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Un parricide aux relents de rhum
Depuis dimanche, Lolita L?Eveillé ne cesse de ressasser la tragédie qui vient de s?abattre sur sa famille. Son père, Daniel Joseph, 73 ans, a rendu l?âme à la fin de la semaine dernière, après deux mois passés dans le coma. Il a succombé à ses blessures infligées par son propre fils, Gérard, âgé de 36 ans, après une dispute dans la nuit du 27 au 28 septembre dernier.
La mine déconfite, Lolita appréhende la venue des journalistes. Pas question pour elle d?étaler les histoires de famille dans la presse. Son père est déjà mort et enterré et elle a décidé de faire une croix sur son frère Gérard qui croupit dans une cellule.
Ni elle, ni ses trois autres frères ne comptent lever le petit doigt pour Gérard. Ils ne paieront pas un avocat pour défendre celui qui a mis fin aux jours de leur père adoré. Evasive, Lolita ne veut pas révéler les raisons de la dispute entre son frère et son père. Elle raconte toutefois avoir vu Gérard, armé d?un gourdin, sortir de la chambre de Daniel aux petites heures du matin, le dimanche 28 septembre.
Salement amoché
« J?allais aux toilettes lorsque j?ai entendu mon père gémir. Il criait aïo, aïo? Il me semblait qu?il agonisait, qu?il venait d?être agressé. J?ai ouvert la porte de ma chambre et j?ai vu Gérard sortir de la pièce. Je n?osais pas aller voir mon père. J?avais peur car Gérard avait un bâton à la main. Je suis parti à l?étage où habite mon autre frère, José, pour appeler les secours. Mais c?était déjà trop tard, Gérard l?avait salement amoché. »
Divorcé, Gérard a deux enfants qui vivent avec son ancienne épouse. Fainéant, selon ses proches, il gagnait misérablement sa vie comme maçon. À l?occasion il offrait ses services comme charpentier. Désoeuvré, il vivotait aux dépens de ses frères et de sa s?ur.
Les jours tristes se ressemblent et se suivent dans la modeste demeure de son père à Jeetoo Lane, Trèfles, dans la périphérie de Rose-Hill. Il lui arrivait de picoler avec son père et de se disputer avec lui pour un rien. Les coups de gueule s?éteignaient d?eux-mêmes dès le lendemain.
Mais les choses semblent être allées plus loin à la veille du jour fatidique. Gérard et Daniel avaient bu du rhum avant de se lancer des quolibets. « Zot habitué batte zot gros mario, lerla zot la guerre », confie un proche. Ce soir-là, le vieil homme est parti dormir dans son « godon ». Personne ne sait pourquoi Gérard a emmagasiné tant de haine à l?encontre de son père. Il aurait coupé la fourniture électrique dans la maison avant de passer à l?acte. « Main électrique ti coupé, pas pé trouve narien. Lakaz ti dans nwar létan bolom la pé criyé », se rappelle Lolita.
Chantant et dansant</B>
Malgré une délicate intervention chirurgicale, Daniel n?est pas sorti du profond coma dans lequel il était plongé depuis son admission à l?hôpital. Le jour de la mort de son père, Gérard dansait dans le salon familial. Lorsqu?on lui a appris le décès de son père, il a continué de chanter et de danser. C?en était trop pour une de ses nièces qui, tenaillée par la douleur et la colère, lui saute dessus et lui inflige des coups, l?envoyant à son tour à l?hôpital. « Il dansait comme mon grand-père? Je ne pouvais le voir agir de la sorte surtout après qu?on lui a annoncé la mauvaise nouvelle. Il faisait comme si rien de grave ne s?était déroulé? », raconte la nièce.
Gérard risque plusieurs années de prison pour coups et blessures ayant entraîné la mort. Il vivra certainement avec des remords. Ceux d?avoir été un fils prodigue et d?avoir provoqué le décès de son vieux père qui, malgré son âge avancé, trimait comme charpentier pour le bien de ses enfants et de ses petits-enfants.
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