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Le rêve de star de Saloni mannequin mauricien

4 juillet 2003, 20:00

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Sur certains clichés, Saloni Dosoruth, 32 ans, n?est pas sans rappeler Isabella Rossellini, actrice italienne et ex-égérie de la marque de cosmétiques français Lancôme. Sur d?autres, ses yeux immenses lui donnent un petit air d?Audrey Hepburn, actrice mythique récemment disparue.

Si pour l?instant, Saloni n?est qu?un mannequin qui a réussi à Paris, New York et Los Angeles, et qui a tourné dans plusieurs films publicitaires, la Mauricienne entend bien faire du cinéma. «Dès que je signerai pour tourner dans un film, je vous avertirai.» Mais même si elle se prête aux règles du jeu aux Etats-Unis et qu?elle accepte d?être un «produit» qu?on commercialise, elle souhaite se mettre à son propre compte et produire entre autres, des documentaires axés sur le social qui constitue sa formation initiale.

En effet, elle qualifie son incursion dans le monde de la mode «d?accident de parcours». Car en quittant Maurice pour la France après des études secondaires réussies au Queen Elizabeth College, la jeune femme a un autre plan de carrière. Elle s?inscrit à l?Université de Montpellier. Objectif : un Diplôme d?études universitaires générales en sciences humaines avec spécialisation en sociologie. Mais Saloni, troisième des quatre enfants Dosoruth, ne veut pas que ses parents encourent ses frais de scolarité car ils financent déjà les études de sa s?ur Sheila à l?Université de Grenoble.

Elle travaille au pair dans une famille française pendant un an. Le couple la considère comme sa fille. Le mari étant chercheur au Centre national de recherches scientifiques, Saloni se dit que c?est là qu?elle veut faire son trou.

Alors qu?elle rejoint sa s?ur à l?Université de Grenoble pour sa licence en sciences humaines avec spécialisation en sociologie, elle fait aussi de la danse moderne. Outre son beau physique et sa grande taille, son professeur de danse apprécie sa grâce. Un jour, il lui propose de participer à un défilé pour le couturier Chanel au Palais des Sports de Grenoble.

Saloni, 18 ans, se laisse séduire par l?idée. Et dès qu?elle est sur le podium, elle n?a plus le trac qu?elle ressent dans les coulisses. «Quand les gens se sont mis à applaudir à mon passage, je me suis sentie comme à la maison. Cela m?a semblé naturel de défiler et à la fin, j?avais comme un goût d?inachevé? »

Elle se pique au jeu et décide d?être mannequin à temps partiel. C?est ainsi qu?après ses heures studieuses, elle défile pour Paco Rabane et d?autres griffes comme Morgane et Naf Naf. Après sa licence, Saloni décide de décrocher le Diplôme d?études approfondies en sciences humaines avec spécialisation en sociologie. Cap sur l?Université de La Sorbonne à Paris.

En se promenant près de la rue St.-Denis, elle découvre des poches d?immigrés, notamment dans l?endroit connu comme La Goutte d?Or. Choquée par cet entassement humain, elle décide d?axer sa thèse sur les activités sportives comme facteur d?intégration des immigrés.

Afin de mieux pénétrer les milieux des Maghrébins et des Algériens installés à Paris, elle rejoint bénévolement les rangs du Groupe d?informations et de soutien pour les travailleurs émigrés qui compte de nombreux avocats. Pour les besoins de sa thèse de fin d?études, elle fait du porte-à-porte dans les quartiers de Paris. «Je voulais montrer qu?on peut sortir des ghettos et intégrer la communauté à travers le sport tout en gardant ses valeurs.»

dans la cour des grands

Ne voulant pas abandonner le mannequinat, elle offre ses services aux stylistes du Salon du prêt-à-porter à Paris. Son type métissé la positionne d?emblée dans la catégorie de mannequins exotiques, très re- cherchés. Elle est choisie pour porter des vêtements griffés Oxbow et Somebody. Quand le couturier Jean-Paul Gaultier la remarque, Saloni pénètre dans la cour des grands. «Ce que j?aime avec Gaultier, c?est qu?il ne catégorise pas ses mannequins. Il fait défiler des jeunettes tout comme des femmes de 50 ans.»

