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Jean François Leckning ou la genèse de l?histoire sportive
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Jean François Leckning ou la genèse de l?histoire sportive
?Heureux qui comme Ulysse auront fait un bon voyage?en compagnie de Jean-François au pays fabuleux des exploits sportifs en compagnie de héros légendaires qui ont marqué l?esprit de plusieurs générations de Mauriciens.
Qui n?a pas encore acheté son exemplaire de l??uvre de Jean-François Leckning, L?odyssée du sport mauricien, mérite déjà le carton rouge réservé aux auteurs d?une faute impardonnable. Qu?attendent, en effet, ceux qui s?intéressent à l?Histoire ou au Sport ? Qu?un libraire leur réponde ironiquement que la première édition de ce livre de référence est déjà épuisée et que nul ne sait s?il y en aura d?autres ?
Pensent-ils que leurs remords et regrets pourront, demain, compenser leur incapacité de consulter à loisir ce début d?encyclopédie sportive car ils n?ont pas pris la peine de l?acquérir pour enrichir et compléter leur bibliothèque Mauritiana et le mettre à la disposition de leurs enfants, petits-enfants et de leurs invités admiratifs et envieux ?
Ceux, pensant qu?il ne leur est pas indispensable d?acquérir aujourd?hui même LEUR exemplaire de L?odyssée du sport mauricien, n?ont nul besoin de lire cette chronique car il y sera question d?un trésor de documentation qui ne saurait les intéresser.
Pour apprécier comme il se doit le titre donné à son ?uvre par Jean-François, fils de Cyril Leckning, il faut chasser de notre esprit la fausse idée de ?naufrage inévitable? qu?on peut, à tort assurément, associer au chef-d??uvre d?Homère. Redonnons, en revanche, sa pleine signification à ce terme : ?histoire, certes mouvementée, mais riche en aventures?. Une histoire qui s?achève en triomphe. Celui d?Ulysse à Ithaque. ?Heureux qui comme Ulysse a fait un bon voyage?? et qui, après avoir chassé prétendants et soupirants, retrouve sa chère épouse, Pénélope, son alter ego, l?équivalent de Johan pour Jean-François. Pas de grands écrivains sans une épouse complice. Refrain connu.
?Odyssée? convient parfaitement donc à ce premier chapitre de l?histoire du sport à Maurice, contenu désormais dans un livre substantiel, copieux et rédigé d?une plume alerte et vivante et non dans des articles de journaux ou dans des magazines-souvenirs devenant trop vite introuvables et irrécupérables.
Ce titre convient d?autant plus que Jean-François n?a aucune peine pour trouver les accents homériques qu?il faut pour rendre l?hommage dû au mentor Paul Randabel, à la polyvalence d?un Nano Sauzier, aux promesses d?une Marine Giraud, aux bonds de springbok d?un Judex Lefou, à la sagesse athénienne d?un Philippe Henry, à la longévité d?un Mica Gujadhur, à l?humanisme d?un? Prodigal.
?Odyssée? convient d?autant plus que celle d?Homère ? que Jean-François prend pour modèle ? contient 12 000 hexamètres dactyliques. Même les non sportifs comprendront que, comme son modèle grec, la réplique mauricienne sera un interminable marathon de 12 000 vers poétiques mesurant chacun six pieds. C?est dire que son auteur local n?est pas au bout de ses peines. Il quitte tout juste les stalles de départ. Mais c?est déjà beaucoup de pouvoir crier à plein poumon : ?Et le voilà parti !? Et voilà donc le courageux Jean-François parti pour une narration homérique.
En attendant son retour à Ithaque et le mot ?fin? au terme de ce parcours interminable, nous saurons faire preuve de la patience requise pour ne pas le harceler ni le cravacher plus que nécessaire. Nous nous contenterons d?un autre livre homérique de 350 pages par an, à défaut d?un par semestre. Nous ne serons pas exigeants. Le meilleur nous suffira amplement. Que le prochain soit meilleur que le précédent, voilà tout ce que nous réclamerons de Jean-François Lecking, digne fils de son père.
Carlo de Souza, qui s?entend aussi bien en sport qu?en littérature haut de gamme, a raison quand il dit : ?Ce qui saute aux yeux? c?est le nombre d?athlètes que l?auteur n?a pas vus?? Cela va de soi. Pour commencer, il manque autant de disciplines sportives que les treize présentes dans le livre. Et pour chaque héros sportif honoré et faisant l?objet d?envolées lyriques, les noms d?une dizaine, d?une centaine d?émules nous viennent à l?esprit parce qu?il n?y est guère fait mention d?eux.
