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Karine Fontaine, la guerrière

27 juillet 2003, 20:00

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  • Karine Fontaine, vous venez de terminer la saison à la première place du classement régional féminin alors que depuis de nombreuses années, Joëlle Raharinosy dominait de la tête et des épaules. Comment expliquez-vous ce bouleversement ?

? Cette année, j?ai joué avec plusieurs objectifs en tête. D?abord, il fallait que je me maintienne parmi les 37 meilleurs garçons. L?objectif est atteint : je termine 22e en 31. J?ai remporté le championnat de la Réunion et je finis à la première place du classement Réunion. On peut dire que c?est une bonne saison.

  • Peut-on parler d?une véritable rivalité entre Joëlle Raharinosy et vous ?

? Oui, sur la table. Il y a toujours une défaite qui me reste en travers de la gorge. L?an passé, j?ai perdu la finale du championnat de la Réunion alors que j?avais trois balles de match. J?ai pleuré longtemps, mais j?ai repris la saison encore plus motivée maintenant.

Comment avez-vous accueilli la non sélection de Joëlle?

? Je crois que c?est une décision du Cros en rapport avec sa double nationalité et sa récente participation aux Championnats du monde avec Madagascar.

Que pensez-vous du niveau du ping-pong féminin à la Réunion ?

? On n?est pas forcément mauvais, on a progressé ces dernières années. On a rattrapé une partie de notre retard. Avec un peu d?envie, de l?émulation, on peut faire mieux. Pour notre défense, je dirais que nous ne sommes pas des pros.

  • Parlons des Jeux des îles. Quels seront vos objectifs à Maurice ?

? Par équipes, on peut gagner le titre, surtout avec le retour de Niçoise Demery. En tout cas, on va faire le maximum pour au moins monter sur le podium. En double dames, je jouerai avec Cécile Hoarau. En double mixtes, je serai avec Cédric Agathe. L?an passé à Maurice, on a échoué ensemble en finale du tournoi contre la paire mauricienne

n° 1. On va allumer un cierge avant de prendre l?avion.

  • Et en simple dames ?

? Je veux aller le plus loin possible. Il faudra gérer, rester concentrée, être dedans dès le début. Je n?ai même pas envie de consulter les tableaux. Je vais aborder la compétition match par match sans me mettre la pression. À cinq semaines des Jeux, il faut éviter de se poser trop de questions. Il ne faut jamais partir perdante à une compétition. Même si on est moins forte sur le papier, il faut s?accrocher.

  • Que craignez-vous à Maurice?

? L?eau. J?ai un estomac fragile. L?organisation de la compétition, je crains qu?elle soit faite à partir de la compétition par équipes. Les contrôles antidopage : j?ai appris que ce seront des Sud-Africains qui auront en charge les contrôles. J?aurai préféré qu?un représentant de chaque pays soit désigné. On risque de parler anglais dans notre dos. J?ai peur qu?on se fasse embobiner.

  • Avez-vous endossé le rôle de leader dans cette équipe féminine ?

? Je joue déjà ce rôle dans mon club. J?ai accepté le capitanat de la sélection de la Réunion en raison de mon expérience. Je participe aux compétitions depuis l?âge de 20 ans. J?ai déjà fait deux Jeux des îles. J?avais vraiment envie de participer à mes troisièmes.

Votre jeu se caractérise par une tendance à toujours attaquer. N?est-ce aussi pas un défaut ?

? Cela reflète mon caractère. Je sais que je dois changer quelques détails dans mon jeu. Je joue plus en contrôle qu?avant mais je sais que je dois encore faire des efforts. Mais pour cela, il faut pouvoir rester lucide pour attaquer normalement. En m?entraînant avec les garçons, j?ai compris beaucoup de choses. C?est vrai que je me prends des tôles mais c?est bon pour la suite. À la fin de l?entraînement, je suis lessivée... c?est de la bonne fatigue.

  • En 13 ans de carrière, vous n?avez pas été épargnée par les blessures?

? Aux Jeux des îles 98, j?ai joué avec un strap au poignet et j?allais voir le kiné matin et soir. Ce n?est qu?après les jeux que je me suis soignée pour ce problème de kyste. Mais la blessure s?est compliquée avec une tendinite. Dernièrement, j?ai souffert avec des entorses aux chevilles. Mais ça va mieux.

  • Les pongistes ont dû s?adapter à un nouveau règlement et passer de sets à 21 points. Cela vous a-t-il troublé ?

? Non, je n?ai absolument rien changé à mon jeu. On n?y pense même plus. La différence, c?est que maintenant, je peux prendre un set aux garçons. C?est la nouvelle donne. Il faut simplement éviter de prendre un mauvais départ.

La sélection n?est pas partie en stage en Métropole faute de moyens financiers. Est-ce un regret pour vous ?

? Non, cela ne m?a pas choquée. On n?est pas en sélection pour faire des voyages. Il faut travailler toute l?année pour obtenir des résultats, c?est logique. Ce n?est pas en allant quinze jours en Métropole qu?on va réussir à faire des miracles.

  • A vous entendre, on croirait que tout est beau dans le tennis de table à la Réunion. Il y a bien des sujets qui vous fâchent ?

? Oui, je n?ai pas aimé qu?un journaliste du JIR fasse un rapprochement entre ma sélection et le fait que je vive avec Christophe Mouquet. Depuis longtemps, j?ai mis un mur entre ma vie privée et le tennis de table.

Je n?aime pas les magouilles et les dictatures. J?ai une grande gueule et ça s?entend. Ça s?est toujours très mal passé avec Jean René Baltine (ex-entraîneur de la sélection de la Réunion, remplacé par Christophe Mouquet). Je critique ce pseudo-entraîneur, je précise bien ?pseudo? et il le sait. Depuis que je suis la présidente de la commission féminine et représentante du Tampon Tennis de Table, j?ai eu affaire à ce personnage qui a deux discours. Je n?ai pas aimé sa façon de nous entraîner, sans échauffement, en passant du coq à l?âne pour les exercices. On ne demandait pas la perfection mais simplement de travailler sérieusement.

  • Audrey Picard vient de revenir en vacances à la Réunion. Est-ce une bonne chose pour la sélection ?

? C?est ma cousine. Elle a eu

14 ans en mars dernier. Si elle continue comme cela, je pense que ce sera une très bonne joueuse. Le tennis de table, c?est une affaire de famille chez nous. Agnès Fontaine, une autre de mes cousines, a fait les Jeux des îles en 98. Pas question d?arrêter tout de suite. J?ai encore plein de titres à gagner.

Ludovic PROUPOST Quotidien de la Réunion

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