonnes, a fait un exposé très intéressant sur la délinquance en général sans toutefois s?attarder sur les véritables causes de ce fléau, surtout dans les pays comme Maurice.

Il n?est pas besoin d?être expert pour conclure que les inégalités, lorsqu?elles sont présentes dans une société, aboutissent souvent à des problèmes de délinquance. Ce fait est reconnu partout dans le monde, sauf peut-être à Maurice, le problème des inégalités étant lui-même à peine reconnu. Sans ce constat, il est difficile pour les autorités concernées de combattre non seulement la criminalité mais la cause de la criminalité.

Tony Blair, dans son manifeste électoral, avait promis, d?une part pour satisfaire les attentes des électeurs victimes de l?insécurité, d?être ?tough on crime? et, d?autre part pour satisfaire les réalistes de gauche, d?être aussi ?tough on the causes of crime?. A Maurice, le désir de prévention semble se traduire uniquement par l?augmentation proportionnel du nombre de policiers et de prisons sans penser aux racines du mal qui, s?il est guéri, économisera non seulement l?argent du contribuable dépensé dans des projets de répression mais aidera également à améliorer le sort de milliers de nos compatriotes en leur ouvrant d?autres portes que celles de la prison.

Le problème de l?emploi semble ne pas être une priorité pour nos gouvernants, ceux-ci n?étant intéressés pour le moment qu?à rendre nos entreprises et leurs actionnaires plus riches. Or, les infrastructures des habitations (squalor) et l?environnement en général dans les quartiers pauvres et surpeuplés ne peuvent que déboucher sur la délinquance. La plupart des victimes, comme l?a souligné Alain Bauer, se trouve parmi ces ?exclus? mêmes, une réalité qui est rarement mise en avant. Il existe aussi d?autres causes à la criminalité, par exemple le développement de la ?sous culture? imperméable aux valeurs sociales mais qu?on peut mettre aussi sur le compte de l?exclusion.

Quant aux valeurs morales et religieuses qui se perdent, la responsabilité parentale est sans doute pesante mais celle des médias ne l?est pas moins : les jeunes sont trop laissés à la merci de la violence des films modernes. Au chapitre religieux, on doit reconnaître aussi que nos prédicateurs ne semblent plus être aussi pacificateurs dans leurs discours qu?auparavant, préférant des sermons identitaires qui ne font qu?ajouter aux malaises et à renforcer l?exclusion. Il ne faut pas oublier non plus la délinquance patronale et les crimes à cols blancs qui causent beaucoup plus de dégâts que des centaines de vols à l?étalage. Ce genre de délits semblent malheureusement rester impunis, donnant ainsi le prétexte voulu aux défenseurs de la ?sous culture? mentionnée plus haut.

Toute apologie de la criminalité en général est condamnable, certes, mais si l?Etat veut bien la combattre, il est impérieux qu?il commence par les causes pour garantir un résultat à long terme.

B. Jasodanand

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