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Aidons Henri Souchon à sauver la doyenne de nos églises (II)
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Aidons Henri Souchon à sauver la doyenne de nos églises (II)
Nous avons laissé, lundi dernier, les responsables de l?église de Pamplemousses, convoqués, quasiment ?manu militari?, à une réunion du conseil de fabrique, une des premières sinon des plus décisives. Le 11 avril 1827, se réunissent au presbytère, le curé Colyar, le président Millien, le secrétaire A. Rivière, le commandant-adjoint Aubry, son homologue de Rivière-du-Rempart, Fleurant, et MM. Pilliet et Staub. A l?agenda : la décoration intérieure du lieu de culte. On décide d?acheter pour 550 piastres, à M. Le Maire (Lisis ?), deux beaux tableaux : un Christ et un François d?Assise, le saint patron des lieux. Au peintre Chapon, on achète, pour 250 piastres, une Vierge Marie.
Glissons sur un conflit totalement obsolète car concernant la préséance et les bancs réservés et opposant marguilliers (membres du conseil de fabrique) et commandants de quartiers (l?équivalent d?un obscur député backbencher de circonscription), pour donner davantage d?importance à l?achat d?un autre tableau de Le Maire : Les Quatre Pères de l?Eglise.
On n?est jamais mieux servi que par soi-même. Les bancs de l?église ne conviennent guère à MM. Adrien d?Epinay et Gimel. Ils décident, en 1837 et en 1840, de construire et d?installer dans l?église et à leurs frais, deux grands bancs soigneusement sculptés.
La population du quartier augmente sans cesse. Elle finit par remplir tout l?édifice. C?est l?âge d?or de la localité comme de la paroisse. Peu de quartiers sont alors de taille à rivaliser avec Pamplemousses.
Un deuil napoléonien pourtant attriste la communauté. Le 2 novembre 1833, elle accorde des funérailles solennelles à Mgr Antoine Buonavita, chevalier d?un ordre sacré pontifical, protonotaire apostolique et aumônier de l?empereur de Napoléon à Sainte-Hélène. Il est né à Pietralba, en Corse, au début de 1752. Licencié de l?université de Pise, il est ordonné prêtre le 20 décembre 1777. Il est tour à tour aumônier de la marine espagnole, curé de Sainte-Magdeleine de Yecepixtla, Mexico, où il exerce le ministère sacerdotal de 1788 à 1808. En route pour sa Corse natale où il compte se reposer, une attaque d?apoplexie le retient deux ans à Philadelphie, Etats-Unis. De retour en Europe en 1811, il se place dans l?orbite bonapartiste (Amédée Nagapen dixit in L?Eglise à Maurice 1810-1841) et se met au service de Joseph Bonaparte, alors assis sur le trône des rois d?Espagne à Madrid. Il accompagne Napoléon pendant son exil à l?île d?Elbe, en qualité de chapelain de Laetitia, la mère de Napoléon, celle qui répétait inlassablement ?pourvu que ça dure? quand on lui parlait de l?épopée de son fils. Il suit de loin le retour triomphal, de l?Aigle impérial qui vole de clocher en clocher jusqu?à Notre Dame de Paris.
Accompagnant toujours Madame Mère Laetitia, Buonavita arrive à Paris à la veille de? Waterloo. Prévoyant l?exil de Napoléon dans la perfide Albion, Madame Mère Laetitia l?envoie en éclaireur à Londres. C?est là qu?il a la douleur d?apprendre que Napoléon vogue, bien contre son gré, vers l?île de Sainte-Hélène. Napoléon, qui n?a plus que le Royaume des Cieux à conquérir (Amédée Nagapen dixit) réclame un aumônier. Madame Mère Laetitia et son demi-frère, le cardinal Fesch, lui envoient Antoine Buonavita, présentement chapelain, à Rome, de Pauline Borghèse, s?ur de l?empereur déchu. Par bonté d?âme, le pape Pie VII le promeut protonotaire apostolique, ?enne tiguitte pli piti qui évêque? et le nomme préfet apostolique de Sainte-Hélène, détachant du même coup cette île d?un vicariat apostolique de Port-Louis s?étendant de Sainte-Hélène à l?Australie. Excusez du peu !
Accueil glacial pour l?abbé Vignali
Le 25 décembre 1819, Mgr Buonavita et son assistant, l?abbé Vignali, débarquent à Jamestown, Sainte-Hélène. L?accueil est d?abord glacial. Napoléon s?attendait à mieux. Mais vite, il découvre les qualités du prélat et les confidences comme les faveurs se multiplient. Mais Buonavita est au bout du rouleau. Il doit rembarquer le 17 mars 1821. Napoléon meurt le 5 mai suivant. Le maréchal Bertrand remet à Mgr Buonavita divers objets ayant appartenu à Napoléon dont une montre en or, un écrin, un nécessaire de voyage, un gobelet en or, une théière, un sucrier, etc. Il se rend utile ici et là dans diverses villes italiennes. En juin 1828, il prend place à bord du Océan de Marseille pour la Réunion. Il y arrive le 13 novembre. Mais trois semaines plus tard, il embarque de nouveau à bord du Adolphe, capitaine Moreau, et arrive à Port-Louis le 10 décembre.
