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ICAC
Le conflit suprême entre Navin Beekarry et Roshi Bhadain provoquera-t-il la perte de l?ICAC ? Cette question est d?autant plus d?actualité car cette fois-ci la crise est autrement plus grave : l?offensive a éclaté entre les murs de la commission, mettant aux prises deux de ses membres les plus puissants, d?où ce risque d?implosion.
« Cela va sans dire que l?Icac, davantage que ses nombreux détracteurs externes, s?est infligé la plus profonde de ses blessures. Mais si on veut gagner le combat contre la corruption, il faut d?abord et avant tout que la commission rétablisse son image auprès du public», observe, à juste titre, un membre du comité parlementaire chargé de veiller au bon fonctionnement de l?Icac.
En réalité, l?image est sans cesse ternie, surtout depuis la suspension de Roshi Bhadain. La commission est clairement divisée entre les pro-Beekarry et les pro-Bhadain. Et, entre les deux camps, il y a des échanges d?allégations, tantôt sérieuses tantôt salaces. On parle de « séquestration » d?un enquêteur, de « harcèlement sexuel » d?une employée et de moeurs « légères » d?un cadre. C?est dire que les insultes volent très bas en ce moment...
« Toutes ces allégations sont formulées de manière revancharde, afin de masquer la piètre performance des enquêtes de l?Icac. C?est uniquement sur cette base qu?a été décidée la suspension provisoire du directeur des enquêtes. » Voilà le commentaire sans appel d?une source à l?intérieur de l?Icac.
Cette source, qui veut minimiser la crise, ajoute que la suspension de Roshi Bhadain est une affaire purement interne. « Le comité parlementaire n?a pas voulu s?ingérer dans une affaire strictement administrative. En tant qu?employeur, la commission a le droit d?évaluer la performance de ses employés, de leur demander des explications sur une contre-performance et de prendre les mesures qui s?imposent. »
Dans le clan Bhadain, c?est motus et bouche cousue. « Il ne fera aucune déclaration avant sa comparution devant le comité parlementaire mercredi », répond laconiquement un de ses proches.
Selon lui, Roshi Bhadain serait victime du modus operandi de Navin Beekarry. « Ses enquêtes avaient peu de chances de réussir aussi longtemps qu?il adoptait l?approche souhaitée par Beekarry. »
Ce point de vue ne fait pas l?unanimité à l?Icac. « Les faits sont là pour le prouver. Les enquêtes menées n?ont pas abouti. Lorsqu?on accuse provisoirement une personne de corruption, il faut que cette accusation puisse passer avec succès l?épreuve d?une cour de justice. Ce qui n?a pas été toujours le cas. »
« Damning Statement »</B>
La contre-performance de Roshi Bhadain ne serait pas l?unique raison. « La commission n?est pas satisfaite des explications de Roshi Bhadain réfutant l?information selon laquelle son nom paraissait sur la liste des actionnaires de Quartet Development Co. Ltd », indique une autre source.
Un autre reproche contre Bhadain concerne la fuite d?informations dans la presse. Mais il semblerait qu?il n?y ait pas de preuves contre lui. Dans le camp Bhadain, on dit que « les fuites sont orchestrées à plus haut échelon (...) d?ailleurs dans sa lettre de suspension mention n?est pas faite de fuites d?informations...»
A ce sujet, la déposition à la police de Devanand Halkharee, un officier de l?Icac, pourrait apporter un éclairage, si jamais elle est fondée.
Selon les dires de Halkharee, des hauts responsables de la commission l?auraient « séquestré afin de l?obliger à signer un Damning Statement contre Bhadain » afin de l?incriminer comme étant celui qui divulgue des informations à la presse. Pour l?heure, la police n?a pas encore interrogé les responsables mis en cause par Halkharee.
Mais à l?Icac, on dément cette version des faits : « Halkharee a été interrogé parce qu?il est lui-même suspecté d?être à l?origine de certaines fuites d?informations ».
Quant aux autres allégations, celles qui volent très bas, elles n?ont pas fait jusqu?ici l?objet de plaintes officielles. A l?express, ces attaques sous la ceinture ont surtout inspiré notre caricaturiste. « L?Icac n?a pas get figir (...) mais guette fifi », ricanait-il, à juste titre, en Une vendredi. A ce stade, ce ne sont que des allégations, non fondées.
