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Le Trio Yung en autarcie
L?on peut voir sur un même plateau des soeurs comédiennes, Catherine Deneuve et Françoise Dorléac; ou les s?urs Goitshel, pianistes-concertistes. Au même registre de la chanson, les nombreux membres d?une même famille mobilisent les planches, tels les Jackson. De leurs piano, saxo, batterie et voix, les Raveson enflamment des salles. Mais, pas nécessairement dans une unité de temps et d?espace. Les dieux coréens auront été l?élégance du geste, qui ont donné souffle aux s?urs-concertistes, Jennie, Ellen, et Julie Jung. Pianiste, violoniste, et violoncelliste, elles sont un ensemble en autarcie.
L?on a ainsi pu les voir en concert mardi dernier au théâtre Serge Constantin, à Vacoas. Grâce à M. Lee Suk Jo, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Corée, le Trio Jung, Grand Prix 2002 du concours de musique de chambre Yellow Springs, et médaille de bronze du concours 2002 de musique de chambre Fischoff, présenta, pour marquer l?anniversaire de la République, un concert devant une salle archi-comble.
Délaissant pour leur prestation le noir des Gala, elles se parent d?une évanescence turquoise de lagon. L?entrée en scène de ces Grâces inspirerait certes un Odilon Redon. La seule venue des s?urs Jung grave en lettres d?or une première musicale en terre mauricienne. Elles renforcent à la fois, le pont entre Est et Ouest. Car au programme figurent Beethoven et Shostakovich. Le temps faisant défaut, Brahms qui était aussi prévu, ne sera pas exécuté.
L?on pourrait arguer diversement sur l?interprétation du Trio pour piano en Mi. Majeur, Op. 70/2 de Beethoven par les s?urs Jung. De l?assistance, les invités par rapport avant tout à l?événement, mélomanes ou pas, sont déjà heureux d?être là. De vivre ce moment unique de l?histoire de la musique à Maurice. Davantage fiers sont ceux, ? et de l?assistance les plus nombreux, ? qui, aussi éloignées soient-elles, ont leurs racines plantées en ces terres célestes de l?Orient.
Certains des praticiens présents, plus aptes à juger de l?interprétation de l?ensemble que les simples mélomanes, s?attendent, peut-être, à une perfection classique, qui traduirait doublement l?incontestable maîtrise du maître; d?autres, à une puissance caractéristique du compositeur et maître de la musique instrumentale, ou des deux à la fois. D?autres encore, ceux-là qui, de Beethoven, privilégient la période transitoire du passage vers l?expression d?une âme plus universelle, l?apprécient différemment.
Il y a ceux qui, tout en recevant les prouesses techniques des s?urs Jung, qui pourraient, par moments, manquer quelque peu de chaleur, y trouvent, à d?autres, un Beethoven déjà teinté d?un certain romantisme. Quant à l?interprétation du Trio pour piano No 2 en mi mineur, Op.67, de Shostakovich, les s?urs Jung auront donné à l?assistance, et avec éclat, un échantillon des ?uvres les plus difficiles d?accès d?un compositeur qu?elle connaît peu.
En seconde partie de programme, on eut droit à de la musique et à des danses folkloriques coréennes, nommément, la Salpuri, la Nongahk,et la Janggo, sur une musique de percussion aux instruments typiques: les Kwaenggwari, Jing, Janggo et le Buk. Ce fut l?occasion d?apprécier une interprétation parfaitement rodée des Quatre Agonies, selon le Bouddhisme, la naissance, l?âge mûr, la maladie et la mort. Suivit une impressionnante chorégraphie, rappelant le rituel d?exorcisme des chamans. La Nongahk soutient les travailleurs aux champs et allège leur fatigue. Alors que la Janggo est une valorisation de l?instrument qui porte son nom. Une façon de terminer la soirée sur une note des plus festives.
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