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Madagascar redresse la barre
Réformer l?administration, lutter contre la corruption, se doter d?infrastructures de communication viables et revoir le cadre légal pour favoriser l?investissement. Tels sont les objectifs que s?est fixés Madagascar pour se relever de la terrible crise politique qui l?a engluée dans un marasme économique. A bien des égards, les réformes entamées à Maurice peuvent servir d?exemple à l?île voisine.
A la tête d?une délégation, le mi-nistre malgache de l?Economie, des finances et du budget, Benjamin Andriampararany, est ainsi venu s?enquérir cette semaine des moyens utilisés par Maurice pour revoir l?administration fiscale, celle de la douane, pour lutter contre la corruption, renforcer la sécurité portuaire et aéroportuaire et développer les infrastructures, entre autres.
Par cette visite, le nouveau gouvernement malgache confirme sa volonté d?engager d?importantes réformes. Une volonté déjà saluée par Bretton Woods, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ces institutions internationales ont exprimé, en particulier, leur appréciation de la stabilité monétaire retrouvée et de la discipline fiscale.
L?un des points significatifs de la petite révolution qui se joue à Madagascar est l?amendement légal visant à permettre aux investisseurs étrangers d?acheter des terres, sujet politiquement très sensible en raison de l?histoire coloniale de l?île. ?Il y a quelques années à peine, aucun gouvernement n?aurait tenu plus de deux minutes s?il avait osé aborder cette possibilité?, témoigne l?ambassadeur malgache à Maurice, Bruno Ranarivelo. Jusqu?ici, les investisseurs étrangers ne pouvaient qu?obtenir un bail de cent ans après avoir effectué un parcours de combattant dans le labyrinthe administratif malgache.
Cependant, la mise en application de la nouvelle loi sur le foncier ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra au préalable une refonte du cadastre. En outre, les projets d?investissement seront analysés de près et au cas par cas avant tout octroi de terres. Il a déjà été établi qu?aucune acquisition ne sera possible pour des projets agricoles.
La valeur ajoutée de ce type de projet est jugée trop faible pour que les autorités se séparent d?une partie du patrimoine malgache.
350 produits détaxés
L?autre importante initiative est l?abolition des taxes sur près de 350 produits depuis le 1er septembre ? taxe sur la valeur ajoutée, droits d?accise, droits de douane, redevance statistique. En détaxant les équipements pour l?industrie, l?hôtellerie et le transport, les autorités visent d?abord à relancer l?investissement. En détaxant l?électroménager, par exemple, elles cherchent à faire plaisir à la population ? même si le pouvoir d?achat de la grande majorité des Malgaches reste faible ? et doper la consommation pour dynamiser l?activité économique. Vendu très cher à Madagascar, l?électroménager attire fraudeurs et contrebandiers, indique Vola Razafindramiandra, conseiller économique de l?ambassade et ancien directeur général des douanes. Avec l?abolition des taxes, les prix devraient baisser par 30% environ.
Madagascar compte investir massivement dans les infrastructures de transport et de communication. Elle a obtenu une enveloppe de $ 500 millions des bailleurs de fonds pour construire 4 000 kilomètres de routes en deux ans. L?objectif est de relier les six chefs-lieux de province à la capitale. Des travaux tellement importants que le constructeur Colas a dû transférer véhicules et équipements de toute la région à Madagascar. Outre ces 4 000 kilomètres de routes, une rocade sera construite autour de Tananarive pour améliorer la circulation qui est un véritable cauchemar dans la capitale malgache.
Le réseau ferroviaire sera également réhabilité entre la capitale et le port de Tamatave. Cela devrait aider à réduire les coûts du transport par route qui sont très élevés, se plaignent les industriels mauriciens installés à Madagascar. Le transport par camion est même plus cher qu?en Europe, déplore l?un d?eux. Le chemin de fer sera également rétabli entre la capitale et le haut plateau, qui est le grenier à riz de Madagascar. Cela devrait aider au décollage de cette région rizicole et assurer un meilleur approvisionnement en riz.
