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La politique de l?avenir

8 novembre 2003, 20:00

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L?élection partielle au n° 7 est venue remettre à l?agenda de manière aiguë le mal profond dont souffre la politique mauricienne. À savoir le dangereux déséquilibre entre deux dimensions de la politique, soit l?activité pour conquérir et se maintenir au pouvoir, et l?art de gérer la cité dans l?intérêt de l?ensemble. Ce déséquilibre au profit de la dimension électoraliste est responsable du retard d?une décennie pris pour s?attaquer aux sérieux problèmes de la transition socio-économique. Pour assurer l?avenir, il faut ?uvrer dans le sens d?un rééquilibrage entre ces deux dimensions de la politique.

La politique, est-il besoin de rappeler, c?est l?avenir d?un pays, la qualité du développement nécessaire pour satisfaire les besoins et aspirations de la population actuelle et des générations futures. La politique au sens noble du terme est un art difficile, et ceux qui s?engagent pour assumer de si lourdes responsabilités doivent avoir un minimum de savoir-faire et de savoir-être tant « professionnel » que personnel. Il y va de la qualité d?une démocratie et du développement, d?autant plus que la sphère politique dans toutes les sociétés du monde subit la globalisation.

La globalisation se caractérise par une redistribution des cartes dans le jeu des pouvoirs : le champ et la marge de man?uvre des acteurs politiques dans le processus décisionnel se rétrécissent au profit de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Avec pour conséquence un changement en profondeur du contenu, du sens et de la finalité de la politique. Au c?ur de ce changement-dérive, on retrouve la place qu?a prise l?argent, ou plus précisément l?argent facile, dans la société, et les pratiques associées de fraude et de corruption. Le désengagement de l?État, qui réduit les opportunités pour entretenir le clientélisme politique, participe à la réduction du pouvoir des politiques.

Tout ceci contribue à une triple crise du politique ? crise de gouvernabilité, de légitimité et de crédibilité. C?est un problème structurel de fond. La tentation est grande pour les hommes politiques de nier ces nouvelles donnes. Ils préfèrent adopter une posture les confortant à l?idée qu?ils ont toujours le même pouvoir. D?où l?importance grandissante d?attitudes et de pratiques tels la tentation dirigiste, la manipulation démagogique, les boucs émissaires, la fuite en avant avec des effets d?annonce, et les « deals ». De telles pratiques, si elles confortent l?ego des politiques, ne servent pas l?intérêt général. Ceux qui les pratiquent font définitivement partie du problème et non de la solution.

Il est certain que l?avenir passe par une refonte de la politique. Cette refonte devrait s?opérer à trois niveaux. D?abord, chez les protagonistes pour tout ce qui concerne le contenu concret du débat touchant aux véritables enjeux d?un projet de société. Ensuite, dans les rapports entre les politiques et les acteurs du développement ? secteur privé, syndicats, ONG et société civile ? dans le cadre d?une démocratie « dialoguale » authentique qui fait sienne la légitimité de la critique. Enfin, dans le fonctionnement des entités relevant directement et indirectement de l?État. Ces entités doivent être les bons élèves des leçons que l?État professe en matière de bonne gouvernance, d?ouverture et du respect de la méritocratie dans le recrutement, la promotion et les nominations à des postes stratégiques.

Le triste et piteux spectacle entourant la candidature de l?alliance MSM-MMM est une indication qu?on ne peut encore s?attendre à ce que cette refonte vienne des politiques. Et ce ne sont pas des propos du genre : « Je possède le gène politique », « Le vote des musulmans sera déterminant au n° 7 », « Je peux être ministre de l?Agriculture parce que mon grand-père et mon père étaient planteurs », et encore moins le slogan « On va doubler le PNB dans dix ans », qui peuvent nous assurer que l?avenir du pays est entre de bonnes mains. Heureusement que tous nos politiques ne sont pas aussi creux.

La politique est trop importante pour la laisser aux seuls politiques. Les autres acteurs du développement ont un devoir et une responsabilité dans le processus vital de rééquilibrage. La politique de l?avenir ne sera possible que lorsque les politiciens auront retrouvé le sens de l?engagement politique : servir et non se servir.

De Malenn OODIAH

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