Son arrivée fait sensation : arrivée de l?aumônier de Napoléon huit mois après la visite houleuse et tumultueuse de son geôlier, Sir Hudson Lowe, du 28 avril au 1er mai 1828 (voir L?Express du lundi 23 juin 2003). Buonavita débarque à Port-Louis en pleine polémique opposant le vicaire apostolique, Mgr Slater, à plusieurs notables dont des marguilliers de la paroisse Saint-Louis. Son grand âge aidant, on s?empresse de voir en lui un envoyé du Saint-Siège venu s?enquérir de la situation au sein de la catholicité mauricienne.
En dépit de ses 75 ans, il offre ses services à Mgr Slater qui les accepte d?autant plus facilement que le manque de prêtres se fait sentir. Londres accepte de le rémunérer malgré l?auréole napoléonienne que les Mauriciens dressent sans cesse sur sa tête. On demande même à Lisis Le Maire de faire son portrait. Mais son état de santé finit par se délabrer. La Faculté recommande un changement d?air. Il s?installe aux Pamplemousses et s?en remet aux soins de Mlle Louise de Jacob. C?est chez elle qu?il décède le 2 novembre 1833, à minuit. Il est enterré au cimetière paroissial. Sa tombe sera, par la suite, décrétée monument historique. Le monument actuel date de 1896. Il s?agit d?une initiative du Comité des Souvenirs Historiques. Les objets, ayant appartenu à Napoléon et en sa possession au moment de son décès, seront vendus à l?encan le 12 mai 1836 par Me Isidore Jollivet, notaire. Le montant de la vente sera de 1 756 piastres. La montre d?or de Napoléon disparaîtra pendant l?incendie de La Chaussée du 3 avril 1895. Elle se trouvait dans les bureaux du notaire V. Geffroy.
Mais il est temps de regagner l?église Saint-François d?Assise qui continue de plus belle à s?embellir selon les usages de l?époque. A partir de 1840, les nouvelles acquisitions se multiplient. En 1841, un tableau de la collection Rustichelli, la Sainte Famille, remplace au coût de 460 piastres, un crucifix jugé trop petit. La même année, on achète à M. Baquet au Port-Louis une horloge pour 250 piastres. Le peintre mauricien Emile Michel offre, de Paris, de faire don à la paroisse d?un Saint François d?Assise de sa composition. Pour 500 piastres, il propose une autre de ses oeuvres : une Flagellation du Christ. Offre acceptée sur-le-champ. Le Saint François arrive le 29 septembre 1841 et l?année suivante la Flagellation que l?on place derrière l?autel. Le 6 février 1848, Mgr William Collier bénit le Chemin de Croix, don de M. Samouilhan.
On renonce, fort heureusement, à recouvrir de bitume le pavage en mauvais état. ?Les tailleurs de pierres interviennent de façon salutaire?, précise Clément Charoux. On modifie par contre l?emplacement et le système de location des bancs. Sans porte, ils sont loués à quinze piastres l?année. Avec porte, cadenas et clé, à 18 piastres. Les couloirs de gauche et de droite sont réservés aux locataires de bancs fermés à clé. Que ne fallait-il pas faire à l?époque pour avoir des sous pour financer l?embellissement d?un lieu de culte.
Aujourd?hui il suffit de faire un chèque à l?ordre de la Fabrique de Saint-François d?Assise, Pamplemousses, pour apporter sa quote-part à une rénovation historique, courageuse initiative de l?abbé Henri Souchon, Curé de l?Immaculée Conception Port-Louis.
En 1843, une grille est aménagée dans le mur de la façade du presbytère pour 900 piastres. On remplace aussi deux fenêtres par deux portes.
1852 est une date importante dans l?histoire de l?église Saint-François d?Assise. Elle ne peut plus contenir la foule des fidèles. Il faut l?agrandir. Nous le ferons lundi prochain.
(à suivre)
?Que ne fallait-il pas faire à l?époque pour avoir des sous pour financer l?embellissement d?un lieu de culte. Aujourd?hui il suffit de faire un chèque à l?ordre de la Fabrique de Saint-François d?Assise, Pamplemousses, pour apporter sa quote-part à une rénovation historique, courageuse initiative de l?abbé Henri Souchon, Curé de l?Immaculée Conception Port-Louis.?
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