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Compensation pour l?esclavage: Jugnauth rejoint les Verts

8 août 2003, 20:00

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Les débats sur la motion privée du député Jean-Claude Armance sur la nécessité de Maurice d?adopter toutes les me- sures prises au niveau international pour une compensation aux descendants d?esclaves et de laboureurs engagés se sont poursuivis hier au Parlement.

Le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth a proposé un amendement à la motion, ce qui a donné lieu à un échange de compliments entre le leader des Verts, Sylvio Michel, et le vice-Premier ministre, Paul Bérenger. Les choses devaient cependant s?envenimer entre ce dernier et Madun Dulloo ainsi que James Burty David, donnant lieu à de vifs échanges pendant lesquels on devait entendre des mots tels que «fou» et «dictater».

Le vice-Premier ministre devait, à la suite de l?intervention de James Burty David, expliquer pourquoi les travailleurs engagés et le «coolie trade» n?étaient pas inclus dans l?amendement proposé par le Premier ministre.

Au début des travaux, on s?interrogeait sur la direction qu?allaient prendre les débats sur la motion Armance car les débats engagés l?année dernière avaient donné lieu à un walk- out de Sylvio Michel qui avait par la suite déclaré «Mo fine amerdé, mo fine aller» (voir hors-texte).

Il fut alors question de démission de Sylvio Michel, puis de congé politique de trois semaines. A son retour, en janvier, il devait publiquement s?en prendre à Paul Bérenger pour son amendement à la motion Armance, et à Sir Anerood Jugnauth pour n?avoir pas pris en considération une lettre des Verts-Fraternels sur une compensation aux descendants d?esclaves.

Les échanges de propos dans l?hémicycle, hier, entre Paul Bérenger et Sylvio Michel indiquent que tout cela est du passé. Paul Bérenger devait «congratulate» le député Michel pour son intervention alors que ce dernier, dans son discours, a félicité le Premier ministre pour l?amendement qu?il a apporté à la motion Armance.

L?opposition irritée

De son côté, l?opposition, par la voix des députés Madun Dulloo et James Burty David, a montré sa désapprobation face à l?amendement et la façon dont il a été circulé. Les deux députés ont protesté contre le fait qu?ils ont reçu le libellé de l?amendement en entrant au Parlement, ce qui ne leur a pas laissé le temps de l?étudier.

Quoi qu?il en soit Madun Dulloo devait commencer par dire que Maurice ne doit pas se contenter de dire et d?accepter que l?esclavage est un crime contre l?humanité, mais qu?il doit le condamner dans les termes les plus sévères.

Il considère ainsi l?amendement de Sir Anerood comme absurde, car il vient reconnaître une déclaration antérieure faite à Durban et à laquelle Maurice adhère déjà. A ce moment précis, on entendit Paul Bérenger dire : «Li fou même ça».

Faisant la sourde oreille, le député Dulloo souligne que d?autres pays sont allé au-delà de l?acceptation de l?esclavage comme crime contre l?humanité et il évoque l?affirmative action des Etats-Unis. Paul Bérenger s?adresse à Navin Ramgoolam : «Li pé cause pou zotte là».

Madun Dulloo poursuit et déclare qu?il est surpris que le leader des Verts, Sylvio Michel , se soit déclaré satisfait «happy» de l?amendement de Sir Anerood, car cet amendement n?est pas «un pas en avant, mais un pas en arrière».

Bérenger s?adresse de nouveau à Navin Ramgoolam : «Li pé cause pou zotte là. Ca veut dire zotte pas d?ccord avec amendement-là.» Devant le silence de ce dernier, Bérenger lance : «Zoué to rôle vrai leader l?opposition.»

Réplique de Dulloo : «Zoué to rôle dictateur.»

D?autres échanges de propos fusent entre Paul Bérenger et James Burty David alors que ce dernier intervient sur l?amendement de Sir Anerood.

Les choses commencent à s?envenimer quand Burty David se demande pourquoi, dans un pays multi-ethnique comme Maurice, on n?a pas inclus les travailleurs engagés «indentured labourers» dans l?amendement du Premier ministre.

Paul Bérenger : «We can lace it in the motion».

James Burty David, désigne Paul Bérenger : « Pourquoi réagit-il de cette façon à chaque fois qu?on parle de travailleurs engagés ? » Le député insiste alors pour que le sort des travailleurs engagés venant de l?Inde soit aussi mentionné dans l?amendement.

Paul Bérenger, qui a secondé la motion de Sir Anerood, s?est ensuite expliqué pour dire que l?esclavage a été reconnu comme crime contre l?humanité par la conférence de Durban en septembre 2001 et par une Résolution des Nations unies .

«Si des conférences internationales ou les Nations unies reconnaissent le ?coolie trade? comme crime contre l?humanité, nous n?aurons aucune objection à le reconnaître nous aussi et à l?inclure dans la déclaration» , a déclaré Paul Bérenger en réponse à James

Burty David.

Le vice-Premier ministre devait féliciter Sylvio Michel pour avoir déclaré que l?amendement de Sir Anerood est une étape et une avancée.

De fait, le leader des Verts, a aussi souligné dans son discours que Maurice est le seul pays africain à débattre et à voter une telle motion.

«Décréter l?esclavage comme crime contre l?humanité est une étape et une avancée. Les deux autres étapes étant les excuses aux descendants des esclaves, puis la compensation», a dit le leader des Verts.

«C?est là une première étape pour apaiser les séquelles de l?esclavage et permettre au gouvernement de respecter son programme», a-t-il ajouté.

Le «walk-out» de Sylvio Michel

Le 13 décembre 2002, Sylvio Michel a fait un walk out du Parlement alors qu?on débattait un amendement à la motion de Jean-Claude Armance sur le paiement d?une éventuelle compensation aux descendants d?esclaves. Il protestait ainsi contre une déclaration du député MMM, Gérard Grivon.

Ce dernier avait déclaré que Jean-Claude Armance aurait insinué dans son discours que les habitants des cités sont considérés par le gouvernement comme des mendiants du développement.

Sylvio Michel reproche alors à Gérard Grivon d'avoir mal interprété le discours de Jean-Claude Armance et quitte le Parlement. Il devait peu après déclarer que l'amendement proposé le plaçait devant un «dilemme» : voter contre et se faire révoquer ou revendiquer le droit de ne pas être d'accord.

Il prit alors trois semaines de congé politique et reprit son siège de ministre après une conférence de presse au cours de laquelle il affirma son droit à la différence.

Sir Anerood : la compensation, une affaire internationale

Le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, a déclaré, alors qu?il présentait son amendement, que la compensation aux descendants des esclaves est une affaire compliquée et qu?elle doit être étudiée au niveau international. «Maurice souscrira à toute décision internationale sur cette affaire», a dit Sir Anerood.

La motion de Jean-Claude Armance, se lit comme suit, après des amendements apportés l?année dernière : «This Assembly is of the opinion that Mauritius should subscribe to all international actions aimed at obtaining the payment of compensation to the descendants of slaves and indentured labourers.»

L?amendement de Sir Anerood vient ajouter, après les mots «indentured labourers», la phrase suivante : «and, as was done in the Declaration and Action Plan adopted on 8 September 2001 in Durban by the the World Conference against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia and related Intolerance and in Resolution 56/266 adopted by the General Assembly of the United Nations on 27 March 2002, hereby acknowledges that slavery and the slave trade constituted a crime against humanity.»

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