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Le pays s?est gargarisé du concept de transition
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Le pays s?est gargarisé du concept de transition
<B>Comment la Chambre de commerce et d?industrie (CCI) voit-elle la situation économique du pays en général ? L?opposition déclare que tout va mal tandis que le gouvernement nous assure du contraire?</B>
C?est une question de perception. Le verre peut être à moitié vide ou à moitié plein. Les chiffres ne sont pas si mauvais. Maurice enregistrera cette année un taux la croissance de 4,8 %. Ce n?est pas si mal comparativement à la moyenne de 2 % pour les pays développés de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais ce ne sont pas les 8 % de la Chine ou de l?Inde. Il est vrai que le taux de croissance n?avait été que de 2,5 % l?année dernière. On ne peut né-gliger le fait que cela fait deux années consécutives que la croissance est inférieure à 5 %.
Ceci dit, on peut identifier certaines causes à cela. En 2002 il y a eu le cyclone Dina qui avait ramené la récolte sucrière à 520 000 tonnes. Cette année également, la récolte ne sera pas aussi bonne que souhaitée.
<B> Mais le taux de croissance reste décevant même si on exclut le sucre?</B>
La performance n?est pas particulièrement brillante mais elle n?est pas si mauvaise non plus. L?industrie sucrière a connu deux mauvaises années tandis que la zone franche enregistrera cette année une deuxième contraction consécutive. Le taux de croissance de ce secteur a été de -4 % l?année dernière.
Ce n?est pas une surprise. On s?attendait à des difficultés dans la zone franche. Il y a même eu un vent de panique lorsqu?il y a eu une série de fermetures d?usines. Tout le monde se préparait au pire. Finalement on ne s?en sort pas si mal.
L?industrie touristique connaîtra un taux de croissance de 4 % cette année. Compte tenu de la conjoncture internationale, il n?y a pas de quoi se plaindre.
Les nouveaux secteurs tels que les services financiers, le port franc ou les technologies de l?information et de la communication (Tic), sont en progrès même si l?apport de ces secteurs n?est pas suffisant pour changer le paysage économique du pays.
La question primordiale dans la conjoncture est comment pallier l?essoufflement des secteurs traditionnels quand les secteurs émergents ne sont pas encore assez solides pour prendre le relais comme moteur de la croissance ?
Justement, comment se passe cette fameuse transition économique ? </B>
Je pense qu?on s?est un peu gargarisé de ce concept de transition sans en saisir pleinement les implications. La transition veut dire qu?on ne peut pas ?do business as usual?.
Au début des années 80, lorsqu?il a fallu reconstruire l?économie sur de nouvelles bases, on s?est vite rendu compte que cela nécessitait un changement drastique. Il fallait une rupture. On avait le choix entre des emplois pénibles et mal payés et pas d?emploi du tout. Les acteurs sociaux ont compris les enjeux et ont agi en conséquence.
Le gouvernement a donné l?exemple de la politique d?austérité qu?il prônait et les syndicats, après un certain temps, sont rentrés dans les rangs. Il y avait donc une détermination à agir différemment.
En contraste, j?ai l?impression que durant ces deux dernières années, le message de rupture n?est pas encore passé. Les acteurs sociaux veulent continuer à faire comme ils ont toujours fait. Ils restent revendicatifs. Et quand je dis cela, je ne pense pas uniquement aux syndicats. Chacun vient avec sa shopping list. Cette approche revendicative ne nous aidera pas.
<B>C?est peut-être parce que tout le monde n?est pas encore convaincu de l?urgence de la situation et de la nécessité de changement?</B>
Il y a nécessité d?une nouvelle approche, d?une rupture. Le mouvement syndical doit accepter de revoir les lois du travail. Tous les pays en difficulté l?ont fait.
De leur côté, les entrepreneurs doivent aussi changer. Des progrès ont été réalisés dans le sens de la bonne gouvernance. Mais ce n?est qu?un aspect des choses, pas la solution en soi. Les entrepreneurs doivent être plus agressifs, plus créatifs, être prêts à prendre plus de risques et à accepter de travailler avec des marges plus étroites. Il faut prendre des initiatives et faire de nouvelles choses.
Tout en disant cela, je suis conscient qu?il est plus aisé de prescrire des remèdes que de les faire avaler. Le changement doit s?opérer de l?intérieur et c?est difficile. Quand on a développé certains réflexes pendant des décennies on peut avoir tendance à se demander pourquoi il faut changer ? Une meilleure sensibilisation des opérateurs économiques et des partenaires sociaux par rapport aux enjeux du jour est nécessaire.
La transition économique pose également la question d?un leadership qui saura entraîner le pays dans la quête d?une nouvelle phase de développement.
Le vrai débat économique du moment n?est pas de savoir si un taux de croissance de 5 % est bon ou pas. Le vrai débat est de savoir comment réussir cette alchimie qui rend toute chose possible et qui provoque le déclic. Parfois il peut manquer un ingrédient et rien ne se passe.
<B> La baisse de l?investissement privé a été et continue à être une source de préoccupation. Quelle est l?analyse de la CCI sur ce problème ? </B>
Avec le gonflement des investissements publics qui ont pratiquement doublé, le ratio relatif des investissements privés par rapport au total est amené à baisser.
