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Inconscience
Depuis deux jours, la commission anti-corruption inflige au gouverneur de la Banque centrale l?humiliation de se rendre dans ses locaux pour être interrogé. Soit les enquêteurs ont mal mesuré les conséquences de leur acte, ou alors, par inconscience, ils sont insensibles à la portée réelle de leurs agissements.
Certes, les enquêteurs ne font que demander à Ramesh Basant Roi des explications sur des consignes émises par la Banque centrale. Ce dernier est loin d?être soupçonné de quelque infraction à la loi du pays. Il n?en demeure pas moins que l?ICAC envoie un mauvais signal, tant au niveau local qu?international, en choisissant de convoquer à son siège le n° 1 de la Banque centrale de Maurice. Dans le contexte actuel, où la trame des événements est totalement absurde, faut-il s?attendre que le conseil d?administration de la BoM se réunisse pour envisager la mise à pied de Ramesh Basant Roi pour cause de comparution devant l?ICAC ?
Pourtant, le gouverneur de la Banque centrale a géré tout en finesse la crise provoquée par l?arrestation, aberrante, de Pierre-Guy Noël et Philippe A. Forget. Il est reproché à ces derniers de ne pas avoir divulgué une transaction dont ils affirment n?avoir eu aucune connaissance. Ramesh Basant Roi a su temporiser pour laisser passer l?orage puis a programmé une sortie de crise qu?on peut qualifier de moindre mal en la circonstance.
Le départ en congé temporaire de Pierre-Guy Noël et Philippe A. Forget, apparaît, à ce stade, et compte tenu des allégations non encore établies, déraisonnable et injuste. Cependant, sur un plan éthique, ce départ sert la cause de l?institution qu?ils dirigent et, surtout, celle du pays. En vérité, ils sont les premiers, parmi l?ensemble des prévenus contre lesquels la commission anti-corruption a requis des poursuites, à payer pour le détournement des Rs 632 millions, dont ils sont, jusqu?à preuve du contraire, les victimes.
Il est tout de même inconcevable que ce soit les victimes du vol qui paient les pots cassés. Entre-temps, le principal témoin dans l?affaire, l?homme d?affaires Teeren Appasamy, se joue de l?ICAC. Les enquêteurs, ceux-là mêmes qui n?ont pu se rendre à la rue Sir William Newton pour rechercher auprès de Ramesh Basant Roi certaines précisions, attendent de savoir sous quelles conditions Teeren Appasamy est disposé à les recevoir à Londres. C?est burlesque.
Les extravagances de l?ICAC avaient été dénoncées depuis le début par le judiciaire. Si le juge Eddy Balancy a fait ressortir que la commission peut ?well be viewed as wishing to take advantage of a loophole in the law? en se prévalant ?through the backdoor? de pouvoirs d?arrestation, le juge Bushan Domah a été plus sévère. Il a estimé ?effrayante? l?approche de l?ICAC, l?a condamnée pour l?utilisation de ?clichés légaux? au lieu de preuves dans ses affidavits et a ajouté que ?it should not in the process impair its national and international image on the human rights perception index?.
Sur la question du respect des droits des citoyens, précisément, un avocat de grande envergure, Yousuf Mohamed a comparé les méthodes de l?ICAC à celles de la Gestapo, l?instrument le plus redoutable du régime policier nazi.
Avec la mise sur pied de l?ICAC et la fin attendue de l?impunité des notables, nous étions nombreux à voir poindre la lumière d?un meilleur avenir dans la lutte contre la corruption. Finalement, la jeune institution vit très mal ses problèmes de dentition et son apprentissage de la marche. Il faut espérer que lorsqu?elle cessera de trébucher elle atteindra le bout du tunnel. Raj meetarbhan
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