Saloni obtient un contrat dans Télé Caroline, une émission télévisée sur France 3, au cours de laquelle, des mannequins doivent séduire des personnalités en trois minutes. Elle se retrouve face au cinéaste, Claude Chabrol, et au présentateur télé, Jacques Martin. «Cette émission a changé ma vie car les gens se sont mis à la reconnaître dans la rue.»

Les propositions de séances de photos et des défilés de mode se multiplient. Ces derniers l?amènent à voyager dans de grandes capitales comme Madrid et Milan. Elle est sollicitée pour des films publicitaires, mais elle refuse quand le produit ne cadre pas avec ses valeurs morales. «Je refuse de promouvoir la cigarette, l?alcool et la fourrure.»

Saloni est tellement sollicitée qu?elle doit choisir entre la fin de ses études universitaires et le monde de la mode. Si elle va jusqu?au bout de ses cours de sciences humaines, elle ne présente pas sa thèse, se disant qu?elle peut toujours le faire plus tard. Elle décide d?embrasser le métier de mannequin à plein temps.

A la mort de son père en 1992, Saloni décide de changer d?air. Son petit ami d?alors a une proposition d?emploi à Washington D.C aux Etats-Unis et elle le suit. Elle se rend vite compte que ce n?est pas dans la capitale fédérale des Etats-Unis qu?elle réussira à percer en tant que mannequin, mais bien à New York.

Munie de son book, elle s?y rend et frappe aux portes de toutes les agences de mannequin. Elle obtient finalement un contrat avec la Ford Models, agence aussi réputée que Elite. Là, elle défile pour plusieurs stylistes américains dont Dona Karan, mais aussi pour le styliste italien Salvatore Ferragamo. Elle tourne des films publicitaires pour Bell Atlantic, l?équivalent américain de Mauritius Telecom, Kodak et Air Canada.

Saloni est impressionnée par le professionnalisme des Américains. «Ils ont une éthique de travail extraordinaire. A Paris, l?ambiance est plus relaxe. Il arrive que des mannequins soient en retard. Aux Etats-Unis, s?il faut être présente à 3 heures du matin pour une séance de maquillage, on doit être ponctuel. Et puis, à Paris, il y avait une compétition malsaine et mesquine entre les mannequins. Je me suis déjà retrouvée avec des épingles dans les chaussures. Même s?il y a davantage de concurrence aux Etats-Unis, c?est plus égalitaire.»

Après avoir travaillé en freelance, Saloni est contente d?être en agence, même s?il faut sans cesse demander l?autorisation à son agent avant d?apporter la moindre modification à sa personne. Elle reste avec la Ford Models pendant un an et demi jusqu?à ce qu?un photographe, avec qui elle a déjà travaillé, envoie sa photo à une agence de mannequins de Los Angeles, la L.A Models. Au début, elle fait la navette entre New York et Los Angeles. Puis elle s?installe sur cette ville de la côte ouest.

Ça tourne

Cela fait sept ans qu?elle y est. Et ça tourne toujours bien pour elle. «Le téléphone n?arrête pas de sonner? » Défilés et films publicitaires dont le dernier pour un concessionnaire de voitures Mercedes. Elle apparaît aussi dans des vidéoclips de chanteurs américains. Au fil de ses contacts, Saloni réussit à s?approcher des milieux cinématographiques de Hollywood. Elle obtient d?ailleurs un petit rôle dans le film Paparazzi.

Mais elle rêve en cinémascope. Elle compte d?abord suivre des cours d?art dramatique avec un enseignant privé. Et, dans un avenir pas trop lointain, ouvrir sa propre société de productions avec une section agence de mannequins, une pour des films d?art et une autre pour la réalisation de documentaires à caractère social.

Elle connaît déjà, dit-elle, les financiers disposés à l?aider à monter cette boîte qu?elle nommera la Saloni Productions Company. «Je n?aurais jamais pu faire cela en France. Ce que j?aime aux Etats-Unis, c?est le pouvoir qui est donné aux femmes.» Même si elle n?a point d?expérience en matière de production, elle estime qu?il faut savoir prendre des risques dans la vie.

Ayant obtenu un statut de résidente permanente aux Etats-Unis, elle revient régulièrement à Maurice depuis les trois dernières années car sa mère est souffrante. En plus de décrocher un rôle principal au cinéma, son autre défi est de faire Hollywood découvrir Maurice. Les paris sont ouverts?

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