Publicité
L?inimaginable transfert de Calypso
Le Curepipe Starlight (CSSC) veut se donner les moyens de devenir la plus grande équipe cycliste du pays. Louable initiative en soi. Le seul problème, c?est que le club curepipien fait parfois de la surenchère pour atteindre son objectif. Et c?est précisément là où ça ne fait pas joli joli.
Dernier épisode en date : le CSSC, par l?entremise de Colin Mayer, a fait un pont d?or à Yolain Calypso pour qu?il abandonne son club familial de toujours, l?Équipe régionale de Port-Louis(ERPL). Ce club a été fondé par son père, Mathieu Calypso, et sa tante, Catherine Victoire. Club auquel il est de surcroît profondément attaché.
Le problème, c?est que la proposition du CSSC ne se refuse pas : ?Colin m?a dit que le club allait se professionnaliser, que les coureurs seraient rémunérés tous les mois, qu?ils obtiendraient des primes de course en cas de victoire, qu?ils participeraient à plusieurs courses à la Réunion et aux Seychelles. On m?a aussi proposé une nouvelle bicyclette?, explique Yolain Calypso.
Par ailleurs, moyennant toutefois que Calypso dispute la saison 2004 sous ses couleurs, le CSSC a également suggéré de le mettre en contact avec Jean-René Bernaudeau, directeur sportif de Brioche-la-Boulangère et de Vendée U, en vue d?un éventuel départ pour la France l?année suivante. Lors de son récent séjour à Maurice, ce dernier, pour rappel, avait évoqué la possibilité qu?il prenne en charge la carrière d?un jeune Mauricien.
?C?est principalement cette perspective d?aller en France qui intéresse mon fils. Ce genre d?opportunité ne se présente pas souvent. Je suis donc obligé de rester ouvert à la proposition du CSSC?, justifie Mathieu Calypso, un cran dépité d?avoir à perdre son fils.
En clair, en vue d?étoffer davantage un effectif déjà bien au-dessus du lot, le CSSC n?hésite pas à déployer les très grands moyens, histoire de bien faire voir sa supériorité en termes de moyens. Des cinquante et quelque coureurs qui composent le peloton mauricien, s?il y a bien quelques éléments qui étaient jusque-là considérés comme intransférables, ce sont bien les trois frères Calypso et les deux frères Lincoln. Quand on porte les couleurs du club cher à papa, on ne déménage pas.
Mais la proposition faite par le CSSC à Yolain Calypso est tellement alléchante que le jeune chef de file de l?ERPL est obligé de la considérer, tant bien même qu?il risque fort, en ce faisant, de blesser son entourage. Déjà, il faut savoir que les équipements dont dispose Calypso ne sont pas conformes à son énorme potentiel. Il suffit de voir la bicyclette qu?il utilise en course ? une Sun moyen de gamme estimée à moins de Rs 20 000 ? pour s?en rendre compte. Cela ne l?a toutefois pas empêché de remporter, la saison dernière, la seconde étape de la Dry Cleaning Cup et de terminer deuxième du Circuit du Port-Franc.
Le Curepipe Starlight a été particulièrement actif sur le marché des transferts ces dernières années. Plusieurs coureurs, et non des moindres, sont venus renforcer son effectif : Mike Chong Ching, Dominique Lebon, Dominique Zaïre, Philippe Colin, Stéphano Olivier, Nicolas Luchmun, Michou Bhageea, Wesley Manoovello pour ne citer que quelques exemples. Et même si certains parmi ceux-là ont déjà raccroché ou sont allés tenter l?aventure ailleurs, il est clair que ce recrutement massif a porté un énorme préjudice à quelques clubs. L?Équipe cycliste de Quatre-Bornes, qui avait perdu quatre coureurs d?un trait il y a deux ans, fut même obligée de fermer ses portes.
Saignée à blanc
Si le CSSC recrute Calypso, l?ERPL sera en sérieuse difficulté. Calypso, c?est l?âme, le moteur de l?équipe. Il symbolise ce que ce club sait faire de mieux : la formation. En 1996 déjà, alors qu?elle aurait dû commencer à profiter de sa politique de pépinière, elle fut saignée à blanc par le VC Pamplemousses. Les Nordistes, on s?en souvient, avaient recruté tour à tour les trois meilleurs produits de l?école portlouisienne : Mike Chong Chin, Pedro Labonne, Emmanuel Joly.
Il n?est pas dit que l?ERPL survivra cette fois au départ de son fils prodige, cela d?autant plus que Jean-Robert François, l?autre cadre de l?équipe, est annoncé ailleurs. Qui plus est, la mairie de Port-Louis et SAS Cycle, les deux généreux commanditaires de l?ERPL, verraient d?un très mauvais ?il cette transaction.
Pour l?instant, rien n?est acquis. ?Il est même très peu probable que ce transfert se concrétise vu que les principaux dirigeants de l?ERPL y sont totalement opposés?, résume Mathieu Calypso.
Quant à Yolain Calypso, il a du mal à s?imaginer sous des couleurs autres que le jaune et bleu de l?ERPL. ?Ça va me faire vraiment tout drôle?, concède-t-il. ?Ce club, c?est ma raison de vivre, il appartient à ma famille. Et puis, je suis un symbole pour les autres jeunes de l?équipe. Donc, je ne crois pas que je pourrais tourner le dos à tout ce beau monde.?
Espérons pour le cyclisme que Yolain Calypso s?en tienne à cette réflexion.
Publicité
Publicité
Les plus récents