Publicité
?Jai Charandas ki? l?illusion du pouvoir
Par
Partager cet article
?Jai Charandas ki? l?illusion du pouvoir
La pièce Jai Charandas ki écrite et dirigée par Mahess Ramjeewon, est jouée essentiellement en hindi et en bhojpuri, par L?Academy of Film & Theatre. C?est une comédie de vaudeville contenant une variété de couplets chantés sur des airs bien connus des Mauriciens. Elle inclut aussi de magnifiques chorégraphies merveilleusement orchestrées par ses talentueuses danseuses. Ce mélange nous rappelle les propos d?Alain Rey lorsque celui-ci déclarait que le théâtre est issu de la danse et du mime, mais ne cesse de vouloir y retourner.
A première vue, la pièce paraît être un théâtre de la rue par son caractère d?amusement populaire et par le contact qu?elle instaure avec le public. Il y a une proximité de la scène avec les spectateurs. Les deux premiers personnages, Nut et Nutty, font leur entrée en scène en traversant toute la salle, en musique. Ce sont deux joyeux lurons qui, au lieu d?être dans une salle de cinéma, se retrouvent par hasard au Théâtre et décident de monter une pièce de toutes pièces. Ils sont à la recherche d?un roi. Ils décident de lancer au hasard un tissu enroulé dans la salle pour désigner celui-ci. Il s?agit bien entendu d?un jeu truqué. Car, le personnage Charandas attendait gentiment son ?élection? au premier rang.
Ce qui est original, c?est que la pièce s?ouvre et se referme par un contact avec le public. Elle termine avec l?arrivée de la femme de Charandas qui, à la recherche de son mari, hurle à l?entrée de la salle. Ses cris viennent arracher les acteurs de l?illusion théâtrale et les spectateurs de leur rêverie. Elle vient mettre fin au jeu du théâtre. A la fois personnage de scène et membre grotesque de la rue, elle vient annoncer le retour brutal à la réalité. Mais ce retour, comme pour couronner le tout, se fait en douceur, c?est-à-dire en musique comme ce doit être. Et la boucle est bouclée.
Réveil brutal
Son intrusion sur scène est cependant d?une profonde signification. Elle vient rappeler aux acteurs et spectateurs que la frontière entre le théâtre et la rue, entre l?imaginaire et le réel, est très souvent arbitraire et insignifiante. De la rue au théâtre, il n?y a qu?un pas. C?est celui de la salle. C?est ainsi que Charandas s?est retrouvé sur scène, en s?aventurant jusqu?au premier rang de la salle. En arrachant l?homme de la rue de son monde réel pour le projeter dans un univers de rêve et de fantasmagorie, pour en faire un personnage-roi sur scène, la pièce transporte parallèlement tous les autres spectateurs sur la strate de l?imaginaire. Chaque spectateur devient en quelque sorte acteur.
Mais, de la scène à la rue, il y a la désillusion, le réveil brutal. C?est aussi le message que nous envoie le sens de la pièce : s?il est parfois facile d?accéder au pouvoir, la marche arrière peut être une douloureuse descente aux enfers. C?est peut-être là la profondeur de la pièce, cachée derrière une apparente tentative d?amuser le public. De toute évidence, Jai Charandas ki est bâtie sur une intrigue fort saisissante. Elle est un théâtre dans le théâtre. Derrière cet apparent jeu où se mêlent réalité et imaginaire sur scène, se dévoile une critique de m?urs sociales et politiques. La rencontre de ces deux mondes donne naissance à une critique sévère à l?encontre de ces assoiffés du pouvoir. La pièce montre comment le goût du pouvoir et du luxe devient une seconde nature chez nos amis les politiques trop ambitieux. Le théâtre que nous propose l?Academy of Film & Theatre est une comédie d?inspiration psychologique et sociale, un miroir de m?urs.
Si la pièce est jouée en Hindi, beaucoup seront tentés de croire que la langue choisie est une barrière linguistique qui nuit à sa compréhension pour ceux qui ne comprennent pas cette langue. Mais en réalité, la mise en scène et le jeu des acteurs donnent à la pièce une clarté qui stimule le ?langage théâtral?, le rendant accessible à tout un chacun. Avec Jai Charandas ki, nous pouvons confirmer qu?au théâtre il n?y a qu?un langage : celui des acteurs, autrement dit, le jeu lui-même.
Publicité
Publicité
Les plus récents