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Affaire rue Gorah-Issac : le DDP raye l?accusation contre Cehl Meeah 3
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Affaire rue Gorah-Issac : le DDP raye l?accusation contre Cehl Meeah 3
<B>Rappel</B>
<B>Une sombre histoire</B>
Le 26 octobre 1996, trois hommes meurent à la rue Gorah-Issac, à Plaine-Verte, Port Louis, tués à coup de balles par des adversaires politiques présumés. Le drame se déroule sur fond d??élections municipales?. Sept ans plus tard presque jour pour jour, Cehl Meeah, celui qui a été présenté à l?opinion comme le commanditaire du crime, est lavé de tout blâme.
L?affaire réunit des ingrédients explosifs : l?argent et le fanatisme religieux et politicien. Elle se fonde sur la lutte pour le contrôle de la région de Plaine-Verte?Vallée-Pitot, bastion musulman. Elle met aussi à nu le règne de la terreur perpétré par ?l?escadron de la mort? durant les années précédant le drame.
L?histoire du triple meurtre de la rue Gorah-Issac pourrait être écrite en trois tomes. Le drame lui-même, la fermeture du dossier après une enquête infructueuse et, finalement, l?arrestation de Khadafi Oozeer et tout ce qui succède.
<B>Le crime</B>
Babal Joomun, Zulfikar Bheeky et Yousouf Moorad rencontrent leur destin à l?aube du 26 octobre 1996. Dans quelques heures, les Portlouisiens vont voter. Les victimes sont toutes des activistes de l?alliance Parti travailliste?Mouvement militant mauricien (PTr-MMM). Ils font campagne contre le Hizbullah, le parti de Cehl Meeah et de Shakeel Mohamed.
Vers minuit et demi, une bagarre éclate entre agents du PTr?MMM et du Hizbullah. Une heure après, un couple d?amoureux se fait voler son 4X4 rouge à Flic-en-Flac. Vers 2 heures du matin, la police annule sa patrouille de la rue Gorah-Issac. Au même moment, un autre chapitre de l?histoire s?écrit à la rue Madras chez Cehl Meeah.
Selon Toorab Bissessur, un participant de la fusillade, ?l?escadron? aurait discuté de la mission Gorah-Issac avec Cehl Meeah. Bahim Coco lui aurait fait état d?un faux pas commis à Flic-en-Flac lors du vol de véhicule. On a laissé des témoins.
Au même moment passe le cortège de Babal Joomun. Cehl Meeah aurait ordonné à Bahim Coco de dire ses prières et de tuer celui-ci. Liyakkhat Polin, aussi membre de ?l?escadron?, confirmera en cour l?histoire de Bissessur à l?exception de la conversation avec Meeah.
A 3 heures du matin, les habitants de la rue Gorah-Issac sont réveillés par des coups de feu tirés sur trois véhicules dans un tournant à hauteur de l?école Diego-Garcia. Deux des quatre occupants du premier véhicule meurent sur le coup : Abdal Joomun, dit Babal, et Zulfikar Bheeky. Blessé, Yousouf Moorad est entre la vie et la mort.
Les agresseurs circulent à bord d?un 4x4 rouge, le même que celui volé. Quatre types de balles sont utilisés lors de la fusillade. Dix minutes plus tard, Raffick Goolfee, membre du MMM, consigne une déposition à la police. Il est un des premiers à arriver sur les lieux du drame. Raj Dayal, le commissaire de police d?alors n?étant pas au pays, il s?entretient avec son adjoint, Premduth Gooljar qui fait l?intérim.
La radio nationale rapporte les nouvelles de cette horreur à 6 h 30. Les politiques réagissent. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, promet la traque des coupables. Paul Bérenger, alors vice-Premier ministre, attribue la responsabilité du drame au Hizbullah.
A la morgue de l?hôpital Jeetoo, des proches des deux victimes enfoncent la porte et s?approprient des cadavres. Les obsèques ont lieu le même jour. Les Mauriciens sont nombreux à y assister. Les élections dans les Wards 3, 4 et 5 de Port-Louis sont repoussées de trois semaines.
<B>L?enquête</B>
Le véhicule des tueurs est repéré à Pailles à l?aube, mais ne livre aucun indice. Deux jours plus tard, la police évoque pour la première fois un lien entre le crime de la rue Gorah-Issac et le meurtre du bookmaker Mio, tué cinq mois plus tôt à Beau-Bassin. D?autres meurtres commis par des hommes masqués à bord de 4X4 viennent à l?esprit. Comme celui de Reshad Aubdool ou de Jeekeeria Barkatally.
La reconstitution des faits a lieu le 29 octobre. Sir Anerood Jugnauth tient les gouvernants pour responsable du drame. Il réclame une commission d?enquête élargie. Les premières arrestations ont lieu cinq jours après le drame. Alam Bheewa et Raouf Khodabaccus, du Hizbullah, sont inculpés du meurtre de Jeekeeria Barkatally. Ils retrouvent leur liberté dix jours plus tard.
La pression des politiques se fait sentir. Cehl Meeah réclame l?intervention des détectives britanniques. Shakeel Mohamed, alors membre du MSM, parle de règlement de compte plutôt que de crime politique. Swaleha Joomun, veuve d?une des victimes, entame sa propre croisade. Et la police évoque des liens entre certains de ses officiers et le Hizbullah.
Le 4 novembre, Yousouf Moorad, la troisième victime, succombe à ses blessures. Trois jours plus tard, les corps de Joomun et de Bheeky sont exhumés à fin d?examen. Une balle de fusil de chasse est extirpée du cadavre de ce dernier. La balle qui a tué Joomun est du type utilisé par la police, mais elle demeure introuvable.
