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Khushiram : ?Le développement consensuel a fait son temps?
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Khushiram : ?Le développement consensuel a fait son temps?
UNE TRENTAINE de participants, ministres et anciens ministres, syndicalistes et acteurs économiques et sociaux ont tenu un débat hier au Domaine les Pailles sur fond de consensus. La table ronde organisée par le Conseil économique et social et la Banque mondiale avait pour principal objectif de débattre de la nouvelle politique de développement à adopter.
Le ministre du Développement économique et des Services financiers, Sushil Khushiram, estime que l?approche consensuelle traditionnelle mauricienne n?est plus viable. ?Nous avons des choix difficiles à faire. La politique de compromis ne nous amènera pas loin. Par exemple, il nous faudra une politique de taux d?échanges stable. Le trade-off entre la croissance économique et l?inflation devra être revu à terme.?
Parmi les participants on note la présence du leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, de Pierre Dinan et de Claude Ricaud, président du Conseil économique et social. Au niveau du gouvernement, étaient présents le ministre des Technologies de l?information et des télécommunications, Pradeep Jeeha, le ministre du Tourisme, Nando Bodha, et le ministre de la Sécurité sociale, Sam Lauthan.
Ambiance civilisée
L?environnement économique dans lequel le pays est appelé à évoluer, explique Sushil Khushiram, n?est plus propice aux décisions consensuelles. Les accords commerciaux dont Maurice a bénéficié avaient créé les conditions qui permettaient aux gouvernants de faire des compromis afin de plaire à un maximum de partenaires sociaux. Aujourd?hui, ces accords sont remis en question et le pays dispose d?une marge de man?uvre trop réduite pour se permettre certaines largesses.
Cette table ronde a permis d?insister sur le type de développement que Maurice doit désormais adopter. Rarement a-t-on vu gouvernement et opposition débattre des enjeux économiques et sociaux dans une ambiance aussi sereine et civilisée. Les interventions se sont déroulées en présence des cadres de la Banque mondiale (BM) venus étudier le modèle mauricien.
Les différentes facettes de la mise en place des programmes de développement ont été mises à plat. Les discussions ont porté sur les rapports entre le secteur privé et le secteur public, les consultations entre les différents partenaires sociaux, le rôle de l?Etat dans le développement, la transparence dans la conduite des affaires de l?Etat et le sentiment d?appartenance dans les stratégies de développement.
Le rôle de l?Etat est fondamental par rapport au type de développement choisi. L?intervention étatique dans le marché change de forme (acteur, facilitateur ou régulateur) avec l?évolution de l?économie. L?Etat sera davantage sollicité pour assumer le rôle de régulateur, avance le ministre Khushiram. ?Le gouvernement mettra plus d?accent sur l?émergence des marchés compétitifs et performants.?
Deux anciens ministres des Finances se sont exprimés sur le sujet. Rama Sithanen, explique qu?il faut définir le type de gouvernement dont le pays a besoin. ?C?est surtout l?efficacité de cette intervention qui doit nous intéresser.? La continuité dans le développement a été un des thèmes forts. ?Nous avons pu assurer une continuité dans le développement même lors des différents changements de régime. La stratégie n?a rien à faire avec la politique partisane?, constate Rundheersing Bheenick, ancien grand argentier et ancien directeur du Plan qui a à son actif la réalisation de plusieurs plans de développement, dont le document Vision 2020.
Nécessité du dialogue
?Il faut un minimum de continuité dans les politiques. Il faut un certain consensus pour assurer une direction générale. Cela est possible à Maurice car il existe ici des institutions démocratiques solides. En l?absence de telles institutions les changements sont souvent violents?, explique Hafez Ghanem, directeur du Country Programme de la Banque mondiale pour la région. Le dialogue entre partenaires dans le processus de planification est présenté par plusieurs participants comme une condition essentielle pour développer un sentiment d?appartenance des politiques.
Le pays a besoin des champions pour passer à une autre étape de développement, estime pour sa part Georges Chung, directeur du groupe T-printers. ?Nous avons eu des champions qui nous ont permis de progresser tant dans la zone franche que dans le textile.?
Oui au dialogue, mais il faut aussi et surtout un leadership fort et courageux. C?est le message de Jean-Claude de l?Estrac, rédacteur en chef de l?express et ancien président du Media Trust. ?Je crains qu?il n?y ait une tendance à demander l?avis de tout le monde sur tous les sujets. Il est difficile de trouver un consensus tout le temps.? Jean-Claude de l?Estrac est aussi intervenu sur le thème de la transparence et du rôle des médias. Il a parlé de l?opacité dont fait preuve le gouvernement et en appelle à la création d?un Freedom of Information Act qui favoriserait un meilleur accès à l?information de l?Etat. ?L?actuelle opacité résulte souvent en un rapport conflictuel entre le journaliste et le gouvernement.?
Xavier Duval, député de l?opposition et président du Public Accounts Committee a de son côté énuméré les nombreuses failles du système de contrôle financier du gouvernement. ?Les budgets des différents ministères sont votés en l?espace de quelques minutes seulement au Parlement?, souligne-t-il. Il accuse aussi les sociétés étatiques d?un manque de transparence.
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