Publicité

Colorants : de quoi se faire un sang d?encre

1 octobre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?60 Millions de Consommateurs, le magazine français de la consommation, a récemment publié les résultats de tests sur une quinzaine de teintures permanentes vendues en grande distribution. Nous avons voulu confronter certaines conclusions de cette étude avec ce qui est exposé sur les rayons de cosmétiques dans nos grandes surfaces. Conclusion : le magazine français ne fait pas de démagogie.

Premier élément à prendre en compte : les dénominations et les spécifications des produits. C?est à en perdre son latin, nous dit Ariane, rencontrée devant un rayon de produits de beauté. Tenant entre ses mains le colorant Eugène Color, elle avoue sa perplexité. ?Très longue durée?, peut-on lire sur l?étiquette. Mais cela veut dire quoi au juste, ?très longue durée?, surtout si l?on tient compte de la repousse du cheveu ?

Ariane, elle, veut juste se faire une nouvelle coiffure pour le mariage de sa cousine, ce week-end. ?Je ne veux pas avoir à porter la même teinte pour les fêtes de fin d?année?, explique-t-elle incapable de savoir combien de temps la couleur tiendra. Aucune des autres marques consultées ne donne d?indications sur la durée de l?effet de leur produit.

Entre les colorations ton sur ton, les colorations définitives, celles qui s?estompent au bout de quelques shampooings, celles qui donnent des reflets, difficile de faire son choix, d?autant plus que tous les emballages se ressemblent. Et même quand le consommateur prend le soin de lire toutes les informations inscrites sur les étiquettes, il n?est pas au bout de ses peines.

?Résultat naturel garanti?, vante Garnier pour son colorant Belle Color. Un résultat peut-il vraiment être ?naturel? si des éléments chimiques entrent dans la composition du produit ? Garnier a peut-être voulu dire que les cheveux retrouvent leur aspect naturel après l?utilisation du produit? Allez savoir. Autre indication qui laisse perplexe sur l?étiquette de Belle Color : ?Made in PL?. L?acheteur potentiel n?apprend rien sur le pays d?origine du produit, ni sur le fabricant.

Autre produit, autre argument: l?Oréal Casting, qui ?efface les cheveux blancs?. ?Sauf que les cheveux poussent tous les jours, le blanc va réapparaître à la racine. On ne peut parler de coloration permanente?, argue Hassam, fonctionnaire, approchant la cinquantaine et qui ?ne veut pas paraître son âge?, selon ses dires.

Ainsi, d?autres ambiguïtés apparaissent sur les étiquettes. L?Oréal Récital Préférence porte la mention ?shampooing?, alors qu?il s?agit d?une teinture permanente. Lumia, de Garnier précise que sa composition est allégée en ammoniaque, mais comparée à d?autres produits, l?étiquette fait état d?une teneur tout de même assez élevée. Schwarzkopf Soyance, de son côté, parle de ?résultat naturel? et dit même ?prendre soin du cheveu?, tandis qu?Eugène Color affirme ?protéger et renforcer les cheveux?. Un peu exagéré quand on connaît la nature chimique et irritante des composants de ce genre de produits.

C?est précisément sur le plan des effets qu?il faut faire le plus attention. Les tests effectués par 60 Millions de consommateurs ont démontré qu?Eugène Color, Schwarzkopf Soyance et Schwarzkopf Brillance ont provoqué chez certains volontaires des manifestations d?inconfort : rougeurs, picotements, voire même des démangeaisons. Et cela, malgré les tests dermatologiques que les fabricants affirment avoir menés.

Test préalable

Le magazine français écrit que ?les produits sont ?déconseillés? lorsqu?ils contiennent des ingrédients irritants ou susceptibles de provoquer des allergies? Ainsi explique-t-il que ?toutes les teintes acajou contiennent de très nombreux ingrédients susceptibles de provoquer des réactions de sensibilisation. L?Oréal Récital Préférence, l?Oréal Féria Color 3D, l?Oréal Excellence crème, Garnier Belle Color, Garnier Nutrisse Natea et Eugène Color contiennent deux substances figurant parmi les premières causes d?allergies : les p-phénylène diamine et p-aminophénol.? Garnier Lumia n?en contient qu?une.

Toutefois, l?on notera que les fabricants ? et c?est à mettre à leur crédit ? conseillent toujours aux utilisateurs de faire le test préalable à toute utilisation du produit, même s?ils sont habitués à la marque. 60 Millions de consommateurs précise à ce titre qu?aucune teinture testée n?est exempte de risques d?allergies. Toutes contiennent au moins un ingrédient dit ?possible mutagène?, et donc jugé préoccupant pour l?homme.

Le magazine français fait état de découvertes encore plus graves: selon les résultats des tests de 60 Millions de Consommateurs, Eugène Color contiendrait du butoxyéthanol. Il s?agit d?un éther de glycol, qui fait partie des composés actuellement en cours d?évaluation au niveau des risques. Comment accepter qu?un composant soupçonné d?être cancérogène et toxique soit présent dans un produit comme des teintures pour cheveux.

Les tests révèlent que tous les produits contiennent entre un et six composants pour lesquels le Comité scientifique pour les produits cosmétiques et les produits non-alimentaires destinés aux consommateurs (SCCNFP) fait état d?un possible ?pouvoir mutagène?. De même, selon les tests, l?Oréal Récital Préférence, Féria color 3D et Excellence crème, ainsi qu?Eugène Color, contiennent au moins un ingrédient pour lequel la question d?un possible risque cancérogène s?est posée.

Pour ce qui est teintes blond clair, chacune contient entre dix et 26 ingrédients irritants ! Les tests ont relevé entre quatre et 21 composantes susceptibles de provoquer des réactions de sensibilisation. A l?exception de l?Oréal Excellence crème, de Garnier Lumia et de Garnier Nutrisse natea, tous ces produits contiennent au moins un ingrédient mutagène possible à caractère ?préoccupant pour l?homme?. La question reste toutefois à l?étude sur ces ingrédients. Schwarzkopf Brillance et Garnier Lumia sont les seules à ne pas contenir d?ingrédient potentiellement cancérogènes.

Il est regrettable que ces produits soient mis sur le marché avant une évaluation sérieuse des risques. Il serait grand temps, conclut 60 Millions de consommateurs, que l?étiquetage de ces produits soit clarifié et même standardisé et que les autorités concernées engagent des études épidémiologiques à grande échelle pour mesurer les risques liés à l?utilisation de tels produits. Les consommateurs le valent bien?

Publicité