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Enn sel lépep enn sel nation

2 août 2003, 20:00

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Au-delà d?un slogan, c?était une vision de Maurice. Ou plutôt un projet social et identitaire. Dans les années 70, le rêve de la mauricianité avait de folles allures. Il était surtout à la mesure d?une ambition légitime de voir une Île Maurice indivisible dans son identité. Puis les années ont passé. Le pragmatisme à tous crins est devenu à la mode. Et le rêve a été mis de côté. Pire, il a été occulté, voire cassé. On ne parle plus désormais que de l?unité dans la diversité. De cette unité de façade qui nous sépare davantage les uns des autres plutôt que de nous réunir. Mais l?histoire est ductile et elle sait refaire surface.

À un moment où il est important de drainer tout un pays derrière ses athlètes, à un moment où il faut susciter la passion patriotique, c?est au slogan « Enn sel lepep, enn sel nation » auquel on a recours. Celui-là même qu?on avait jeté aux oubliettes. Ce choix est significatif. Il révèle simplement que c?est une des manières plus à même de créer le sentiment de solidarité entre les Mauriciens. « As one people, as one nation », c?est écrit dans l?hymne national, mais le vécu est loin de cette exigence. Un certain regard porté sur la société mauricienne ne devrait pas nous alarmer. Il n?y a pas de racisme, de haine à caractère ethnique, de rejet de l?autre? Mais il y a le communalisme et c?est peut-être pire que les maux cités. Car dans le communalisme, il y a tous les ingrédients qui empêchent l?âme d?une nation de naître. Cette duplicité témoigne d?une hantise.

D?abord les politiques qui ont peur des Mauriciens ou alors qui ne leur font pas confiance, estimant qu?ils ne sont pas prêts de se reconnaître comme des Mauriciens à part entière. Alors ces politiques font les choses à moitié. Ils créent des centres culturels pour rassurer ceux qui font l?amalgame entre religion et ethnie. Ils nous inventent des concepts comme « l?unité dans la diversité ».

Mais il y a aussi les Mauriciens eux-mêmes. Chez un certain nombre d?entre eux transpire une grande hypocrisie. Celle où on veut faire croire que l?Autre est accepté et où on ne se frotte qu?avec ceux identifiés comme étant des siens. Ensuite il y a les pusillanimes. Ceux qui, comme les politiques, ne font le chemin qu?à moitié. Libres dans la tête mais coincés dans les faits. Il ne faut pas non plus trop compter sur les jeunes. Seul exemple pour illustrer ce scepticisme, les campagnes qui sont menées sur le campus universitaire pour l?élection du Student Council. Il y a, en effet, plus de raisons d?être pessimiste que d?espérer.

Pourtant, on peut difficilement s?empêcher de croire et d?espérer. À un moment où le pays traverse une période étrange, avec tous ces scandales qui éclatent et ces individus décalés qui versent dans le crime et la violence, les prochains Jeux des îles prennent une importance capitale. S?il faut un prétexte pour ranimer la fibre patriotique, les Jeux des îles l?est à la perfection.

Depuis l?installation du gouvernement MSM-MMM, l?île Maurice semble avoir cessé de rêver. Le réalisme et le pragmatisme du gouvernement ne s?accommodent pas du rêve. Les Jeux des îles vont-ils faire rêver ? Les Mauriciens seront-ils derrière ses sportifs ? L?île Maurice a besoin aujourd?hui d?une bonne dose de passion. Il ne s?agit pas seulement d?élan patriotique qu?il faut susciter, mais d?une liberté qui permet aux entrepreneurs de prendre des risques, aux artistes de créer, aux sportifs de repousser leurs limites, aux jeunes de se débarrasser des reliquats sectaires que leur transmettent certains parents? Un petit grain de folie pour recommencer une aventure identitaire et sociale où il s?agira de retrouver une âme qu?il faudra faire grandir.

Loin de toute tentation nationaliste, il importe de se servir de ces Jeux des îles pour encourager le sentiment d?appartenance à une nation comme « enn sel lepep, enn sel nation ».

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