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Le tailleur aux doigts de fée et au cran d?acier
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Le tailleur aux doigts de fée et au cran d?acier
Une grosse table en bois, un amoncellement de tissus et d?étoffes par-ci, des règles, des craies et des épingles par-là. Pas évident de se retrouver parmi tout l?attirail du couturier. Au premier étage de sa maison à Roches-Brunes, dans une petite pièce métamorphosée en atelier de confection depuis une bonne vingtaine d?années, un homme s?affaire. Ses yeux pétillent, ses mains s?agitent dans tous les sens avant de se glisser discrètement sous les tissus. Est-ce pour chercher une aiguille dans une botte de tissus ? Non ! D?un mouvement très leste, Harrykrishna Balasoupramanien saisit une vieille paire de ciseaux dont le manche est recouvert de bandelettes fleuries effilochées. Puis, un cliquetis sonore envahit la pièce. « Que ce soit le jour ou la nuit, le bruit des ciseaux est inévitable. Harrykrishna ne compte pas le nombre d?heures passées à coudre des vêtements. C?est un amour qui l?unit à ce métier », confie Nadia, 67 ans, sa mère.
La passion de son métier de tailleur lui vient de Murday, son grand-père. Enfant, Harrykrishna Balasoupra-manien se faufilait dans l?atelier du vieil homme et en ressortait tout émerveillé. « Comme mon fils était encore tout petit, il avait du mal à comprendre ce que mon père faisait exactement. Mais le regarder faire le fascinait. De plus, son handicap ne facilitait guère les choses », ajoute Nadia, qui a découvert que son fils était sourd-muet, un an après sa naissance. Elle s?était aperçu un jour que le petit ne réagissait pas à ses appels. Elle l?a emmené alors chez un médecin qui lui a appris que ses tympans ne fonctionnaient pas et qu?il était aussi muet. Elle et Devasagayum, son époux, sont d?abord effondrés, avant de réagir. Ils allaient donner la priorité à son éducation ! À six ans, il intègre une école primaire à Beau-Bassin et suit en même temps des cours de couture à temps partiel dans une institution spécialisée pour les enfants avec des troubles auditifs. Le grand-père l?aidait. Mais il n?a pu lui apprendre les ficelles du métier. Avant de mourir, il a tout juste eu le temps de l?initier à quelques points de couture et de lui léguer une paire de ciseaux noirs ainsi qu?une vieille règle. Le petit garçon rangea soigneusement ces objets pour les conserver sans se douter qu?il en ferait bientôt usage.
De fil en aiguille les commandes affluent
Sept années passent. Harrykrishna Balasoupramanien a échoué aux examens du CPE. Ses parents se concertent. Que faire ? Les ciseaux et la règle resurgissent alors du passé quand ses parents décident qu?il doit prendre des cours de couture, mais cette fois-ci, auprès d?un tailleur spécialisé dans les chemises et les pyjamas. « Quand il a débuté son apprentissage, cela le passionnait. Il était très dévoué à la tâche. Au départ, il touchait environ Rs 25 par mois puis au fil des années, son salaire est passé de Rs 125 à Rs 150 », raconte Nadia. À 19 ans, Harrykrishna Balasoupramanien perd son père, mort d?une congestion. Accablé, il renonce temporairement à son emploi. Puis, il décide d?intégrer un nouvel atelier de confection où il apprend à coudre des vêtements féminins. Cela dure cinq ans. Il prend aussi des cours de coupe de pantalon chez un proche. Au bout de deux séances, il maîtrise déjà son art !
En 1988, il décide de lancer son propre atelier. Reprenant les quelques vieux équipements laissés à l?abandon dans l?atelier du grand-père, Harry-krishna achète deux machines à coudre avec une partie de la pension perçue par sa mère et un fonds d?aide du ministère de la Sécurité sociale. La famille met la main à la pâte pour fabriquer des étagères et lui fournir d?autres matériaux. Les premiers clients ne tardent pas à franchir le seuil de sa porte. Il y a d?abord les proches puis les voisins et enfin les autres. À 31 ans, il se marie. De son union, naissent deux enfants, Yasheena, 11 ans et Yogen, 6 ans. « Cela n?a pas toujours été facile mais nous nous sommes accrochés. Nous avons toujours tout fait pour comprendre et mettre les clients à l?aise », confie Nida, sa femme. De fil en aiguille, les commandes affluent, ce qui l?encourage. Mais sa route vers le succès ne fait que commencer.
En 2000, les membres d?un club affilié à l?association spécialisée qu?il fréquente depuis son enfance le contactent. Ils lui demandent de se présenter au concours d?Abilympics de Prague, une compétition qui récompense les talents et les capacités des personnes handicapées dans le monde. Pour y participer, il décide de confectionner un petit short beige, muni d?une bande élastique et de deux poches. Cela lui vaudra la médaille de bronze. De la pointe du doigt, il désigne un certificat d?attestation accroché au mur de son atelier. « C?était vraiment une surprise. Harrykrishna ne pensait pas qu?il décrocherait la troisième place. Nous étions fous de joie », se souvient sa mère. Et pour ne pas s?arrêter en si bon chemin, il va participer à la 6e édition du concours qui aura lieu du 23 au 29 novembre prochain en Inde.
Cette fois-ci, il va présenter un pantalon en gabardine blanche qu?il a confectionné en une heure et demie lors des épreuves de qualification organisées la semaine dernière à Rose-Hill. Il ne cache pas sa joie de participer à nouveau. Quelles sont ses chances ? En guise de réponse, il fronce les sourcils, écarquille les yeux et hausse les épaules avant d?esquisser un large sourire sympathique.
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