A l?hôtel du gouvernement, on suit de près les dernières secousses qui agitent la commission. A vrai dire, la commission était sous haute surveillance après l?interrogatoire du ministre des Services financiers, Sushil Khushiram et l?arrestation « illégale » de Mookeshwar Choonee.
Au Parlement, en août dernier, Paul Bérenger accordait une « dernière chance » à l?Icac, tandis qu?Ivan Collendavelloo, le père juridique de la commission, a plusieurs fois dénoncé « les faux airs de shérif de l?Icac».
« Les masques vont tomber... »
Mais aujourd?hui, la menace brandie par le gouvernement quant à la révision des pouvoirs, pour éviter d?autres dérapages, pourrait refaire surface, confie un membre du comité parlementaire. « C?est l?Icac qui sera seule responsable si on limite son champ d?action. »
Une chose est sûre, le match Bhadain-Beekarry n?est pas près de se terminer. Demain, par le biais de ses hommes de loi Yousuf Mohamed et Gavin Glover, Roshi Bhadain va demander à la Cour suprême de revoir la décision de la commission de le suspendre provisoirement.
De plus, il doit se rendre, mercredi, devant le comité parlementaire. «Roshi aura l?occasion de dire sa part de vérité sur les fuites d?informations et de faire tomber des masques », soutient l?un de ses proches.
Entre-temps, ce sera business as usual à l?Icac, affirme-t-on. Les rênes du département des enquêtes ont été confiées à l?assistant de Roshi Bhadain, l?ASP Gheeanesswar Jootun.
Dans sa première interview à l?express, peu après son installation comme commissaire, Navin Beekarry réclamait un peu de temps, « et l?Icac changera Maurice ». Mais aujourd?hui, plus que jamais, c?est l?inverse qui risque de se produire.
Malgré tout, l?éventualité de dissoudre l?Icac ne fait pas l?unanimité. Même les plus ardents détracteurs de l?Icac veulent que la commission perdure : « La commission a toute sa raison d?être. Ce sont ses méthodes et ses hommes qu?il faut revoir.» Le cas échéant, c?est la fraude et la corruption qui en sortiront gagnantes...
Ennuis avec la justice...</B>
Outre ses querelles intestines qui éclatent aujourd?hui au grand jour, l?Icac s?est maintes fois fait rabattre le caquet par le judiciaire.
Pourtant en engageant, il y a trois mois, Joe Duffy, un ancien juge écossais, l?Icac pensait tourner la page sur ses nombreux faux pas d?ordre judiciaire; faux pas attribués à l?absence de cadres pour animer sa Legal Division, orpheline depuis le départ, en avril dernier, de Me Gaytree Manna, qui a préféré reprendre son poste au parquet.
Mais, dès la nouvelle du recrutement de Joe Duffy connue, le conseil des avocats a réagi violemment, par la voix de son président, Me Gavin Glover: « Ce monsieur écossais que l?Icac a recruté n?a pas le droit de pratiquer à Maurice. »
Retour donc à la case zéro pour l?Icac, de plus en plus esseulée sur les dossiers en suspens en Cour suprême.
« Au parquet, nous sommes nous-mêmes débordés. Comment voulez-vous qu?on s?occupe des dossiers de l?Icac ?», fait ressortir un cadre du State Law Office.
Le ton de sa réponse témoigne d?une « rivalité » certaine entre les deux institutions, provoquée en grande partie par les disparités salariales entre employés du parquet et ceux de l?Icac qui sont nettement plus avantagés.
Toujours est-il que la commission n?a pu régler ce que lui a souvent reproché la Cour suprême : «The commission seems to be on a fishing expedition. » Désavouée en quatre occasions par la justice qui a insisté que « the eyes of Icac are not the laws of the country», l?Icac a bien souvent été incapable d?avancer des preuves pour soutenir ses accusations. D?ailleurs c?est pour cela que ses demandes de geler les avoirs de Dev Manraj, Ravi Ramdewar et des compagnies Cine Network et Cinemaxx, dans le cadre de l?affaire MCB-NPF, ont toutes été rejetées par le juge Domah. Un autre jugement sévère soulignait les « clichés» utilisés par l?Icac dans ses actes d?accusation.
Le non-respect des droits fondamentaux et les procédures employées pour arrêter, souvent à la tombée de la nuit, ceux interrogés, ont aussi été blâmés par la justice : « Laws against corruption should comply with international human rights standards and afford a fair trial to those accused... »
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