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Des défis

30 août 2003, 20:00

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Il y a de la griserie dans l'air ; une sorte de vibrato. Une île en fête, c'est toujours beau à voir. Jeunes et adultes se donnant la main pour faire triompher un esprit de communion et de partage. L'atmosphère et le contexte s'y prêtent. Le début de l'été entraîne toujours ce besoin d'extériorisation. Trois années de rigueur n?empêchent pas une parenthèse ludique. Le défi de ces Jeux, c'est justement qu'ils ne soient pas qu'une parenthèse.

L'île Maurice s'est dotée pour ces Jeux d'une infrastructure sportive adéquate. Le contenant est désormais attrayant et devrait inciter les jeunes à pratiquer davantage le sport. Au moment où l?on parle d'enfants sniffeurs, de drogues dans les écoles, il devient évident qu'à la base se posait la question du manque de loisirs. Encore faudra-t-il intéresser ces jeunes au sport. Un travail de fond se fait avec les accompagnateurs de rue. Mais cela ne suffira pas. Il faut des symboles, des ambassadeurs auprès de la jeunesse.

C'est toute une campagne qu'il s'agit de mettre en place. Les modèles sont heureusement là. Ces modèles sont les Éric Milazar, Stéphan Buckland et, espérons-le, d'autres qui se signaleront lors des Jeux. Ce ne sont pas de campagnes de sensibilisation dont il est question. Des campagnes qui souvent ennuient les jeunes. Pour les atteindre, il faudra non pas des méthodes pédagogiques mais des personnes et des références qui font partie de leur monde. Leur sens de la vie ne réside pas dans le modèle de réussite qu'empruntent tous ceux qui s'identifient au mainstream. Il y a chez eux à la fois une sorte de désenchantement et de désir de différenciation. Il faudra prendre en compte ces éléments avant de s'adresser à eux.

Il y a une volonté de « déghettoïsation ». Celle-ci passe autant par la formation des adultes que par celle des enfants. Comment un enfant s'intéresserait-il à l'école si ses parents ne sont pas capables de le suivre ? Comment encourager un jeune des faubourgs au sport si, lorsqu'il se rend dans un complexe sportif, il s?y sent étranger ? Pour ramener les exclus au sein du système social, il faut briser des barrières dans une sorte d'irrévérence aux lieux communs. Ce n'est qu'à ce prix qu'un réel processus de légitimation et de réintégration des exclus est envisageable.

En ces jours de fête, on n'a de cesse de clamer l'unité de la nation mauricienne. On évoque avec fierté cette unité qui se manifeste ostensiblement au-delà des cloisonnements habituels. Lorsqu'il y a ce dénominateur commun qu'est le sport, on en profite pour spectaculariser l'unité qui se met en scène autour. Il ne s'agit pas de jouer aux oiseaux de mauvais augure, mais il n'empêche qu'il y a cette crainte que tout cela ne soit encore une fois qu'une parenthèse.

Car dans le bazar identitaire mauricien, il y a un problème de fond. Le temps d'un jeu, on sort le quadricolore, on encourage ses sportifs, ses porte-drapeaux. En sera-t-il de même s'il n'y avait pas cet enjeu ? Les plus réalistes affirmeront que cela s'inscrit dans l'ordre des choses. Les plus pessimistes, dans une sorte de jubilation secrète, feront preuve de leur cynisme coutumier. Au-delà des postures prévisibles, il y a le fait que la nation mauricienne se cherche. Ce ne sont pas ces 6es Jeux des îles qui provoqueront cette rencontre entre un pays et son âme. Toutefois, ils peuvent constituer l?opportunité d'une introspection pour interroger le chemin emprunté et l'objectif visé. Ce n'est pas pendant les Jeux qu'on peut le faire mais au moment des bilans. Or, celui-ci sera probablement consacré à se taper l'estomac pour le travail accompli. On mérite cependant un peu plus. On mérite cette urgence d'une nation qui sort de l'hypocrisie pour reconnaître que ses murs sont lézardés, que sa vitrine n'est qu'une façade, qu'il n'y a d'interaction qu'entre des groupes précis. Dire que tout cela est dans l'ordre des choses, c'est se refuser le droit d'une ambition identitaire qui nous fera véritablement avancer.

par Nazim ESOOF

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