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Trois filles en or
«Au début, c?était la confusion totale pour identifier chacune d?entre elles et puis je me suis dit que ce ne serait qu?à partir de mes propres repères que j?allais savoir qui était Christine, Karen ou Judy. C?est plus facile maintenant, quoique? », reconnaît Emma Taïkie, responsable de l?équipe féminine de tennis. Depuis plus d?un mois, elle suit les performances des sélectionnées mauriciennes pour les prochains Jeux des îles.
Les trois s?urs Li Wan Po sont en pleine séance d?entraînement sur le court numéro cinq du nouveau complexe de tennis de Petit-Camp. Elles y vont tous les jours depuis un peu moins d?un mois. Il s?agit de bien se préparer pour faire honneur au drapeau mauricien ! « Elles sont très motivées et veulent donner le maximum d?elles-mêmes. Comme elles habitent le Nord, elles font volontiers plusieurs heures de route par jour pour venir s?entraîner à Phoenix. »
Christine, Karen et Judy Li Wan Po ne parlent pas français, ni créole. De parents mauriciens, Stella et Paul, elles sont nées il y a vingt-quatre ans au Canada ? elles vivent à Toronto ? et ne sont venues en vacances que sept fois à Maurice. « J?ai comme l?impression qu?elles comprennent le français, mais qu?elles ne veulent pas se hasarder », suppose Abel Moosladoo, gérant du bar et du restaurant au Complexe de tennis de Petit Camp. « Tiens, elles ont fini, elles arrivent », ajoute l?ancien animateur d?une radio privé et acteur du feuilleton télévisé mauricien Mon cher Georges.
Toutes trois turbulentes
Qui est qui ? On le saura bientôt, le temps de leur permettre de souffler un peu avant d?entamer la deuxième séance d?entraînement qui démarre dans une heure juste après la pause-déjeuner. « Il y a des sandwichs au fromage et au jambon », annonce Emma Taïkie. Pas question d?« alourdir » les filles. Judy choisit un « cheese » sans « ham », Christine le contraire et Karen, les deux. Le résultat final, on l?avait presque déjà deviné : ce sera la même chose pour toutes les trois ! C?est-à-dire, pain, jambon et fromage.
Dès la première question, les trois jolies bouches s?ouvrent en même temps pour répondre. Vont-elles dire la même chose ? Pas vraiment ! Elles parlent en même temps, certes, mais pas pour exprimer le même sentiment. Puis elles éclatent de rire. C?est à Karen de parler. Elles se sont comprises par de très brefs regards. « Des triplées dans la famille ? Je suppose que cela a dû être une grande surprise pour papa et maman et sans doute une très grande joie pour les autres. Petites, nous étions toutes les trois très turbulentes, énergiques et nous nous entendions très bien, comme vous pouvez le constater », raconte-t-elle. Anticipant la prochaine question, Judy poursuit : « Comme pour tous les enfants dans notre cas, on nous habillait de la même manière et nous étions ensemble pratiquement tout le temps. Nous participions aux mêmes activités et c?est tout naturellement qu?on a choisi la même discipline sportive. »
Jamais de querelles ? « Écoutez, le fait que nous soyons des triplées ne fait pas de nous des êtres hors du commun. Bien sûr qu?il existe des malentendus entre nous mais cela ne va très loin et nous nous réconcilions au bout d?un moment », répond Karen. Les deux autres s?urs opinent de la tête.
Pour rire un bon coup
Comme pour tous les jumeaux, elles se sont déjà fait passer l?une pour l?autre. « Mais jamais pour les examens. Si on le faisait, c?était juste pour s?amuser », lance Judy dans un grand éclat de rire.
Sa soeur Christine se souvient d?une anecdote amusante. « C?était le jour où Karen avait oublié un livre à la maison et risquait de se faire sérieusement engueuler par le professeur. Comme je n?avais pas de cours à ce moment précis et qu?elle ne pouvait pas ne pas être en classe, je l?ai remplacée juste le temps qu?elle récupère son bouquin. Après, on a fait le changement ni vu ni connu ! » Si elles étaient dans la même classe, il leur arrivait de changer de place. « Rien de méchant, c?était juste pour rire un bon coup après ! », assure Christine, la moins bavarde des trois.
Aujourd?hui, Christine, Karen et Judy éprouvent le besoin de se démarquer les unes des autres. Pour leurs études, par exemple, Christine a choisi la biologie, Karen, le graphisme et Judy, la chimie. Elles n?ont pas non plus le même passe-temps préféré. La première aime les escapades en pleine nature, le camping et le canoë-kayak, la seconde se distrait en grattant une guitare ou en jouant du piano tandis que la troisième ne s?amuse que sur un VTT. Mais question cuisine et tenue vestimentaire, elles sont toutes les trois sur la même longueur d?ondes : cuisine mauricienne et tenue décontractée. Malgré toutes ces heures d?entraînement, ont-elles le temps d?avoir des loisirs ? C?est Christine qui répond : « Il faut absolument le trouver ce temps, ne serait-ce que pour décompresser. C?est pourquoi je lance un appel aux jeunes mauriciens pour qu?ils s?intéressent davantage au sport tout en ne négligeant pas ce qu?ils aiment faire pour se sentir bien dans leur peau. Surtout, évitez toute pression d?où qu?elle vienne. »
Pour elles, il n?est pas question de pronostic. « Bien sûr, nous aimerions décrocher une médaille d?or, mais je pense que pour nous trois, le fait de représenter Maurice, un pays que nous adorons, représente en lui-même une médaille d?or », explique Karen. « En tout cas, nous faisons de notre mieux et nos entraîneurs aussi ! », s?écrient-elles en ch?ur.
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