Deux fusils de chasse sont retrouvés chez Rafick Chataroo, mais celui-ci a un permis de port d?armes et de chasse. Bérenger, qui affirme connaître les assassins, ne donne aucun indice. Cehl Meeah jure son innocence en public. Dans un meeting, il allègue que le vol du 4X4 a été orchestré par des gros bras d?un parti au pouvoir.
Le 16 novembre, la police arrête Hateem Oozeer, employé par le Hizbullah au centre de Mont-Blanc. Pris à l?aéroport alors qu?il s?apprête à partir pour Madagascar, il est accusé de meurtre. Il est relâché peu après, tout comme quatre autres membres du Hizbullah. S?ensuit l?arrestation de Bahim Sheriff, dit Coco, le 23 novembre. La police se base sur la dénonciation des rescapés de la fusillade. Il nie les accusations d?assassinat portées contre lui. Il est relâché dix jours plus tard après avoir fourni une caution de Rs 50 000. Le schéma se répète plus tard avec l?arrestation de Chota Bhageloo. En juillet 1997, Bahim Coco, Reeaz Jamalddin, Azad Nandoo, Noorani Boodhoo et Liyakkat Polin braquent la State Bank de Mesnil. Ils tuent le vigile et emportent Rs 1.5 million.
Le 19 septembre 1997 démarre l?audition des témoins dans le cadre de l?enquête préliminaire sur le triple meurtre de la rue Gorah- Issac. Swaleha Joomun, veuve d?une victime, verse de précieux éléments à l?enquête. L?année suivante, Bahim Coco, Chotoo Moondoos (Fareed Damree) et Chota Bhageloo sont inculpés et déférés aux assises. Le Hizbullah organise une manifestation de solidarité. En février 1999, la poursuite abandonne les charges. Les témoins dans l?affaire craignent pour leur vie.
<B>Rebondissement</B>
Entre septembre 1999 et novembre 2000, il ne se passe rien. L?affaire semble être vouée aux oubliettes. Puis le 22 novembre, juste après les élections de 2000, Khadafi Oozeer est arrêté chez lui pour possession d?armes à feu.
Peu avant les élections, le MMM avait sorti un rapport du service de renseignement de la police, datant de 1996, qui évoquait l?existence d?un ?escadron de la mort?. Cela laisse présager un rebondissement. Entre-temps, le casino de l?Amicale a été incendié et la State Bank de Belle-Mare braquée.
Activiste du Mouvement civique national, Kadhafi Oozeer est proche de certains du Hizbullah. Lors de son arrestation, il laisse entendre que des armes saisies chez lui ont servi lors de l?attentat de la rue Gorah-Issac. Il finit par donner les noms de personnes mêlées de près, selon lui, aux activités de ?l?escadron?.
Oozeer dresse le palmarès des délits commis : l?attentat au campement de Jacques Wiéhé à Poste-Lafayette, le meurtre du bookmaker, le vol de l?arme d?un policier de Coromandel... D?après lui,, Rajesh Bhagwan et Raffick Goolfee étaient les véritables cibles de la rue Gorah Issac.
Le 3 décembre 2000, Toorab Bissessur, tenu pour avoir participé à plusieurs coups de ?l?escadron?, est arrêté. Il désigne Meeah comme le commanditaire du triple meurtre. Un avis de recherche est lancé contre ce dernier. Meeah se rend le lundi 4 décembre 2000. Interrogé, il garde le silence. On le confronte à Bissessur. Une altercation entre eux s?ensuit et des coups sont même échangés.
Meeah se plaint de brutalité policière. Il est admis à l?hôpital. Une enquête est ordonnée. Ses sympathisants saisissent la commission pour les droits de l?homme. Entre-temps, Asif Polin est arrêté à Chemin-Grenier. Six autres suspects sont recherchés : Bahim Coco, Azad Nandoo, Reaz Jamalddin, Afzal Chummu alias Dilait Caillé, Noorani Boodhoo et Hateem Oozeer.
Des opérations menées à Plaine-Magnien, Brisée-Verdière et Camp-Levieux ne donnent rien. Les têtes des suspects sont mises à prix. Afzal Chummun est arrêté le 16 décembre 2000 à La Vigie. Nandoo, Jamalddin et Boodhoo sont retrouvés morts à Bermanique. L?autopsie confirme leur suicide par cyanure.
Chummun est inculpé pour l?attentat de Poste-Lafayette et le braquage de Belle-Mare. A son tour, il incrimine Meeah dans le braquage. En cour, Meeah nie toutes les allégations faites contre lui , arguant qu?il dormait la nuit du triple meurtre.
Bahim Coco et Hateem Oozeer sont toujours en cavale. Six jours plus tard, Coco est retrouvé dans un campement à Albion. Il a ingurgité du cyanure. En route pour l?hôpital, il rend l?âme. Tôt le lendemain matin, Hateem Oozeer se fait prendre vivant près de l?université de Réduit. Il devient témoin de l?Etat. Il avoue être le chauffeur de ?l?escadron? la nuit du triple attentat. Il confirme les instructions données à Bahim Coco, mais déclare ne pas savoir de qui elles venaient. Une nouvelle enquête préliminaire démarre le 26 novembre 2001 sous la présidence du Senior Magistrate Luchmyparsad Aujayeb qui siège au tribunal de 2e division de Port-Louis. A l?issue de l?enquête, l?affaire est déférée aux Assisses.
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