Le secteur privé n?est pas un bloc homogène. La décision d?investir est une décision indépendante et individuelle. Chacun fait son propre calcul et décide d?investir ou pas. Force est de constater toutefois que le taux d?investissement n?est pas à la hauteur des attentes. Pourquoi ?
Il y a certainement encore des barrières à l?investissement malgré les progrès certains réalisés en vue de faciliter l?investissement. Plusieurs pas décisifs ont été faits dans la bonne direction mais il reste encore peut-être un bout de chemin à parcourir.
Pour investir, il faut aussi qu?il y ait de bonnes opportunités avec un taux de retour satisfaisant. S?il n?y a pas suffisamment d?investissement privé c?est peut-être parce qu?il n?y a pas autant d?opportunités qu?on veut le croire.
Dans les secteurs traditionnels comme la zone franche et l?agriculture les possibilités sont li-mitées. Les nouveaux secteurs comme les services financiers ne nécessitent pas des investissements massifs. A la rigueur un bureau suffit.
Quand l?économie évolue vers les services, on ne peut pas s?attendre à des investissements lourds, sauf dans la cybertour qui était une nécessité. Je note au passage que les investisseurs locaux ne se bousculent pas pour investir dans les Tic.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l?investisseur mauricien a la possibilité d?investir ailleurs qu?à Maurice. Auparavant cette question ne se posait pas mais quand on fait certains calculs, Maurice n?est pas nécessairement le pays le plus compétitif pour investir.
Il faut donc tout faire pour sécuriser les investisseurs locaux. Au lieu de cela on assiste à une sorte de bashing du secteur privé. Il faut dégager un nouveau consensus. Il est inutile de dire que certains profitent de tout. De toute façon ils peuvent profiter de tout ailleurs qu?à Maurice. De même, on ne doit pas dire qu?on a tout fait et que rien ne se passe. Si l?investissement privé ne suit pas c?est que tout n?a peut-être pas été fait justement.
Aux entrepreneurs aussi il faut faire comprendre que personne ne peut leur garantir sur papier un taux de retour de 25 % sur leurs investissements. Soit on est un entrepreneur et on prend des risques, soit on ne l?est pas.
<B> Quelles peuvent être ces barrières que vous évoquez ? En tout cas elles ne viennent pas soudainement d?être créées?</B>
Tout dépend des secteurs. Quand l?économie évolue vers de nouveaux secteurs on découvre forcément des barrières inconnues jusqu?ici. Depuis ces deux dernières années les initiatives de développements fonciers se multiplient. Cela fait découvrir de nouvelles barrières. De même, on a identifié des contraintes dans l?hôtellerie.
Tant qu?il s?agissait d?un opérateur qui recherchait un permis pour la construction d?un hôtel, les choses allaient tant bien que mal. Mais quand on ambitionne de construire cinq hôtels dans le cadre d?un développement intégré, les choses prennent une autre proportion et les contraintes aussi.
Dans le domaine des Tic, les problèmes ne sont pas les mêmes que dans l?agriculture. Les entreprises ont besoin d?être opérationnelles 24 heures sur 24. Comment s?organise-t-on ? Doit-on payer des heures supplémentaires ? ce qui revient à plus cher ? ou doit-on travailler par rotation (shift) ? Et quid des permis pour la main-d??uvre étrangère ?
<B> L?année 2004 sera cruciale pour la zone franche. Il ne lui reste plus que douze mois pour se préparer au démantèlement de l?accord multi-fibre. Serons-nous prêts à affronter cette échéance ? </B>
Je pense que nous ne serons jamais assez prêts. Sur papier, les bouleversements attendus sont énormes. Mais plusieurs facteurs demeurent inconnus. Est-ce que le démantèlement de l?accord multifibre signifie l?ouverture immédiate des marchés et que les vannes seront grandes ouvertes le 1er janvier 2005 ? Dans un tel scénario nous risquons effectivement d?être noyés mais je pense plutôt que l?ouverture sera graduelle.
Les Etats-Unis, par exemple, ont déjà donné une importante indication en prenant des mesures de sauvegarde pour se protéger contre les exportations chinoises de textile et de vêtements. De son côté, la Chine ne va peut-être pas vouloir inonder trop rapidement les marchés de peur de provoquer la prise de mesures de sauvegarde.
A Maurice, les entreprises sont bien conscientes des enjeux et le processus de restructuration a été initié, notamment à travers la Textile Emergency Support Team (TEST). Le diagnostic a été bien fait et les solutions identifiées. Il reste à savoir avec quelle rapidité les mesures préconisées seront mises en pratique.
Je suis conscient qu?il y a une certaine impatience chez les industriels. Ils souhaiteraient que le gouvernement aille plus vite concernant les aspects de policy. Je conçois cependant que le gouvernement n?est pas une entreprise privée et que la période de gestation ne peut pas être raccourcie outre mesure.
?Au début des années 80, lorsqu?il a fallu reconstruire l?économie sur de nouvelles bases, on s?est vite rendu compte que cela nécessitait un changement drastique. Il fallait une rupture. On avait le choix entre des emplois pénibles et mal payés et pas d?emploi du tout. Les acteurs sociaux ont compris les enjeux et ont agi en conséquence.?
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