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Des ex-détenus à risque
Un risque additionnel de prolifération du virus du sida plane sur la société. La source du danger : les ex-détenus séropositifs. Ceux qui sont libérés, sont au nombre de treize depuis le 30 octobre, selon un chiffre avancé par le Premier ministre mardi à l?Assemblée. « Nous avons la compétence pour encadrer les détenus séropositifs à leur sortie de prison. Mais comme nous n?assurons pas une présence continue dans les centres de détention, les chances d?établir un contact avec les détenus séropositifs à leur sortie sont minimes, voire inexistantes. D?ailleurs, aucun ex-détenu séropositif ne figure sur la liste de personnes à qui nous offrons notre aide. Nos tentatives pour avoir une présence continue à la prison ont été vaines. Il est peu probable qu?un détenu contaminé soit disposé à en parler à son entourage immédiat s?il n?a pas été préalablement préparé à gérer de manière responsable son état de santé », soutient Juliette François. Cette dernière est la directrice de l?association PILS, qui a entamé depuis longtemps un programme de prévention et de lutte contre le sida.
Un nouveau test de dépistage du virus
Pour Lindsay Morvan, président de la NATRESA, une agence chargée du traitement et de la réhabilitation des toxicomanes, l?absence de suivi de l?état de santé des ex-détenus séropositifs est un véritable danger pour la société. « Le risque est d?autant plus grand qu?un porteur du virus du sida n?a aucune obligation de déclarer son état de santé. Il n?est pas interdit de croire qu?à leur sortie de prison, rares sont les détenus qui révéleront leur situation à leur épouse. Ce problème nous préoccupe. Il sera d?ailleurs abordé dans un rapport qui sera bientôt remis au gouvernement. L?utilisation d?une même seringue par différentes personnes est aussi un des facteurs susceptibles d?augmenter la prolifération du sida. Je me demande si, en raison de ces risques, la distribution de seringues propres aux drogués ne devrait pas être envisagée non pas comme une incitation à la toxicomanie, mais comme un moindre mal. »
Un test de dépistage du virus du sida a révélé que sur 1 763 prisonniers, 102 ont été trouvés positifs. Ce n?est que la partie visible de l?iceberg si on tient compte du fait que la population carcérale avoisine les 2 300 détenus.
Depuis le 2 septembre, un nouveau système de dépistage du virus du sida, le Rapid Blood Testing System, a été introduit à la prison. Ce test de dépistage a l?avantage d?être réalisé à partir d?une goutte de sang. Il est plus rapide que la méthode utilisée jusqu?ici car celle-ci permettait de détecter seulement quatre cas par mois. En revanche, grâce au Rapid Blood Testing System, 57 porteurs du virus du sida ont pu être identifiés.
L?heure n?est plus aux discours
Du côté du ministère, on prend la pleine mesure de cette situation. D?ailleurs, mardi à l?Assemblée nationale, le ministre de la Santé, Ashock Jugnauth, a fait de ce problème une question d?intérêt national. Il a indiqué que le ministère est sans nouvelles de 90 porteurs du virus HIV. Les tentatives pour les retrouver sont restées vaines.
Le risque que ce chiffre augmente n?est pas à écarter. Ainsi, l?Aids Unit a répertorié 617 personnes séropositives, 522 Mauriciens et 95 étrangers. De plus, près d?une centaine de Mauriciens sont morts du sida. Un peu plus de soixante personnes sont actuellement affectées par la maladie et elles reçoivent les soins appropriés. Parmi les séropositifs étrangers, seulement quatre ont développé la maladie.
L?heure n?est sans doute plus aux discours et aux constats. Il faut agir à l?une des sources du problème : un détenu séropositif fraîchement libéré et que l?on laisse sans aucun suivi ou encadrement.
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