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L?ère du consensus

1 octobre 2003, 20:00

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Logiquement les deux prochaines années à venir, sur le plan politique, annoncent une idéologie du consensus du côté du gouvernement. Selon toute vraisemblance en attendant que l?heure de Pravind Jugnauth sonne, le pari sera de faire élire une majorité avec Paul Bérenger à sa tête. L?équation est simple et il faudrait s?attendre que tous les moyens et énergies seront utilisés en ce sens. Il y aura, d?une part, un bilan de cinq ans et, de l?autre, le fait de faire accepter Bérenger comme seul leader d?une éventuelle majorité gouvernementale.

Visiblement les choses ne sont pas aussi simples pour l?opposition travailliste et ses alliés. Après avoir consacré vainement trois années à interroger la légitimité de Paul Bérenger comme Premier ministre, le PTr persiste et signe, mais avec une variante. La cible des premières critiques de cette ère Bérenger-Premier ministre est de moins en moins le leader mauve que Sir Anerood Jugnauth. Le PTr, de toute évidence, vise à aliéner le MSM de sa clientèle électorale. En diabolisant Bérenger, il y a le risque de renforcer le MSM. En faisant l?inverse, le PTr espère un double dividende : relativiser le capital électoral de Bérenger et affaiblir le MSM qui n?aura plus, d?autre part, son leader charismatique pour le défendre.

Dans l?opposition jusqu?ici, Navin Ramgoolam, depuis qu?il s?est joint à la politique, n?a jamais su faire avec les équivoques de la ?soft idéology?. Autant il peut faire croire en son sens de la modération et de la mesure lorsqu?il est au pouvoir, autant, au sein de l?opposition, il se signale par le radicalisme de ses approches. Cela a souvent suscité des situations cocasses où les événements lui ont donné tort. Mais le personnage ne semble en tenir compte. Le piège aujourd?hui, pour lui et pour toute l?opposition, réside dans la lecture et les interprétations qu?ils font des conflits politiques à venir.

L?Ile Maurice politique s?est, dans une grande mesure, engagée dans la voie du consensus. Ce même consensus sur lequel s?appuie le pouvoir MSM-MMM pour préparer son avenir. Ce consensus n?occulte par les différences et les conflits. Au contraire, il les assume à un autre niveau. A la place d?une approche idéologique ou les discours byzantins sur la justice et l?ordre, il propose une approche basée sur le concret. Dans le consensus, on ne change pas la société, on pratique un réformisme et un débat concret sur les initiatives à prendre et sur les changements à apporter.

L?opposition, de son côté, préfère instituer un débat de fond, s?appuyant sur une grille de lecture qui participe des références politico-culturelles qui avaient cours avant cette ère du consensus. Elle refuse obstinément d?admettre le déclin des idéologies traditionnelles où pouvoir rimait avec calculs ethniques. Pourtant la leçon vient de lui être administrée : l?accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre n?a suscité ni une déferlante de joie ni un rejet violent. Certes, les considérations sectaires n?ont pas disparu du paysage politique mais leur amplification font davantage fuir les partisans du consensus qu?elle ne garantit leur adhésion.

Les certitudes passées devront rapidement, dans ce contexte, faire place à de nouveaux enjeux, à de nouveaux clivages. Il reste aux acteurs et aux décideurs politiques de faire en sorte que ce qui est une avancée ne devienne pas une reculade de la République. Car l?enjeu n?est pas le pouvoir mais tout un pays qui a soif de modernité.

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