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Alexandre Aja,réalisateur
<B>Alexandre Aja, vous êtes-vous censuré à l?écriture, puis à la réalisation de ?Haute tension? ?</B>
Il y a eu plusieurs étapes. Sur la première, pas de censure, on est allé jusqu?au bout. On n?avait pas de producteur à ce moment-là, on a commencé à démarcher et on nous a opposé tous les arguments habituels qui vont contre ce genre de film : ?C?est pas pour nous... c?est pas du prime-time...?. Là, on s?est un peu remis en question et on a coupé deux ou trois trucs gores, mais sans plus. Puis vient la rencontre avec Luc Besson qui accroche sur le scénario et nous dit ?C?est un film d?horreur, allez jusqu?au bout, il faut faire le plus peur possible, peu importe par quels moyens, il faut y aller...? Là, il nous a complètement libérés. Même la possibilité d?une interdiction aux moins de 16 ans, alors qu?il est distributeur du film, ne lui a pas fait peur. En fait, avec cette possibilité d?interdiction (NdlR : au moment de cette interview, la décision de la commission de censure n?était pas encore connue), on s?affiche comme les plus radicaux, les plus authentiques dans la peur. C?est une sorte de promesse pour les amateurs...
<B>En découvrant ?Haute tension?, on pense inévitablement à ?Massacre à la tronçonneuse? mais aussi à ?Duel?, ?La nuit des masques? ou même au récent ?Jeepers Creepers?... Quelles ont été vos influences ?</B>
Quand Jeepers Creepers est sorti, notre scénario était déjà écrit et on entrait en préparation. C?est vrai que tout à coup, on s?est dit que nous n?étions pas les seuls à avoir envie de ce genre de film. J?aime beaucoup Jeepers Creepers mais ça n?a pas été une référence. On a surtout puisé dans nos terreurs d?enfance qui sont plutôt basiques : une maison isolée, deux copines, un tueur et une nuit pour survivre. Dans cette histoire extrêmement simple et quasiment en temps réel, on a voulu disséminer quelques hommages à d?autres films qui nous ont marqués. Il y a évidemment Hitcher et Duel, le premier étant lui-même une référence à Duel, Massacre à la tronçonneuse, Halloween mais aussi beaucoup Maniac. Il y a, entre autres, la scène des toilettes où on a fait carrément une citation en gravant dans la porte le même graffiti que dans Maniac. En même temps, je crois qu?on a réussi un film qui a sa propre vie, sa propre cohérence narrative. J?espère que le film ne fait pas trop catalogue. (?)
<B>La bande sonore du film participe grandement au sentiment de terreur. On pourrait presque avoir aussi peur sans regarder les images...</B>
Oui, car il y a une vraie écriture sonore quand on fait ce type de film. Je connais beaucoup de gens qui n?ont pas peur des images, qui peuvent voir les choses les plus horribles tant qu?ils se bouchent les oreilles. Pour ça, on a fait un travail très pointu avec un sound-designer, Emmanuel Augeard. Il est allé dans le sens de la musique de François Eude et dans celui du bruitage. Je crois que l?avantage d?un film de terreur comme celui-là, c?est qu?il offre à tous les chefs de poste, que ce soit le directeur photo, le maquilleur, le sound designer ou le monteur, une manière de s?exprimer et d?aller jusqu?au bout de leur art. Contrairement à d?autres films où il faut être sobre, là on va tellement loin que tout le monde s?éclate.
Gianetto de Rossi par exemple, est un maître dans l?art du maquillage. On savait dès le départ qu?il ne fallait pas lésiner sur plusieurs postes et notamment les effets spéciaux, car des effets spéciaux ketchup quand on essaie d?être réaliste, c?est ?game-over?. Il nous fallait quelque chose qui aille dans le réalisme le plus pur, le plus dur, et c?est vrai que Gianetto, parce qu?il a fait Dune, Zombie et des centaines de films, était la personne adéquate. Il a relevé le défi de venir seul, sans équipe, et de foncer, lui aussi, dans le système D. Ça a été une expérience incroyable parce que c?est quelqu?un qui est hyper créatif, qui n?est jamais à court d?idées ? d?ailleurs on repart en tournage avec lui. Il y a quelque chose de très ludique à la fabrication de ce type de films. On est comme au jardin d?enfants, chacun se montre ses jouets (rires).
(Source : Monsieur Cinéma).
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