Cette région dispose également d?un gisement de chromite dont l?exploitation a été entravée par l?arrêt de la circulation ferroviaire. Non seulement l?acheminement de ce minerai par route est coûteux mais il endommage le réseau routier. Avec la réhabilitation du train, l?extraction pourra reprendre à un rythme plus économique.
Il est clair, au vu de ces initiatives, que le gouvernement malgache ne s?épargne aucun effort pour relancer l?économie de ce pays. Comment alors expliquer que les industriels mauriciens ne se soient pas précipités à Madagascar après la fin de la crise ? Quand on a perdu près de Rs 1 milliard, le dicton ?chat échaudé craint l?eau froide? prend toute sa pertinence...
La Compagnie mauricienne de Textile (CMT), a en effet définitivement mis une croix sur la Grande île. Floréal Knitwear, du groupe Ciel Textile, a repris ses activités mais très timidement. Entreprise mauricienne la plus égratignée par la crise, Floréal ne compte plus qu?une seule usine en opération ? contre six au départ ? et emploie 800 personnes environ. Il lui faut suffisamment de commandes avec de longs délais de livraison pour accroître la capacité de production à Madagascar. Ce n?est pas le cas pour le moment. Enfin, Tropic Knits, autre compagnie du groupe, envi-sage d?y retourner mais vers le milieu de l?année prochaine.
En fait, l?environnement s?est légèrement dégradé à Madagascar pour les industriels du textile-habillement. L?appréciation du franc malgache rogne la compétitivité des vêtements qui y sont produits. Avec la compétition mondiale, toute hausse des coûts, même minime, est un désavantage.
?Le moment de concrétiser?
La zone franche malgache est loin d?avoir retrouvé son niveau d?avant la crise. En raison des fermetures d?usine, le chômage est en hausse dans la capitale et les régions avoisinantes. Le ralentissement économique en Europe et aux Etats-Unis ne favorise pas une rapide reprise de la filière textile-habillement. De plus, plusieurs pays africains de la région ont profité de la crise pour capter investisseurs et acheteurs.
Bruno Ranarivelo pense qu?il ne faut pas penser qu?à la zone franche même s?il reconnaît que c?est un secteur sur lequel étaient fondés tous les espoirs car il était en plein essor. L?important est de créer un environnement propice pour attirer des investissements dans tous les secteurs indistinctement plutôt que dans un seul en particulier.
?Les autorités auraient pu choisir d?accorder priorité à la relance de ce secteur en particulier, explique l?ambassadeur, mais nous avons préféré nous attaquer à l?ensemble des maux de l?économie. Il fallait commencer par mettre de l?ordre dans l?administration, éliminer la bureaucratie, lutter contre la corruption et changer les mentalités après plus de dix ans de socialisme.?
La délégation malgache est repartie avec des idées mais aussi des contacts établis, entre gouvernements et entre secteurs privés. Ses liens devraient se raffermir à travers l?exploration de toutes les avenues de développement et d?investissement : finances, pêche, agroalimentaire, tourisme et industrie minière, entre autres. Le comité de suivi se réunira à Maurice avant la mi-décembre pour continuer les discussions sur la coopération et l?intégration économique.
Avant l?échange d?idées de cette semaine, la coopération Maurice-Malgache, il faut le rappeler, avait pris une forme matérielle : Maurice a octroyé une ligne de crédit de $ 300 millions qui ont permis la réhabilitation de quatre sucreries. A ce financement s?est ajouté le savoir-faire des entreprises mauriciennes.
La reconstruction de Madagascar est en marche. ?Les décisions qui doivent être prises sont prises. Ce n?est pas une mince affaire de remettre un si grand pays sur les rails, commente Bruno Ranarivelo. Cela fait trop longtemps que l?on dit que ce pays a un grand potentiel. Il est temps de concrétiser.? Maurice ne peut que souhaiter voir les fruits de ces efforts.
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