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Guerre intestine en prison
Drogue, sodomie et paris illégaux en prison? Le Conseil des ministres a pris connaissance du rapport Joganah hier et annonce des mesures alors que la direction de l?univers carcéral récuse les faits et parle de gestion difficile. Drogue, sodomie et paris illégaux en prison? Le Conseil des ministres a pris connaissance du rapport Joganah hier et annonce des mesures alors que la direction de l?univers carcéral récuse les faits et parle de gestion difficile.
Un monde effrayant décuplé par des caïds? Arvin Boolell, député de l?opposition, tient sa perception de la prison des gardiens de prisons « protestataires » avec lesquels il travaille depuis trois ans. Et il ajoute : « Appalling and shocking ! »
« Je suis resté bouche bée quand des gardiens de prison ont commencé à me raconter, par exemple, comment des jeunes, souvent condamnés pour dettes à des grands magasins d?électroménager, se retrouvent, dû à la complicité ou au laxisme de l?administration carcérale, dans les cellules des caïds où ils sont sodomisés. Ils repartent de là brisés. Ce sont des loques humaines en raison de cette mauvaise politique de classement des prisonniers dans les différentes cellules. »
Et Arvin Boolell parle de la drogue et des jeux, des paris illégaux à l?intérieur de la prison. Depuis que la prison occupe les devants de la scène, les renseignements négatifs affluent de la prison centrale et de celles de Richelieu et de Grande-Rivière. Un silence total ou une absence de faits négatifs font que la prison de la Bastille est restée loin de l?actualité.
Le Premier ministre avait confié à l?assistant commissaire Dass Joganah la mission de tirer tout cela au clair. Mais le rapport, d?une centaine de pages, ne sera pas rendu public. On devine aisément qu?il n?est pas positif compte tenu des propos de Sir Anerood Jugnauth à l?effet que « des mesures appropriées seront prises à la lumière du rapport. » Il y est fait mention, témoignages de prisonniers et d?officiers de prison à l?appui, de l?existence d?un trafic de drogue, de ring leaders, de harcèlement sexuel et de paris illégaux.
Or, l?administration de la prison nie ces faits. Elle l?a fait à maintes reprises depuis que la prison a fait l?objet de plusieurs questions au Parlement. Qui dit vrai, et qui dit faux ? A quel point la situation est-elle grave ?
«La situation a changé»
Si les dires de l?administration ont été toujours mis en doute, on trouve cependant des témoignages en sa faveur. Notamment auprès de certains gardiens de prison, dont un homme, 16 ans d?ancienneté, qui a fait le tour de presque toutes les prisons du pays. « Ils exagèrent, ils grossissent les faits et ils mentent par politique de vengeance. »
De même, Lindsay Aza, un ex-détenu, responsable de la réhabilitation, abonde dans le même sens. Il est perpétuellement informé de la situation en prison à travers ceux qui sont libérés. Il a lui-même dans le passé dénoncé la prison pour les cas de sodomie, de jeux et de drogue. « La situation a changé et il y a maintenant beaucoup plus de discipline et de contrôle. Des détenus libérés il y a moins de 15 jours me l?affirment. »
Mais la situation n?est pas pour autant parfaite dans l?univers carcéral mauricien. Principalement en raison du manque de personnel.
960 gardiens pour 2 600 détenus. La prison d?Eversham, en Grande-Bretagne, que certains hauts gradés de la prison mauricienne visitent souvent dans le cadre de leur formation, compte 800 gardiens pour 600 détenus.
« Ils sont trop peu nombreux et ne peuvent tout contrôler. Par exemple, le classement des prisonniers dans les cellules est déterminé par des red band, c?est-à-dire des détenus auxquels sont confiées des responsabilités dépendant de leur bonne conduite. Cette situation a souvent favorisé des sodomies forcées ou volontaires. Et les sodomisés, volontaires ou victimes, ne parlent jamais. Mais depuis peu, les gardiens ont commencé à contrôler eux-mêmes le classement des détenus dans les cellules. Les choses changent, mais il y a encore à faire », ajoute Lindsay Aza.
