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Violences politiques à Haïti

11 octobre 2003, 20:00

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Depuis une quinzaine de jours, Gonaïves, où était né le mouvement de contestation qui provoqua en 1986 la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier, est en proie à la violence. Six personnes au moins ont été tuées et une trentaine blessées par balles lors d?affrontements entre la police et de jeunes manifestants, souvent armés, qui réclament la démission du président Jean-Bertrand Aristide.

Les troubles ont commencé après la découverte, le 22 septembre, du cadavre criblé de balles et sauvagement mutilé d?Amiot Métayer, alias « Cubain », un puissant chef de bande. Son gang, surnommé « l?Armée cannibale », traquait les opposants au président Aristide. Son frère, Butter Métayer, et les jeunes de l?Armée cannibale accusent aujourd?hui M. Aristide de l?avoir fait exécuter pour l?empêcher de faire des révélations embarrassantes pour le pouvoir.

« Si les troubles s?étendent simultanément à trois ou quatre villes, Aristide aura beaucoup de mal à contrôler la situation car il ne dispose que d?environ 3 000 policiers pour l?ensemble du territoire », observe un diplomate. Une manifestation antigouvernementale prévue pour le dimanche 5 octobre à Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, a été annulée au dernier moment « pour éviter un bain de sang », selon Jean-Robert Lalane, responsable du Front du Nord, qui réclame aussi le départ du président Aristide.

Neuf ans après le débarquement de plus de 20 000 soldats américains pour « restaurer la démocratie » après trois ans de régime militaire et réinstaller Jean-Bertrand Aristide à la présidence, Haïti continue de s?enfoncer dans la misère et le chaos. L?opposition, appuyée par un vaste rassemblement d?organisations de la société civile, les « 184 », accuse ce dernier de vouloir instaurer une dictature. Les « chimères », bandes recrutées dans les bidonvilles, armées et payées par le pouvoir, agressent impunément opposants et journalistes indépendants.

Espérant redorer son blason grâce à la présence de chefs d?Etat africains et des Caraïbes aux cérémonies du bicentenaire de l?indépendance, M. Aristide cherche à gagner du temps et se dit prêt à organiser de nouvelles élections législatives. L?opposition rétorque que les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour garantir une consultation libre.

Craignant l?éruption du volcan haïtien et le déferlement d?une nouvelle vague de boat people affamés vers la Floride, le nouvel ambassadeur des États-Unis, James Foley, a soumis le 19 septembre une « feuille de route » au président haïtien, garantissant son maintien au pouvoir jusqu?en 2006.

Le premier point portait sur l?arrestation et le jugement d?Amiot Métayer. Son sort a été définitivement réglé deux jours plus tard. Les États-Unis réclament aussi des changements à la tête de la police, dont l?opposition dénonce la politisation au service du pouvoir, et le désarmement de la population civile. Ils demandent enfin la constitution, dans les deux prochains mois, d?un conseil électoral de consensus dont les membres seraient acceptés aussi bien par le pouvoir que par l?opposition.

Officiellement chargée du dossier, l?Organisation des États américains multiplie les pressions sur les opposants pour les inciter à accepter le plan américain. Dans le scénario optimiste, de nouvelles élections législatives auraient lieu en octobre 2004.

2003 ? Le Monde J.-Michel Caroit

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