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Les juniors de Barkly font « monter les ti panyé » !

8 novembre 2003, 20:00

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S?il y a sept ans, on leur avait dit qu?ils deviendraient un jour de véritables petites vedettes de la chanson mauricienne, ces enfants auraient sans doute ri. Aujourd?hui, non seulement ils le sont devenus, mais en plus, ils se posent en fervents défenseurs du patrimoine musical local. Outre une reconnaissance populaire obtenue grâce au succès éclatant de leur premier album Ti Marmit, les enfants de l?Association pour le bien-être des aveugles de l?île Maurice (ABAIM) sont également reconnus par les autorités pour leur contribution à l?unité nationale grâce à la musique. Le National Unity Award, qui leur avait été décerné l?année dernière, n?a d?ailleurs fait l?objet d?aucune contestation. Cette distinction est même leur plus grande fierté.

Crystel, 17 ans, Myabelle, 15 ans, Joanna, 14 ans, Estelle, 13 ans, et leurs copines Aurélie et Kelly, 11 ans, se sont montrées très enthousiastes à l?idée de nous raconter leur histoire. Tout est parti en fait d?une initiative de la secrétaire de l?association, Marousia Bouvéry. Avec une équipe de volontaires d?ABAIM, elle décide de sillonner les ruelles de la cité pour mesurer l?ampleur de l?oisiveté des habitants. Ayant constaté le nombre important d?enfants qui manquent de loisirs, elle crée avec l?association, le projet Saturday Care dont l?objectif est de proposer des activités saines aux enfants. Elle commence à faire du porte-à-porte pour convaincre les parents de la justesse de sa démarche. En dépit de ses efforts, seulement six enfants répondent à l?appel. Pas découragée pour autant, elle reprend son bâton de pèlerin et redouble d?efforts.

« L?association s?est intéressée aux enfants quand, lors des répétitions de nos musiciens, ces derniers ont remarqué la présence régulière d?un petit garçon surnommé Bioman. Issu d?une famille à problèmes, il était souvent livré à lui-même. Nous avons voulu alors en savoir plus sur le sort des enfants, en faisant des visites et des enquêtes. Aujourd?hui, ils sont 107. Grâce à divers ateliers de poésie, de dessin et de musique, ceux-ci réapprennent à rire, bref à être des enfants. Ils ratent rarement les rencontres et les répétitions », confie Marousia Bouvéry.

Le bonheur se lit d?ailleurs sur les visages de ceux que nous avons rencontrés cette semaine. Quel métier rêvent-ils de faire un jour ? À peine avons-nous posé cette question que plusieurs petites voix répondent en ch?ur : « chanteurs ! ». Seule une petite fille répond timidement qu?elle souhaiterait devenir médecin. C?est Aurélie. « Un jour, un de mes camarades s?est blessé au genou et c?est moi qui l?ai soigné. Je lui ai fait un pansement et en quelques jours, il a guéri. Je me suis dit que je pourrais peut-être faire un bon médecin. » Ses autres copines pensent-elles qu?elles vont réaliser leur rêve de devenir chanteuses ?

« Mais de quel rêve, parlez-vous ? Nous l?avons déjà réalisé car nous sommes déjà des chanteuses ! », s?écrie Myabelle encouragée par ses amies sous les éclats de rire d?Alain Muneean, de Marousia Bouvéry, d?Ahmad Tallybally et de Clifford Dahoo, les animateurs du groupe ABAIM.

Ce qui est sûr, c?est que ces enfants, qui se gargarisent des chansons d?Eminem, de Mariah Carey, de Jennifer Lopez, et de Lara Fabian, n?ont, à l?exemple de leurs stars préférées, plus peur du public. Ils sont à l?aise sur scène, sont plus ouverts aux autres et utilisent leurs succès comme tremplin pour s?améliorer. Leur but : éliminer complètement la drogue et toute forme de violence de leur quartier.

Qui dit succès, dit aussi argent. Comment le groupe utilise-t-il les recettes provenant de la vente des cassettes et des CD et comment gère-t-il cette réussite ?

« D?abord, le succès va plus loin qu?une simple question d?argent, car on ne réalise pas l?ampleur du travail accompli par ces enfants depuis plusieurs années. Il faut préciser que toutes les réussites du groupe, qu?elles soient populaires ou financières, sont gérées par le groupe. Demain, les animateurs ne seront peut-être plus les mêmes, mais le groupe sera toujours là. Avec ABAIM, il n?est jamais question d?individualité mais d?esprit d?équipe. Cela dit, les recettes obtenues après le succès de Ti Marmit, et l?argent obtenu grâce au National Unity Award ont été réinvesties dans des projets tels que l?aide alimentaire et le Saturday Care. Une partie de cet argent est investie dans le projet Tizan ar so 8 frer », explique Alain Muneean, le directeur d?ABAIM.

Entre-temps, les enfants rêvent qu?un jour une de leurs chansons devienne disque de l?année. Aux mauvaises langues, envieuses de leur succès, qui prétendent que les enfants sont « exploités », Alain Muneean répond : « Nous ?uvrons tous pour le bien du groupe et les enfants en bénéficient à travers les projets. Ce que nous avons partagé et reçu ne peut pas être mesuré en terme de roupies. Il y a encore beaucoup de travail à faire et ceux qui veulent aider sont les bienvenus. Nous ?uvrons en toute transparence. Que ceux qui s?interrogent sur nos activités et nos finances se fassent connaître et nous permettent de leur donner les réponses au lieu de colporter des rumeurs qui risquent de faire du mal au travail accompli par ces enfants ! » Quant aux « pirates » qui n?attendent que le moment pour exploiter le deuxième album d?ABAIM de manière illégale, ils devraient d?abord penser aux heures d?efforts que ces enfants ont fourni pour réaliser cet opus.

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