Hommage au courage
Parler de Gabriel Anazor, de Patrick Piat, d?Eric Pitchen, de Patrick Haberland, c?est bien mais quid des Quéland, des Quevauvilliers, des Brousse ? Régis Jean et Mamade Elahee peuvent-ils nous faire oublier les France Martin, les Simon Favory, les frères Gallet et de Robillard, l?équivalent familial d?un XI national ? Hervé n?est-il pas tout autant bienvenu que Mario ? Peut-on parler de la Fire Brigade en omettant un trophée aussi prestigieux que la Coupe Carreras ? Qu?auraient été les courses hippiques sans la famille Halbwachs ? D?ailleurs en sport hippique, il n?y a pas que le prodigieux. Il y a aussi l?énigmatique, le noble salut, le Theatrical, la Miss Mauritius, la Pretty Molly, le Teutonic Knight, le Spring Lover , La Pépite, le Strident, le Sepoy, et même quelques obscurs, les innommables et autres No Name, les Ten Cents. Qu?auraient été tous ces champions sans leurs entraîneurs, leurs soigneurs, les organisateurs des compétitions qui leur ont permis de briller ? Un Guy Félix, par exemple ne mérite-t-il pas de faire partie du panthéon sportif mauricien ?
Ces absences ne sanctionnent aucunément l?excellent travail fourni par Jean-François Leckning. Bien au contraire, elles rendent hommage au courage exceptionnel avec lequel il relève ce défi de nous conter l?histoire du sport à Maurice, sous toutes ses coutures, sans oublier aucun de ses héros glorieux, connus et obscurs. Il a le mérite d?avoir donné le signal du départ. Il est l?auteur de la première échappée. Ceux du peloton, capables autant que lui ?d?émerveillement de la chose sportive?, doivent prendre le relais afin de franchir ensemble et au plus vite la ligne d?arrivée.
Chaque enfant mauricien vient au monde avec ses rêves et ses modèles, entre autres sportifs, tant locaux qu?étrangers. Jean-François porte bien son âge et sa jeunesse. Il ne doit pas en vouloir aux moins jeunes que lui d?avoir des références probablement plus familières à son père qu?à lui. Processus normal et naturel. Ne perdons pas notre temps à vouloir comparer un Jacques Dalais à un Stéphane Buckland. Autres temps, autres champions. Autres équipements sportifs, autres entraînements. Autres ouvertures sur le monde extérieur, autres médiatisations.
Autres popularités, autres défis mais toujours de nouvelles générations rêvant d?émuler les héros sportifs qu?elles se choisissent. Une même nation mauricienne constamment renouvelée qui est fière des meilleurs et des plus sympathiques de ses champions en herbe ou chevronnés.
Documentation adéquate à constituer
La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux. Et quand les rares ouvriers se présentent à l?embauche, c?est pour ne pas trouver de travail disponible parce qu?il n?y a pas d?éditeurs, pas d?imprimeurs, pas de financements, pas assez d?intérêt tant du secteur privé que public, pas assez d?intérêt pour la belle histoire des sportifs mauriciens. Cette histoire ne commence d?ailleurs pas en 1904 avec la naissance de la célébrissime casaque bleu électrique écharpe et toques rouges ou jaunes mais en 1812 avec la naissance de ce Mauritius Turf Club aussi décrié qu?utile.
Il n?y aura d?ailleurs pas d?histoire sportive complète sans documentation adéquate. C?est dire que, parallèlement à la rédaction de la suite de notre odyssée sportive, d?autres doivent quelque part, au Mauritius Sports Council ou aux Archives, se mettent à la recherche des revues et magazines sportifs, des articles de journaux, des notes biographiques sur chaque athlète, des résultats sportifs et autres classements complets, discipline par discipline. Livrons-nous à une archéologie sportive consistant à fouiller dans nos mémoires individuelles et retrouver les traces de nos rêves sportifs effacés.
Peu importe que le travail se fasse isolément ou en équipe. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. L?important est que le travail se fasse et que notre odyssée sportive se complète livre après livre, chant après chant. Le principal mérite du livre de Jean-François Leckning est d?exister, d?être désormais à la disposition des bibliophiles avertis et qu?il soit si prometteur.
?Heureux qui comme Ulysse ont fait un bon voyage?? en compagnie de Jean-François. D?autres escales les attendent. Elles seront encore plus belles et plus savoureuses que cette première tant attendue mais qu?on osait plus l?espérer tant la gageure nous paraissait impossible à relever.
Un livre substantiel, copieux et rédigé d?une plume alerte et vivante. Nous nous contenterons d?un autre livre homérique de 350 pages par an, à défaut d?un par semestre. Nous ne serons pas
exigeants. Le meilleur nous suffira amplement. Que le prochain soit meilleur que le précédent.
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