Paradoxe. Si la situation a changé, il est non moins vrai que ces derniers temps la prison a fait les manchettes de presse à maintes reprises. En donnant la nette impression que la situation se dégrade.
« C?est une destruction systématique de l?autorité et de la crédibilité de l?administration carcérale à travers une campagne de désinformation. Le pire dans tout cela, c?est que l?administration de la prison n?a pas un droit de réponse pour expliquer ce qui se passe réellement », affirme un des cinq hommes à la tête de la prison en ce moment.
Ainsi, rumeurs et désinformation ont fini par modeler la vision du public. « Nous avons commencé à avoir des problèmes avec ces types de rumeurs quand il a été question d?une vague de conversion en prison. Nous sommes devant un seul cas d?un détenu qui prétend s?être converti avant son incarcération et qui avait demandé la permission d?aller prier dans le lieu de culte, réservés à sa nouvelle religion. Chose refusée car selon les règlements, les détenus se rendent dans les lieux de culte indiquée sur leur fiche. L?affaire a été référée à l?ombudsman », dit un haut gradé de la prison.
Les desseins des «desinformateurs»
Et notre témoin nous raconte l?affaire des caméras dans la prison des femmes. Des rumeurs et un article de presse alléguaient que des caméras étaient utilisées pour épier les femmes dans leur intimité. Cette affaire devait donner lieu à une enquête policière. « La vérité a éclaté et on s?est rendu compte qu?il n?y avait aucune caméra ni dans les cellules, ni dans les couloirs, ni dans les toilettes, ni même dans la cour de la prison des femmes. Les seules qui s?y trouvent sont placées sur le mur et balisent l?extérieur de la prison pour empêcher qui que ce soit de s?en approcher ou de lancer des choses par-dessus les murs », explique le haut gradé. Il dresse ainsi une longue liste de « rumeurs » et de « désinformation ».
Mais quels sont les desseins de ses « désinformateurs » ? « 67% des détenus sont des gens condamnés pour trafic de drogue. On trouve parmi de puissants caïds qui ont toujours cherché à vivre dans le confort. Personne n?a le droit maintenant de recevoir des repas préparés hors de la prison. Ce sont ces riches caïds qui ont été les premiers à protester contre cette mesure prise principalement pour empêcher l?entrée de la drogue en prison à travers des aliments.»
Manque de personnel
Que ce soit de l?intérieur et de l?extérieur, les choses se font avec la complicité de certains gardiens, frustrés à la suite des promotions ainsi que ceux qui ont été chassés pour trafic de drogue ou qui ont été mis sous surveillance après avoir été soupçonnés d?être de mèche avec les caïds de la drogue.
La direction de la prison évoque également leur difficulté à travailler, non seulement à cause du manque de personnel, mais aussi du manque de moyen de pression et de punition sur 900 de ses1 600 condamnés.
« Ceux condamnés pour délit de drogue n?ont pas de rémission. Or, la rémission est un moyen d?obtenir une bonne conduite de la part du détenu. Quand il sait que quelle que soit sa conduite, il purgera la même peine, il devient difficile à manier. »
Alors que la direction cherche le meilleur moyen pour contenir les débordements en prison, la guerre intestine se poursuit. L?autorité de la direction a été mise à mal par des rumeurs voulant faire accroire que les jours des principaux responsables sont comptés. Un officier a été récemment suspendu de ses fonctions pour insubordination contre le n° 2 de la prison.
On s?attend à ce que ce que les choses soient mises au clair lundi quand le Premier ministre procédera à l?ouverture d?une conférence internationale sur les prisons à l?hôtel Coco Beach.
De fait, le bureau du Premier ministre s?est retrouvé récemment devant une protestation de la direction de la prison qui accuse un des conseillers d?être entré sans permission à la prison de Richelieu et d?y avoir rencontré deux personnes condamnées à vie.
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